samedi 23 février 2008

Une dinde a l'Eurovision !

  • 21h50, irish time: It's a bird !
It had to be a bird... En anglais, "a bird" c'est aussi une "chick": une fille. Il etait donc convenu que ce serait l'un des "birds" qui representerait l'Irlande a l'Eurovision, a l'issue du concours national de la chanson organise ce soir, comme au bon vieux temps ou l'Irlande envoyait des succes en puissance sur les scenes europeennes (les derniers ont ete choisis par un jury, une catastrophe).
Les garcons qui se presentaient avait des tetes de gentil a qui on a vole ses chaussures, tres sages, tres bien comme il faut. Contre une fille tres sage en robe de princesse et une fille tres sage en haut talon et mini robe, ils n'avaient aucune chance. Elles non plus d'ailleurs. Parce que c'etait deja plie, cette annee, ce serait l'oiseau. Le simple fait que la marionette ose se presenter, serieusement, a regle leur sort a tous. Le jury n'est pas impressionne.... une bonne part du pays non plus... (et nous voila repartis dans une polemique inutile)... mais le public a vote !

Voila donc, en avant-premiere europeenne, ce que sera le son de votre pays prefere lors du prochain concours de l'Eurovision, a Belgrade... ou les sensibilites sont suffisamment exacerbees par les recents evenements politiques, esperons qu'ils ne croient pas que c'est un fouttage de gueule delibere !

Quelques images pour placer le personnage. Clip officiel a venir. Non, je ne vous epargnerai pas.
  • 1h30, irish time: to kill a mockery bird?

Chose promise, chose deja due. Voici la version officielle, telle que presentee ce soir-meme. La chanson, croyez-le, a un sens. Dustin entre en scene en deuil, mortifie, accompagne de la mort meme, pour lancer une lamentation: "Oh Europe, where did it all go wrong?", Oh Europe, que t'avons nous fait, nous, gentils irlandais, qui avons gagne si souvent, pour avoir provoque ton desamour? Refusant de se laisser abattre, la dinde, et par son truchement le pays, pour exorciser son chagrin, choisit la derision et la joie, pour demander sur un rythme endiable: pardon pour Riverdance et Irlande Douze Points !!


IT'S A WINNER !!

mardi 19 février 2008

Une Dinde a l'Eurovision?



Il s'appelle Dustin, il a passe Noel en famille, comme tout le monde, c'est une dinde en peluche qui anime des emissions tele, pour les petits mais les grands l'aiment aussi, et il va peut-etre representer l'Irlande a l'Eurovision 2008.

Depuis qu'ils se sont rendus compte, l'annee derniere, que cette competition n'etait qu'un ramassis de kitscherie rigolote que personne a part eux ne prend vraiment au serieux, du moins a l'Ouest du continent europeen, ou les votes se font par solidarite regionale dans un but de revanche envers les grands pays, France et GB en tete, les Irlandais petent un peu les plombs. Un nombre impressionant de victoires au palmares, les jadis chouchous sont desormais trop riches et gates pour apitoyer, et on ne vote plus pour eux.

Alors ils ont decide de reagir. Avec humour, derision, et en faisant, la mort dans l'ame, un brin degoute tout de meme, ce qu'ils savent le mieux faire: arreter de se prendre au serieux.

Alors, Dustin, chantera, chantera pas? A suivre !


This?? This is Dustin the Turkey, friend of the children, and also the grown ups. He might be the one singing for Ireland in the Eurovision contest this year....

lundi 28 janvier 2008

Ryanair, Sarko et quelques autres: oser pour gagner

Lu sur Les chroniques judiciaires, Blog de Pascale Robert-Diard, journaliste au Monde.

"Quant à l’avocat du président de la République, Me Thierry Herzog, il a été chargé d’examiner quelle suite judiciaire il convient de donner à cela:


Cette publicité, publiée lundi 28 janvier dans Le Parisien, a été jugée “inacceptable” par l’Elysée.

Le directeur marketing France de Ryanair se dit “désolé” mais ajoute: “A la limite, ça sert le président en le montrant plus près des gens”.

La compagnie Ryanair serait coutumière du fait. Selon
lefigaro.fr, elle aurait déjà utilisé en mai 2007, l’image du premier ministre polonais, et en septembre, celle de José Luis Zapatero."


Et exploité l’impopularité du Taoiseach – Premier Ministre irlandais Bertie Ahern et son gouvernement, en le nommant précisément, dans une pub d’une page dans les deux grands quotidiens, The Irish Times et The Irish Independent, dans un texte ouvertement agressif, et forcément populiste... (c’est Ryanair tout de même, il n’y a donc aucun doute la-dessus) ou encore la publication d'un photo-montage montrant le Ministre des Transports faisant mumuse dans sa baignoire avec son canard en plastique, pour moquer son incompétence et l'incohérence de la politique irlandaise des transports, sans que cela n'émeuve personne, au contraire: fair enough ! C'est juste. Très "esprit irlandais": on se permet sans limite, car pourquoi donc limiterait-on? Libre à chacun d'avoir son avis, mais point d'entrave à la liberté... d'exploiter une chose déjà publique.

Capitalisme débridé ou transparence de l’honnêteté, qui n’accepte ni cachoteries ni censures ? Très en vogue en ce moment, à l’instar du sujet choisi.

En tout cas, chez Ryanair, le royaume ou le cynique Michael O’Leary est roi, tout est bon pour se faire remarquer, à commencer par les couleurs vomitives de la compagnie, pour vendre, vendre, et vendre.

J’avoue que ça me fait plutôt sourire, comme les fois précédentes, ce coup de l’arroseur médiatique et financier tout aussi arrosé, et façon "Nous Deux" mauvais roman-photo, franchement réussi... You can't have your cake and eat it, comme on dit ici: on ne peut pas manger son gâteau et le garder intact. Et vous, choqués ?

samedi 26 janvier 2008

A vendre : ambassade de France à Dublin



A vendre : ambassade de France à Dublin,
1 000 m2, "propriété unique", 60 millions d'euros


LE MONDE 22.01.08 14h24 • Mis à jour le 22.01.08 14h24 LONDRES CORRESPONDANT

Pendant soixante-dix- huit ans, en plein coeur de Dublin, la France a pu toiser l'ancienne puissance tutélaire britannique. Au plus grand plaisir des Irlandais, la majestueuse résidence de son ambassadeur écrasait celle de son collègue d'Albion : mille mètres carrés au total, dont 400 m2 d'espaces de réception, une entrée monumentale, un grand escalier digne d'un vice-roi et des jardins parmi les plus beaux que compte un pays qui ne manque pourtant pas de verdure.

Ballsbridge, un lieu historique, puisqu'après sa défaite au référendum du 27 avril 1969, le général de Gaulle vint y loger avant de prendre résidence dans la campagne irlandaise.

Installée elle aussi sur Ailesbury Road, mais de l'autre côté, la chancellerie a joué un rôle important dans la lutte pour l'indépendance de l'Eire.

Dans le cadre de la rationalisation de son parc immobilier, le Quai d'Orsay a mis en vente la résidence de Ballsbridge pour soixante millions d'euros. C'est deux fois plus que la maison la plus chère jamais vendue à Dublin. Dans la foulée, le ministère des affaires étrangères entend se séparer aussi de la chancellerie pour vingt millions d'euros.

"APPELER MA FEMME SUR SON PORTABLE"

"Cet immeuble historique est surdimensionné pour l'activité normale d'une ambassade. La résidence est tellement grande que je dois parfois appeler ma femme sur son portable pour pouvoir lui parler. La cession de la chancellerie répond à la nécessité d'installer nos bureaux dans des locaux plus fonctionnels, plus adaptés, plus accessibles au public", déclare l'ambassadeur, Yvon Roe d'Albert, qui a pris ses fonctions il y a trois mois.

Idéalement, le Quai d'Orsay aimerait faire un échange de propriétés. Faute de cela, les deux immeubles seront cédés, ensemble ou séparément. "C'est une propriété unique", insiste l'agent immobilier chargé de la vente.

L'événement a mis en émoi les nouveaux super riches du "dragon celtique" qui n'entendent pas se faire damer le pion par un oligarque russe ou un prince arabe. Malgré un récent ralentissement, le marché immobilier flambe toujours dans le quartier huppé de Dublin-4.
L'image de la France sortira toutefois indemne de ce coup porté à sa grandeur. La résidence britannique est aussi à vendre, pour seulement 8,7 millions d'euros. L'honneur est sauf.

Marc Roche
Article paru dans l'édition du 23.01.08.




On se réjouit évidemment d’une telle nouvelle: un frein aux dépenses indécentes des chancelleries françaises à l’étranger, un hola sur les gaspillages à but de faste des deniers publics, que l’on ne peut pas ne pas approuver.
Une action de l’omni-présidence forcément populaire... populiste ?
Car à y regarder de plus près, ne s’agirait-il pas encore d’une décision irréfléchie à l’emporte pièce, un gesticulage destiné à être visible et remarqué ? Qui irait de pair avec le désengagement de l’Etat du domaine culturel et éducatif à l’étranger, dégraissages et restrictions budgétaires à l’appui, ou la remise en cause des principes de TV5 Monde, qui plus qu’un vain outil de la francophonie est aussi le moyen le plus accessible pour les Français expatriés ou détachés qui le souhaitent de garder contact avec leur pays.
En Sarkosie il faut toujours voir plus loin que ce qu’on veut nous montrer...



Un énorme panneau " A vendre" est planté à côté du drapeau français depuis la semaine dernière à Dublin. S'il est vrai que nos ambassadeurs n'ont pas besoin de vivre dans des palaces on peut se demander si le moment est vraiment opportun de mettre en vente l'ambassade de Dublin, poste pilote d'une liste d'une vingtaine de résidences et autres batiments habritant nos centres culturels qui seront mis en vente.

Pourquoi attendre que l'immobilier en Irlande, comme partout dans le monde, soit en baisse pour se décider à vendre? Les caisses sont-elles si vides pour que l'on vende moins cher que ce que l'on pourrait obtenir? D'autre part, la France devrait assurer la dernière présidence française [de l'UE] (cela dépendra des Irlandais qui peuvent pérenniser le processus lors de leur vote [Référendum sur le Traité Modificatif] en mai prochain). L'activité à l'ambassade sera accrue et l'ambassadeur amené à beaucoup recevoir. Devra-t-il le faire dans la suite de l'hôtel où il sera hébergé?

J'ai écrit une lettre au responsable de l'immobilier au Quai [d'Orsay] pour plus de précisions.

Hélène Conway
Conseillère ADFE – Français du Monde

dimanche 20 janvier 2008

'Tis far from drama Pat Shortt was reared

‘Tis far from... est la phrase Irish à adopter pour marquer combien une chose est inhabituelle: "'tis far from chocolate mousse I was reared" - litéralement c'est bien loin de la mousse au chocolat que j'ai été élevé - vous dira un irlandais qui a grandi loin des subtilités des cuisines raffinées qu'affectionnent les enfants du Tigre Celtique, par exemple.

Pat Shortt, héros de « Garage », (apparemment sur quelques écrans français en ce moment si j’en crois Le Monde) est une star d’un genre un peu spécial lorsque considéré avec un regard français. Ici nous l’avons découvert avec surprise acteur subtil dans un rôle inhabituel, mais c’est à l’origine un comique à l’humour volontairement gras et outrancier. Fin observateur de son époque, ses caricatures irrévérencieuses touchent avant tout aux relents de bêtise et de médiocrité dont la modernité irlandaise a du mal à se défaire et qui contrastent avec la fierté affichée pour le progrès des us, coutumes et moeurs.

Humour gras donc, avec la vidéo suivante, qui met en chanson la fascination de l’Irlande qui se lève tôt, passe beaucoup de temps sur les routes en « commuting », travaille dur et toujours plus pour gagner... toujours plus mais toujours pareil car plus ça change... plus les taxes augmentent... pour le désormais mythique Breakfast Roll. Un breakfast roll s’achète dans les stations services ou les commerces de proximité : dans une demi-baguette ou « roll » (nouvelle mode typiquement Tigre Celtique comme les Cappuccinos, Cafe Latte et autre Mocha qu’on achète et qu’on boit on-the-go sur le chemin du bureau) on place, aux choix, les éléments de base d’un Full Irish : saucisses, « Rashers » (bacon), boudin blanc, boudin noir, champignons, tomates, oeuf au plat, ketchup. Le tout est soigneusement entortillé dans du papier aluminium pour rester bien chaud jusqu’à ce qu’un représentant de commerce ou un ouvrier affamé en fasse l’heureuse acquisition. C’est un petit-déjeuner affectionné par ceux qui font nos routes, placent les câbles d’alimentation en eau ou en électricité, bâtissent et réparent nos habitations ; ils ont froid l’hiver et chaud l’été, ce sont des travailleurs de force qui méritent bien de se réconforter avec ce qui les remplit bien alors : Respect !
Pour la chanson, à vous de voir. Elle est restée six semaines numéro un des classements irlandais en 2006, et meilleur vente de l’année devant Shakira, car les Irlandais adorent l’humour et l’autodérision sans concession.



See also: Jumbo Breakfast Roll.

Autre palette, une série de caricatures de la vie irlandaise en duo avec Jon Kenny sous le nom « D’umbelievables », littéralement « les incroyables », qui désigne plus les caractères et comportements dépeints dans des sketches décapants. Grands succès des années 90, les personnages les plus emblématiques sont ces deux policiers d’un petit village des environs de Limerick, qui animent l’émission « Crimebusters », un programme ayant existé à la télé irlandaise en d’autres temps pas si lointains, où de gentils gardai donnaient des leçons de civisme et lançaient des appels à témoins façon rubrique des chiens égarés. Dans la vidéo suivante, alerte accent local !!





« D’unbelievables », qui ont placé Pat Shortt au rang de phénomène de société, rappellent nos Inconnus, qui s’étaient donné une même mission. Au premier visionnage de cette vidéo, un sketche m’est évidemment venu à l’esprit : La Police, que je ne peux m’empêcher de mettre ici parce que je suis fan, et pour nos amis irlandais curieux, qui aimeront peut-être comme l’Irish lui-même a aimé.



Mad stuff all together lads !

mercredi 16 janvier 2008

Irlande en cinémascope


"Garage, nouveau film du réalisateur irlandais Lenny Abrahamson, est une comédie dramatique à découvrir sans attendre. Considéré par ses voisins comme un marginal inoffensif, Josie a passé toute sa vie d'adulte à tenir une station service poussiéreuse à la périphérie d'une petite ville du fin fond de l'Irlande. C'est un homme simple, solitaire, irréductiblement optimiste et, à sa manière, heureux. L'arrivée d'un jeune apprenti au garage finira par tout bouleverser..."
Le Monde 16.01.08

jeudi 10 janvier 2008

Galette of the Kings, a slice of French Culture


Chers Amis de la France !

As you know, France has many customs… mostly an excuse to gather, eat, drink and have fun together! And there is one great custom we have in January… la Galette des Rois… France being a laic country… we celebrate Epiphany… eating a great frangipane cake… France being a Republic… we celebrate epiphany by having a king…only for the day…only if you find the ‘feve’…
Now, of course, all this is not possible without something decent to drink with… and some fun and games…

So if you want to share a piece of cake…I meant… culture with us, please come along on the 19th January 2008 for our Galette des Rois, at the Alliance Française de Dublin, Kildare Street, from 14h00 as we welcome families and children…


This event is by invitation only so please book early!


Cost is minimal for members (as usual) with 10 euros per adult and 5 euros per children… If you are not yet a member (now this is bold…), add 5 euros… or join!!!

For more info and to book, visit www.afi.ie.
AFIment Votre

Xavier de Bustos
Vice-President AFI

mardi 8 janvier 2008

Le Cocooning est de saison

Mon voyage en Sarkosie était bien moins déprimant que celui de cet été. Sommes-nous donc blasés, déjà ? La force de l’habitude, dit-on. C’est comme des pantoufles chaudes dans lesquelles on se réfugie au coeur de l’hiver. Si peu et déjà beaucoup, la multi-présidence ne laisse aucun répit, pas même la grâce de nous laisser compter les jours. Si lumineux et tellement partout, le sourire du sacrifice présitentiel, il pourrait bien être là depuis toujours. Et en plus maintenant, il distille l’amour... le chanoine deux fois divorcé qui se veut transparent comme les anges, touché par la grâce du Latran.

Où bien ai-je, moi, en ces temps bénis de Noël, été sauvée par le miracle de la maladie. Huit jours de vacances, quatre passés au lit, dont un dans le black out le plus total, passé dans les limbes de la fièvre, rongée par les mauvais rêves et les hallucinations. Ou bien était-ce le contraire ? Ca abîme, la Sarkosie...

« Puisque les bourgeois sont féroces, les ouvriers jaloux, les prêtres serviles – et que le Peuple, enfin, accepte tous les tyrans, pourvu qu’on lui laisse le museau dans sa gamelle, Napoléon a bien fait ! – qu’il le bâillone, le foule, l’extermine ! ce ne sera jamais trop, pour sa haine du droit, sa lâcheté, son ineptie, son aveuglement ! »

Bouvard et Pécuchet, Flaubert.

Le temps des rebellions: Constance Markievicz ou quand l'Irlande voyait rouge


En ces temps troublés où on se sent parfois perdu face aux nouvelles orientations du monde, voici une lecture porteuse d’inspiration, d’énergie, de ferveur, d’audace : Constance Markievicz by Anne Haverty (an anglais) ou Constance ou l’Irlande de Anne Pons et Malcy Ozannat.

Source


Née en 1868 dans une famille anglo-irlandaise protestante, dans le Comté de Sligo (celui des Yeats, voisins et amis), Constance suit les traces de son père, excentrique aventurier qui joue avec sa richesse à se désennuyer aux quatre coins du globe. Rebelle de la premiére heure, ce n’est qu’à l’arriveé de la trentaine qu’elle décide de sacrifier aux conventions du mariage, et épouse un comte polonais. Malgré les résistances familiales, elle tente de vivre de son art. Peintre, auteur de théatre et productrice respectée en son temps, sa carrière artistique nous donne les clés des racines culturelles de la révolution d’indépendance de l’Irlande. On rencontre au fil des pages les Yeats, George Russell (AE), James Joyce, JM Synge, George Moore, Maud Gone, Lady Gregory. On assiste à la naissance des sociétés d’artistes où se façonne l’éveil celtique et la mystique irlandaise en réaction à l’oppresseur anglais, de la main de ces jeunes aristocrates anglo-irlandais qui se veulent proche du peuple et aussi « pur » que lui. La mythologie celtique se construit par un travail poétique sur le romantisme d’un folklore idéalisé par Yeats, auquel répond le réalisme cru du théâtre de JM Synge, que Yeats produit. Le combat pour l’indépendance passe par une union identitaire, pour lequel l’aristocatie protestante entend rejoindre le peuple catholique en une identification à un même temps de paix et de prospérité : l’Irlande celtique que l’invasion anglaise a défait.
Cela permet à ces poètes d’œuvrer à l’édification de la Nation idéale sans toucher à la vulgarité de la politique, des discours et des rassemblements.

C’est pourtant ce qui semble seul à Constance pouvoir apaiser sa douleur face à l’injustice. Sa deuxiéme vie commence lorsque la résistance culturelle ne lui suffit plus. Dotée d’une santé et d’une énergie hors du commun, elle a soif d’action, au service de ceux qui vivent opprimés et impuissants. Elle s’éveille soudainement à la politique, se donne entière à la révolution, et devient pour l’Histoire la Comtesse Rouge. Sa demeure bourgeoise devient Commune, sa fille est délaissée, son mari rentre en Pologne pour combattre l’envahisseur russe, leurs idéaux sont opposés. Entre soupes populaires et création de mouvements féminins, elle arrache sa place à leurs côtés aux hommes qui vont écrire l’Histoire : Griffith, Hobson, Clarke, Mc Neill, Pearse, Kettle, Connolly, Casement, Larkin, Plukett... Figure emblématique du soulèvement de 1916, auquel elle participe arme à la main au sein de l’équipe de commandement, elle est jetée en prison à plusieurs reprises. Sa condition de femme la sauve des exécutions punitives après la révolte, comme Eamon De Valera n’est pas exécuté parce qu’il est né aux Etats-Unis.
Tous deux poursuivent alors l’oeuvre du combat pour l’indépendance et la République. Constance devient la première femme élue au Parlement Britannique, puis ministre du Travail du gouvernement révolutionnaire irlandais. A cette époque, seule l’URSS a vu accéder une femme à une fonction gouvernementale, mais elle a été nommée, pas élue au suffrage universel.

Constance incarne enfin la branche radicale, farouchement opposée au compromis avec les anglais (Home Rule ou Partition et allégiance à la Couronne britannique en échange de l’autonomie), appuyée sur un nationalisme protecteur contre l’oppresseur (le premier Sinn Feinn, qui méprise ses origines aristocrates), un socialisme intransigeant qui veut la fin des opprimés.
Autant de valeurs que De Valera stoppe dans leur course, triomphant de la guerre civile qui décime les rangs républicains (Michael Collins). Avec le soutien de l’Eglise catholique, à laquelle Constance s’est pourtant convertie en prison, l’Irlande libre (Free State) impose un ordre d’inspiration chrétienne, nouvelle force de son identité, qui deviendra au cours du Xxéme siècle un conservatisme strict ne tolérant guère de liberté, surtout artistique ou de moeurs, et certainement pas celle des femmes reléguées aux bans de la société.

Constance Markievicz reste la « Madame » que les plus pauvres continuent à aimer et respecter pour l’aide qu’elle ne cesse de leur apporter. Renouant avec sa fille et son mari, elle vieillit dans le dénuement et meurt en 1927. Elle est à jamais une figure majeure de l'Histoire irlandaise et, quoique méconnue, de l'Histoire des femmes et de leur "libération".
La force et les excès de son engagement rappellent que le socialisme a œuvré à transformer durablement les sociétés, et prend racine dans l’idéalisme et l’utopie, l’anarchisme et le communisme, le courage et la tenacité, qui chacun à leur mesure peuvent encore nous inspirer aujourd’hui, alors que tout nous pousse à changer, pour le meilleur, à nouveau.



Source



See also :
Constance Markievicz (nee Gore-Booth) and the Easter Rising (Sligo Heritage)

Photo Gallery

dimanche 6 janvier 2008

Meilleurs Voeux: All the best in 2008

Aujourd'hui c'etait l'Epiphanie. Ca veut dire que Noel c'est fini, et les vacances avec. Il est temps de demonter les decorations et de passer a autre chose.
La St Valentin par exemple. C'est deja prevu. Ce qui est bien c'est que nous, simples consommateurs mortels, n'avons a nous preoccuper de rien. Notre programme fetes-depenses de l'annee est etabli par de tres bienveillants et plus avises que nous. Pratique. Ne reste plus qu'a presenter gentiment la carte de paiement.

Voici en tous cas une famille qui va avoir du boulot dans les prochains jours:







Cette maison se trouve en Dublin 8 (Inchicore). Si vous la cherchez, en temps de Noel, prenez le Luas (tram) direction Tallaght, descendez a l'arret Blackhorse et la demandez, on vous l'indiquera immeditament.
Des photos sont regulierement publiees dans la presse et la famille a meme participe a un concours aux Etats-Unis, d'ou vient cette idee lumineuse.
Chaque annee quelque chose est ajoute a la collection, parait-il. Chaque annee en route pour l'aeroport je fais halte chez des amis qui vivent a une rue, et je ne manque pas de lui rendre une petite visite. Par contre j'ai renonce a chercher la petite nouveaute. Je fais juste un "ouah c'est beau mais c'est ridicule mais c'est bien fait mais c'est trop" et je continue ma route.

This house is located in Dublin 8. It has to be the kitschest and most luminous thing in Ireland around Christmas and New Year time ! I visit it every year on my way to the airport as I stop by a couple of friends, traditionnally.

Lightning your house is a strange mania that comes from the US. More and more people adopt the habit as they become more comfortable with the money they can spend (and forget about their carbon footprint for a while...); they either imitates what they see in movies, or more likely US relatives of them, or what they themselves used to do when they lived there.

This particular house is regulaly pictured in the press and has even entered a competition in the US. If you want to see it around Christmas this year, take the Luas towards Tallaght, get out at the Blackhorse stop and there just ask. It's a few streets away and there surely will be somebody to show you the way.

lundi 24 décembre 2007

Nollaig shona agus Athbhliain faoi mhaise dhaoibh go léir

Best wishes for a peaceful Christmas and a Happy New Year.


Une pensee pour ceux qui ont faim, ou froid, ou se sentiront seuls quand nous ripaillerons.
Et un geste aussi, quand on peut.

Christmas cards


Dans les deux semaines précédant Noël la tradition veut qu'on envoie et reçoive des Christmas Card, au mieux une par relation familiale, amicale, et professionnelle. Il est de bon ton de souhaiter un Joyeux Noël et, tant qu'on y est, une Bonne et heureuse Nouvelle Année avant le Jour J.

Les Christmas Cards sont une manne phénoménale pour les commerçants et les associations caritatives qui en vendent a leur profit et remportent un grand succès. Depuis quelques années la concurrence d'internet est rude. Le prix et les chiffres de vente se sont effondrés de moitié.

En tant que Francais-e on serait tenté-e, pour répondre, de garder le sympathique geste pour la nouvelle année, mais envoyer une carte de Meilleurs Voeux après les fêtes, ça serait tout simplement bizarroïde aux yeux des amis irlandais. A Rome....

On collectionne donc les Christmas cards qui arrivent par la poste ou sont laissées sur notre bureaux par les collègues les plus attentionnés, ou tout simplement tendues de la main à la main (ça, ça fait bizarre!). Elles décorent la maison: on commence par la cheminée, puis les étagères, et si on est très populaire la collection s'étend à plusieurs pièces, qu'on garde jusqu'au 1er de l'An.

Cette année beaucoup de e-Christmas cards, entre ceux trop feignants ou mal organisés pour passer deux ou trois heures à mi-décembre pour écrire et poster, et ceux conscients qu'une Carte de voeux c'est du papier, donc un arbre, etc.
La tradition ne nous a pourtant pas oubliés et le salon était bien douillet, réchauffé par ces petits gestes symbole d'amité (de la part de ceux dont on sait que ce n'est pas une gageure obligée :).

Christmas House


Chez les voisins


Chez nous





jeudi 20 décembre 2007

Christmassy Ted

Ted, Dougal, Ruud Gullit sitting on a shed, and an Advent Calendar.





Quelques pretres egares, plus ou moins involontairement... dans la section lingerie feminine d'un grand magasin. Father Ted organise la fuite discrete et perilleuse.
Les fans de Rome reconnaitront parmi la troupe Kevin McKidd alias Lucius Vorenus.


dimanche 16 décembre 2007

Fairytale of New York, the ultimate Irish Christmas song

La "Christmas song" irlandaise par excellence c'est Fairytale of New York des Pogues: l'histoire d'un coup de foudre un soir de Noel a New York, une relation vacillante et une grosse deprime un Noel suivant, sur fond de diaspora irlandaise, d'ambitions decues mais d'espoir intact. Les noms d'oiseaux volent mais la passion subsiste. Les irlandais sont les italiens du Nord. Mis en chanson, c'est culte.




Pour vos soirees karaoke:

It was Christmas Eve babe
In the drunk tank
An old man said to me, won't see another one
And then he sang a song
The Rare Old Mountain Dew
I turned my face away
And dreamed about you

Got on a lucky one
Came in eighteen to one
I've got a feeling
This year's for me and you
So happy Christmas
I love you baby
I can see a better time
When all our dreams come true

They've got cars big as bars
They've got rivers of gold
But the wind goes right through you
It's no place for the old
When you first took my hand
On a cold Christmas Eve
You promised me
Broadway was waiting for me

You were handsome
You were pretty
Queen of New York City
When the band finished playing
They howled out for more
Sinatra was swinging,
All the drunks they were singing
We kissed on a corner
Then danced through the night

The boys of the NYPD choir
Were singing "Galway Bay"
And the bells were ringing out
For Christmas day

You're a bum
You're a punk
You're an old slut on junk
Lying there almost dead on a drip in that bed
You scumbag, you maggot
You cheap lousy faggot
Happy Christmas your arse
I pray God it's our last

I could have been someone
Well so could anyone
You took my dreams from me
When I first found you
I kept them with me babe
I put them with my own
Can't make it all alone
I've built my dreams around you


Le secret d'une oeuvre culte c'est son universalite. Le dernier paragraphe est la quintessence de la poesie de Shane McGowan, et c'est aussi le scenario classique avec lequel on debute ou termine une dispute, notamment entre gens de deux pays:
- Tu as vole mes reves lorsque je t'ai trouve
- Je les ai la avec moi, je les ai mis avec les miens, je n'y arriverai pas seul, j'ai construit mes reves autour des tiens.
Ou quand on demande pour la "n"ieme fois, avec un sens mesure du drame (latinite oblige), un peu de consideration pour le "sacrifice" qui a ete fait en quittant un pays civilise avec TGV et Secu, retraite et service public, voire des etudes et une carriere pour venir dans cette ile, qu'on ne veut pourtant jamais plus quitter coute que coute... et que vient en reponse, en cadeau de Noel un peu particulier, une offre d'emigration, plus pres de "la maison", sur le continent, pour un petit moment, en gage de compromis et pour continuer (ensemble) l'aventure.

La suite de ce blog pourait donc etre Fairytale of Bruxelles, sans remettre en cause ce qui a ete commence ici. Mais ca, c'est une autre histoire... :)

Guinness Christmas Advert

Chaque annee elle revient, avec son habit d'hiver blanc plutot rare en Irlande, sa douceur nostalgique, et des images d'icones et de lieux familiers.


mercredi 12 décembre 2007

Droit au But sur RTE

Ce soir l'OM etait a l'honneur sur RTE. Pas seulement sur le cable, en catimini pendant que des matchs plus importants sur la scene europeenne retenaient l'attention de tout le monde. Non, sur RTE, en vedette, devant tout un tas de telespectateurs qui se demandaient si l'OM allait reiterer l'exploit, une nouvelle victoire sur son terrain, apres avoir battu et, il faut bien le dire, embarasse, voire humilie, Liverpool sur son terrain. Un privilege rare que peu d'equipes en Europe ont su ajouter a leur palmares.

Chaque irlandais qui s'interesse au foot est supporter d'une equipe anglaise, qu'il se choisit dans son enfance au hasard, vu que le foot irlandais, c'est pas ca... un peu "crap" voire carrement "hopeless", selon les sources. Liverpool compte bien entendu son lot de supporters irlandais, ce soir grossi d'une floppee de suporters occasionnels, solidarite geographique, "malgre tout", oblige, ou bien de curieux decide a etre neutres au nom d'un certain exotisme et de la cocacite du temps des affaires et de Tapie.

Une belle occasion de briller a travers le foot, comme on aime le faire a Marseille, vu qu'a part le soleil et Zidane on n'a pas grand chose pour briller aux yeux du monde. Rate. L'entree des joueurs etait belle et enthousiaste, coloree et en chansons, dans la pure tradition velodromienne. Puis en 2mn c'etait plie. Liverpool a gagne sans aucun effort. Ebarassant. Que dis-je, humiliant. A oublier. On oublie.

Carrement crap le foot francais.

lundi 3 décembre 2007

Ca sent le sapin... on The Late Late Show


C'est bientot Noel, et c'est pas forcement un cadeau.

Noel commence au lendemain d'Halloween, c'est etabli. Les boutiques sont alor pretes, des aout - septembre, les decorations font leur apparitions, les Peres Noels et les Rennes en plastique sont en ambuscade pres a degainer leurs sourires et leurs slogans.
Chez les bouchers on sort les traditionnelles pancartes "Commandez des a present vos dindes et vos jambons" (Order your Turkey & Ham now). Traditionnellement le 24 on fait bouillir, un jambon, qui finit gentiment de rotir pendant la messe de minuit. Au retour, petit Jesus est ne et on peut festoyer avec des sandwichs au jambon frais. Le lendemain, c'est la dinde qui passe au four.
Au supermarche, les offres promotionnelles et les petits timbres collection qui nous permettent d'aller passer des weekends a prix gentils dans de jolis B&B a la campagne c'est fini. Suspendus pendant le mois des courses en folie, evidemment. Il faut parcourir les rayons sous la torture de chants de Noel (Christmas Caroll) larmoyes par des groupes plus ou moins a la mode, et ce sont des voix enfantines qui accompagnent la frustration de se voir arracher par la caissiere 3 jours de salaire pour du pain et la bouteille de lait en 2L familial.

L'une des institutions du Noel irlandais, unique en son genre, c'est le Late Late Toy Show.

The Late Late Show est une emission de variete familiale populairissime qui reflete et fait l'Histoire de la television et des moeurs en Irlande depuis les annees 1960. Trois presentateurs seulement se sont succedes, des energumenes tres mielleux entre Foucault et Sabatier (les presentateurs, pas le philosophe et l'ecrivain, on en est loin...), en anglais on dit "cheesy", avec leurs air de gendre ideal.
Les stars irlandaises de la pop y font leurs debuts voire y passent encore (U2, Corrs, Cranberries / Dolores O'Riordan, Enya, Sinead O'Conor) et croisent sur le plateau des veterans de la folk comme Christy Moore, Shane Mac Gowan (Pogues), The Chieftains ou du Rock (Van Morrison, Horselips). Une sorte de Later with Jools Holland (BBC) plus sirupeux, entre Taratata et Sacree Soiree.
Le nom de l'emisison fait reference a son heure de passage: 23h, imaginez un peu si c'etait tard a l'epoque ou il fallait se lever pour la messe le dimanche matin ! Depuis la fin des annees 1990 c'est a la meme heure le vendredi soir.

1.3 millions de telespectateurs irlandais regardent le Late Late Toy Show, rendez-vous attendu chaque annee, une edition speciale debut Decembre pour presenter les nouveautes jeux et jouets et donner des idees aux enfants pour leurs listes a Santa, et aux parents, pardon, a Papa Noel, pour qu'il fasse de jolies surprises.
Temoin perpetuel de son epoque, le Toy Show a vu evoluer les produits presentes: de tres simples (un steak et une orange dans les annees 1960 diraient certains) a disons plus couteux et sophistiques ces dernieres annees, sans surprise.
Le Toy Show est une institution pour tous les Irlandais, petits et grands. On se passe la fievre de l'attente puis la magie du moment de generation en generation, et l'emission est un tendre souvenir pour quiconque a grandi dans ce pays. Il est des foyers ou la soiree du Toy Show est bookee... certains jeunes aiment rentrer chez eux pour le regarder en famille comme quand ils etaient petits. Heureusement, dans la Casa Cafe Waterford, l'Irish est trop occupe... et n'est pas tres fan de Pat Kenny de toute facon.

Je vous offre (genereusement) deux extraits de l'emission de ce weekend (c'est cheesy mais c'est joli), pour vous mettre en bouche pour Noel. A regarder avec une cup'a tea bien chaude a la main.





samedi 1 décembre 2007

La diversite a l'irlandaise

Le premier maire noir d'Irlande
LE MONDE 30.11.07 15h31 • Mis à jour le 30.11.07 15h31
DUBLIN ENVOYÉE SPÉCIALE


C'était il y a quinze ans à peine. Dans un bed & breakfast de la campagne d'Irlande, une vieille dame accueillait deux voyageuses. L'une d'elles avait la peau noire. La vieille Irlandaise, qui n'avait jamais rien vu de pareil sauf à la télévision, en fut toute désarçonnée. Soucieuse de bien faire, elle demanda en chuchotant à l'oreille de la jeune Blanche : "Qu'est-ce qu'elle mange ?"

Même décor, quinze ans après : le 28 juin 2007, Rotimi Adebari, nigérian, 43 ans, est élu maire de Portlaoise, une petite ville de 18 000 habitants en grande banlieue de Dublin. Le premier maire noir de l'histoire d'Irlande. Un événement inouï pour les vieilles dames des bed & breakfast comme pour la plupart des Irlandais qui, encore récemment, n'avaient jamais vu chez eux que des Blancs à taches de rousseur. Qui pouvait penser émigrer dans un pays rongé par la misère ? L'Irlande, on la quittait. La croissance fulgurante de l'économie, dans les années 1990, a soudain changé la donne. En 1997, une école secondaire de Dublin accueillait son premier élève non irlandais. Aujourd'hui, environ 14 % de la population d'Irlande est étrangère.

Les Nigérians, anglophones, sont parmi les premiers à immigrer dans l'île. Parmi les premiers, aussi, à s'engager en politique. "C'est une caractéristique irlandaise, constate Bryan Fanning, chercheur sur l'immigration à l'université de Dublin : les Africains y sont politiquement très actifs. Contrairement à la plupart des immigrés d'Europe, ils arrivent en Irlande avec l'idée d'y rester. Et contrairement à eux, ils ne bénéficient pas des mêmes droits que les Irlandais. Outre le racisme, présent comme partout, ils doivent se battre pour mériter leur citoyenneté. Rotimi Adebari est un visage de la nouvelle Irlande."

Dans l'Irlande blonde, rousse, catholique et amatrice de Guinness, Rotimi Adebari est noir, protestant et peu porté sur les pubs. Il vous accueille gentiment entre deux rendez-vous, toujours pressé et peu bavard, le costume-cravate impeccable, le sourire poli. Il est à la mairie le matin, file à l'université de Dublin l'après-midi, où se trouve le bureau d'une des nombreuses organisations qu'il anime pour favoriser l'intégration et encourager le "dialogue interculturel". Il est attendu à Londres le lendemain et vous concède tout juste deux heures à la cantine de l'université, happé par son téléphone et les rendez-vous que lui rappelle sa secrétaire. A l'idée de parler de lui, il soupire. "Un journal m'a déjà pris en photo une fois, pourquoi recommencer ?"

Un jour de juillet 2000, Rotimi Adebari a quitté le Nigeria. Pas pour fuir une guerre civile qui avait pris fin en 1970, quand il était encore enfant. Ni en raison du régime politique, revenu peu ou prou à la démocratie après des années de dictature militaire. Pas à cause d'une pauvreté qui lui a été épargnée : son père était ingénieur dans une entreprise française de travaux publics et ce que l'Occident appelait le "choc pétrolier", au milieu des années 1970, résonnait en "boom économique" au Nigeria, grand producteur d'or noir.

Rotimi Adebari a demandé l'asile en Irlande mais s'il boite lourdement en portant son plateau de cantine, c'est moins la trace d'une ancienne opposition politique que celle d'un passé de joueur de haut niveau dans un sport d'élite. Une mauvaise chute a mis fin d'un coup à sa carrière tennistique alors qu'il concourait au niveau national. Elève exceptionnel, il avait étudié les sciences politiques et économiques, enseigné quelque temps l'économie, travaillé comme journaliste à la télévision... puis décidé de tout quitter.

Le visage si tranquille se crispe d'un coup, les doigts tapotent la table nerveusement. "Les raisons pour lesquelles j'ai quitté mon pays, lâche-t-il après un silence, renvoient à un passé sur lequel je n'ai pas envie de revenir. Mon père était musulman. Un vrai et solide musulman. En 1991, je me suis converti au christianisme - protestant ou catholique, nous ne faisons pas la distinction chez nous. Vous ne saurez pas ce que j'ai vécu. Disons, pour faire vite, que ma conversion n'a pas plu à mon père. Que la vie est devenue assez insupportable pour que je veuille m'en aller. Loin."

"Loin", ce sera l'Irlande. Un pays en plein développement qui attire les émigrants du monde entier. Au Nigeria, Rotimi Adebari et sa femme Ronke, chrétienne elle aussi, ont sympathisé avec un prêtre irlandais. "L'Irlande est le pays des mille bienvenues, leur promet-il. Les offres d'emploi pleuvent. Allez-y !" Avec leurs deux premiers enfants, ce jour de l'année 2000, Rotimi et Ronke atterrissent sur le tarmac de l'aéroport de Dublin.

Le pays des mille bienvenues commence par leur refuser le droit d'asile. La drôle d'histoire du premier maire noir d'Irlande débute ainsi, par son exclusion d'Irlande. La chance fait le reste. Il fait appel du jugement, sans grand espoir. Tout juste deux semaines avant l'expiration du délai, la femme de Rotimi met au monde leur troisième enfant. Or une loi nationale, qui n'existe plus depuis 2004, garantit alors la nationalité irlandaise aux enfants nés sur le sol irlandais et, pour les parents, le droit d'y résider. Comme la plupart des 25 000 Africains ayant émigré sur l'île depuis le milieu des années 1990, la famille de Rotimi Adebari en a bénéficié... in extremis. "Je comprends que les Irlandais aient mis fin à cette loi, dit doucement Rotimi Adebari. Mais si notre enfant était né deux semaines plus tard, où serions-nous aujourd'hui ? Où sont ceux qui n'ont pas eu ma chance ?"

Le maire de Portlaoise n'est pas irlandais mais "résident étranger", et en cette qualité autorisé par la loi à se présenter aux élections locales. Alors qu'il était encore demandeur d'asile, Rotimi Adebari avait regardé les annonces de maisons à louer. Le hasard l'avait envoyé dans cette petite ville dont il ne savait même pas prononcer le nom si gaélique (portliech). A peine arrivé, il s'est engagé au service de la communauté.

David Finane n'est pas près de l'oublier. En 2002, cet ancien chômeur s'était inscrit au Job's Club, dépendance de l'agence nationale pour l'emploi. Dans le groupe de demandeurs d'emploi était arrivé ce Noir élégant, le premier que David voyait en Irlande. La responsable de la formation venait de se casser une jambe et le petit groupe se retrouvait sans tuteur. "Nous étions tous désemparés, les bras ballants, raconte David, l'ancien compagnon de chômage. Rotimi a aussitôt pris les choses en main. Très calmement, il nous a proposé de nous réunir, de lire les journaux, d'étudier ensemble les annonces d'emploi et de tout mettre en commun. Il a fait venir au club des amis noirs, demandeurs d'asile. Il a invité des psychologues pour nous aider. Il nous a redonné un moral d'acier."

Quelques années plus tard, Rotimi Adebari rend visite à un conseiller municipal de la ville, Tom Jacob. "Il n'était pas familier du système politique irlandais, raconte celui-ci. Il m'a posé des tas de questions sur les lois et les partis, et comme je concourais en indépendant, il m'a proposé de faire campagne avec moi pour les municipales. Il voulait faire de l'intégration des minorités ethniques sa priorité, cela m'intéressait. Nous avons fait équipe."

A Portlaoise, on commençait à murmurer le nom de Rotimi Adebari. Il avait aidé les chômeurs, puis fondé une association d'aide à l'emploi, à l'époque peu lointaine où l'économie irlandaise était à l'agonie. Il animait déjà une émission hebdomadaire de débats de société sur une radio locale et commençait à donner dans le comté des conférences sur les échanges interculturels.

Chrétien fervent, protestant, on le voyait se rendre chaque dimanche au temple d'une ville voisine et éviter de fréquenter l'église évangélique de Portlaoise, dont le pasteur est nigérian, pour ne pas donner de lui une image communautariste. Certains lui étaient reconnaissants d'avoir changé positivement la perception des quelque 200 ou 300 Nigérians de la ville. "Il y avait un ressentiment à l'égard de cette communauté, raconte Tom Jacob. Ils n'étaient pas familiers de nos règles, doublaient tout le monde au supermarché ou au restaurant, n'envoyaient pas leurs enfants à l'école... Rotimi les a convaincus d'évoluer, de scolariser leurs enfants. Ils se sont mieux intégrés."

Le 28 juin 2007, quatre partis se partagent à la proportionnelle les 9 sièges du nouveau conseil municipal. Les deux candidats indépendants obtiennent 2 sièges. Issu d'une des parties représentées, le maire est désigné par rotation pour un an. Tom Jacob propose que Rotimi Adebari soit le premier de la législature : 3 votent contre, 6 votent pour. "Le fait que Rotimi Adebari soit à cette place est un signe que notre pays a enfin grandi", dit Tom Jacob.

A une centaine de kilomètres de Portlaoise, au Théâtre national de Dublin, le "signe" est déjà arrivé sur scène. L'écrivain irlandais Roddy Doyle et le Nigérian Bisi Adigun viennent d'y transposer The Playboy of the Western World, une pièce du répertoire irlandais du XIXe siècle. Pour la première fois, sous leur plume trempée dans le réel, le village rural de l'ouest de l'Irlande devient la banlieue ouest de Dublin. Et le fameux héros irlandais, un demandeur d'asile de bonne éducation... noir.

Marion Van Renterghem
Article paru dans l'édition du 01.12.07