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dimanche 21 octobre 2007

Irlandia: Vive le pain des etrangers !

Le Tigre commence a s'essoufler, economiquement, mais aussi politiquement. L'Irlande est a la veille de nouveaux changements majeurs qui accompagneront le ralentissement economique. L'incroyable succes a ses bemols: une lutte financiere de tous les instants pour les familles irlandaises ou immigrees, une absence de services publics lourde de consequences sociales et environnementales, lacunes dans le domaine de la recherche et l'innovation qui s'ajoutent a une politique de basse fiscalite des entreprises (mais haute fiscalite des menages et la consommation) qui rend l'economie dependante du bon vouloir des investisseurs etrangers, qui desormais tournent le dos a un cout du travail trop eleve.

Irlandia ! Irlandia !
LE MONDE 20.10.07 15h18 • Mis à jour le 20.10.07 15h18

Cracovie, à Wroclaw, à Gdansk, à Lublin, le mot circule comme une traînée de poudre : "Irlandia ! Irlandia !" Pour les jeunes Polonais, l'Irlande a détrôné l'Amérique, et l'aéroport de Dublin les guichets d'Ellis Island. Avec la Grande-Bretagne, c'est un nouvel eldorado où les mènent les bus bondés et plusieurs vols directs par jour. "On dit que là-bas tout est mieux, raconte Yola Sobas, une Polonaise émigrée, elle, à Paris : le boulot bien payé, les belles maisons de trois pièces, tout ! Ça devient une blague en Pologne : quand tu es malade, on te dit que le médecin est parti en Irlande."

En Pologne, l'opposition libérale (PO) en fait un argument de campagne, à l'occasion des élections législatives du dimanche 21 octobre : à cause de la politique menée par les très conservateurs frères Kaczynski, scande-t-elle, 2 millions de Polonais sont partis travailler à l'étranger.
Les Irlandais, eux, n'en reviennent toujours pas. Depuis des siècles, ils s'étaient habitués à voir leurs enfants fuir pour survivre. Il y a encore dix ans, ils n'avaient quasiment jamais croisé un travailleur étranger. Aujourd'hui, 14 % de la main-d'oeuvre n'est pas irlandaise. En un temps record, au début des années 1990, cette terre d'émigration est devenue le "Tigre celte" où l'on immigre du monde entier. Et, depuis trois ans, les plus dynamiques d'entre eux ont pris le pas sur les autres : les Polonais.

Au centre de Dublin, le polonais est devenu la deuxième langue la plus parlée dans la rue. On ne peut quasiment pas rentrer dans un café, un hôtel ou un restaurant, sans y trouver une serveuse polonaise. On ne peut pas voir un immeuble en construction sans croiser un maçon polonais. Des magasins affichent des écriteaux en polonais. Il y a au moins quatre publications en polonais, un supplément en polonais dans un quotidien irlandais, des bars polonais et des épiceries polonaises, plutôt bon marché, où accourent les Irlandais saignés par la hausse du coût de la vie.

Aux quatre coins de l'Irlande, 28 prêtres ont été mandatés depuis Varsovie. Des messes en polonais ont lieu plusieurs fois par semaine, et plusieurs fois chaque dimanche, dans différentes églises pleines à craquer. St Audoen, à Dublin, est spécialement affectée aux Polonais. D'après les cartes de Sécurité sociale, ils sont 200 000 recensés en Irlande. Auxquels peuvent facilement s'ajouter, selon les autorités, une bonne centaine de milliers non déclarés. Autant dire une communauté visible, comparée aux 4,2 millions d'habitants de la petite République.

L'afflux s'est accéléré d'un coup en mai 2004 quand la Pologne, avec neuf autres pays, a fait son entrée dans l'Union européenne. L'Irlande est alors le seul Etat de l'Union, avec la Grande-Bretagne et la Suède, à accueillir ces ressortissants sur le marché de l'emploi sans conditions limitatives. L'extraordinaire boom économique irlandais fait le reste. Deuxième pays le plus riche d'Europe par habitant, après le Luxembourg, l'Irlande affiche le taux de chômage le plus bas (4,2 %), une croissance et une demande de main-d'oeuvre élevées, qui en font le point de chute rêvé.

A l'âge de 26 ans, Kasia Streg a fait le voyage. Originaire d'Opole, une ville plutôt aisée à proximité de la frontière allemande, elle a fait des études d'architecture à l'université de Wroclaw et a commencé à travailler dans une agence, pour un salaire mensuel de 1 500 zlotys (404 €). "Quand tu es diplômé en Pologne, tu te sens complexé, dit-elle. Tu te demandes toujours : qu'est-ce je vaudrais, à l'Ouest ?" Elle a voulu vérifier. Plusieurs de ses amis polonais avaient déjà émigré en Irlande.

En 2005, elle a envoyé son CV à deux agences, sur Internet. Le lendemain, les deux lui offraient un travail. Kasia Streg s'est installée dans la petite ville de Portlaoise, à une heure de route de Dublin. Grâce à son salaire (3 000 € nets par mois), et en partageant un logement avec deux compatriotes et une Chinoise, elle compte acheter deux appartements à Opole, qu'elle louera. Elle tentera l'aventure dans d'autres pays européens "où la météo est meilleure". Puis rentrera, un jour, en Pologne. " Avec les Irlandais, nous sommes faits pour nous entendre. Nous avons les mêmes valeurs, nous aimons boire une bière après le travail et regarder le foot à la télé."

Pour ces insulaires si peu habitués à la mixité, les Polonais sont des immigrés de rêve. Plutôt blonds aux yeux bleus, comme eux. Catholiques, presque plus qu'eux. Appréciant le whisky, au moins autant qu'eux. Ex-victimes de l'oppression des Russes et des Allemands, comme ils le furent des Anglais. Et leur rappelant, surtout, leur histoire personnelle : celle de leur misère et de leur tradition d'émigration.

Comble de perfection, c'est "l'élite" des Polonais qui émigre. Selon le ministère de la justice - bizarrement la seule autorité gouvernementale responsable de l'immigration -, les Polonais sont en moyenne plus qualifiés que les Irlandais. Anglophones, bons travailleurs, ils ne rechignent pas devant des tâches ne correspondant pas à leur niveau de qualification. La plupart sont jeunes, beaucoup viennent en célibataire avec l'intention de rentrer dans leur pays. Ces Polonais, si parfaits, l'Irlande s'en contenterait volontiers. Depuis 2004, le rejet des demandes d'asile a augmenté. Depuis cette année, un système de carte verte favorise les immigrants hautement qualifiés, et des restrictions à l'emploi sont imposées aux Bulgares et aux Roumains.

Mais la croissance s'essouffle naturellement (5 % aujourd'hui, après avoir atteint des sommets). L'industrie du bâtiment, creuset important de la main-d'oeuvre polonaise, est en déclin. Si, jusqu'ici, le chômage n'a pas augmenté, "il se pourrait que le travail commence à manquer tandis que le flux d'immigration, lui, continue sur sa lancée", prévoit Roger Fox, directeur à l'Autorité irlandaise pour la formation et l'emploi (FAS). Il est probable que les Polonais se concentreront encore davantage sur Londres, où les bras manqueront pour la préparation des Jeux olympiques.

Certains Irlandais commencent déjà à protester discrètement contre cette immigration massive. "Ils me rappellent ma jeunesse", note Philip, un "poseur de briques" à la retraite, accoudé au comptoir d'une taverne de Dublin. "A 20 ans, j'ai quitté mon pays, comme tous les Irlandais, pour être maçon à Londres. Comme tous les Irlandais, j'ai été sous-payé, j'ai vécu dans des chambres où même un chien refuserait d'entrer. Quand je vois les Polonais, je me vois. Ils croient qu'ils sont riches, mais ils n'économisent qu'en s'entassant à cinq ou six dans des chambres en sachant que c'est provisoire. Ils ne vivent pas dans le réel. Nos salaires baissent et le coût de la vie, lui, continue à monter. Ça ne me plaît pas."

A Sutton, une banlieue résidentielle du nord de Dublin, pas loin de la mer, Cezary Lukasik ne le contredirait pas. Lui aussi avait rêvé d'une "Irlandia" mythique, faite de revenus grandioses et de belles maisons. A Gdansk, au bord de la Baltique, il était serveur sur des bateaux de croisière et gagnait 600 € par mois, parfois 1 500 € en haute saison : "un bon salaire". En septembre 2004, il y a renoncé "pour travailler moins de 12 heures par jour, avoir une vie plus belle et économiser pour acheter une maison en Pologne".

A peine arrivé, il a trouvé un emploi dans un restaurant. Le patron le payait en dessous du minimum légal mais avec les pourboires, et en travaillant douze heures par jour, six jours sur sept, il amassait 2 000 € par mois. Le matin, il travaillait pour un quotidien d'information en polonais qu'il avait fondé en 2005 avec un autre immigré, StrefaEire. Celui-ci n'a pas survécu à la concurrence de Gazeta polska, le premier journal polonais en Irlande. Il y avait investi 20 000 €. Au bout de trois ans, Cezary a laissé tomber le restaurant. Il suit une formation en informatique. Pour s'y rendre, il doit marcher 6 km par jour : pas de quoi se payer une voiture, et les transports, comme toutes les infrastructures publiques, font défaut en Irlande.

Depuis son arrivée, le coût de la vie a augmenté. Dublin est devenue aussi chère que Londres. En travaillant le dimanche, la femme de Cezary gagne 1 700 € par mois en tant que serveuse. Ils ont une petite fille et louent une maison de quatre pièces, pour 1 400 €. Sur un calepin, Cezary tient ses comptes à la virgule près. Ce mois-ci, 157 € pour l'électricité, 125 € pour le gaz, 70 € pour le téléphone. Cette semaine, 185 € pour la crèche (il n'y en a aucune publique), 130 € pour la nourriture et la lessive, 7 € pour la poudre de lait, etc. Devenir informaticien, c'est sa dernière chance. "Je suis venu ici pour économiser. Or pour vivre normalement, dans une maison normale et en s'autorisant quelques sorties de temps en temps, on ne met rien de côté. Si je n'arrive pas à gagner 2 000 € avec des horaires humains, ça ne vaut pas le coup. Je rentrerai en Pologne."

Le Père Jaroslaw Maszkiewicz, chapelain de la communauté polonaise d'Irlande, l'entend souvent en confession : "Il y a une déception", dit-il. Beaucoup de ceux qui ont rêvé l'Irlande vont jusqu'à se retrouver à la rue. L'association pour sans abris Merchants Quay Ireland (MQI) doit secourir de plus en plus d'immigrés de l'Est (entre 50 et 70 par jour, majoritairement polonais). Le Père Maszkiewicz tente discrètement de faire passer aux fidèles le message du président Kaczynski : "La Pologne va bien, il faut revenir !"

Marion Van Renterghem
Article paru dans l'édition du 21.10.07

Et pourtant, l'Irlande a irremediablement change: de pays du tiers-monde a nation developpee, elle talonne le Luxembourg sur le podium des Etats de l'UE au niveau de vie le plus eleve. Les caisses de l'Etat sont pleines mais, de l'aveu meme des citoyens et gouvernants: il leur a fallu apprendre vite a gerer un succes qui peut-etre leur echappe deja, et il va falloir encore du temps pour apprendre a gerer a la fois la peur d'une chute cruelle et la gestion d'une manne inesperee. La generation de dirigeants actuelle a emerge en sortant un pays de la pauvrete, mais personne en Irlande n'a jamais appris a s'occuper de l'interet public sans s'en remettre a la Providence et le sauve qui peut individuel...

dimanche 3 juin 2007

Decroissance, pacte ecologique et equilibres sociaux

Le defi du XXIeme siecle: passer d'une economie du jetable a une economie du durable renouvelable.

La croissance en question
LE MONDE 31.05.07 09h41 • Mis à jour le 31.05.07 09h47

Croissance, croissance, croissance ! Economistes, politiques, entrepreneurs, journalistes, tous n'ont que ce mot à l'esprit quand il s'agit de parler des solutions à apporter aux maux de la société. Souvent, ils oublient même que leur mot fétiche n'est qu'un moyen, et le posent en objectif absolu, qui vaudrait par lui-même.

Cette obsession, qui rassemble la droite et la gauche, est aveugle à l'ampleur de la crise écologique : changement climatique, mais aussi crise historique de la biodiversité et contamination chimique de l'environnement et des êtres. C'est que l'instrument qui sert de boussole aux responsables, le PIB (produit intérieur brut), est dangereusement défectueux : il n'inclut pas la dégradation de la biosphère. Cela signifie que nous contractons à l'égard de celle-ci une dette toujours croissante. La dérégulation émergente des grands écosystèmes planétaires est le prix de cette dette. Si rien ne change, les annuités ne vont plus cesser de s'en alourdir.

L'obsession de la croissance est aussi idéologique, car elle fait abstraction de tout contexte social. En fait, la croissance ne fait pas en soi reculer le chômage : "Entre 1978 et 2005, le PIB en France a connu une croissance de plus de 80 %, remarque Nicolas Ridoux dans le journal La Décroissance d'avril. Dans le même temps, non seulement le chômage n'a pas diminué, mais il a doublé, passant de 5 à 10 %." Le Bureau international du travail et la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement confirment : malgré une hausse du PIB mondial de 5 % par an, le chômage ne diminue pas. Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale observent aussi que l'élévation du PIB ne fait pas reculer la pauvreté ni l'inégalité. En réalité, l'invocation permanente de la croissance est un moyen de ne pas remettre en cause l'inégalité extrême des revenus et des patrimoines, en faisant croire à chacun que son niveau de vie va s'améliorer.

Il y a urgence à réinterroger le sens et le contenu de cette obsession moderne. Une piste nouvelle est de viser la réduction des consommations matérielles, c'est-à dire des prélèvements que nous faisons sur les ressources naturelles. Un rapport du Parlement européen, présenté en mars par la députée Kartika Tamara Liotar, le propose : "Il convient de réduire par quatre, à l'horizon 2030, la consommation de ressources primaires non renouvelables dans l'Union européenne."

Rares sont les politiques qui prennent conscience de l'urgence. Le 16 janvier, dans une conférence de presse à Paris, Alain Juppé déclarait : "C'est une autre croissance qu'il faut inventer, qui s'accompagne d'une décroissance des gaspillages, et nous avons besoin, dans un monde frappé par la pauvreté et les inégalités, d'une croissance moins consommatrice des énergies et des ressources non renouvelables, une croissance respectueuse des équilibres naturels, une croissance qui s'accompagne d'autres modalités de consommation et de production." Très beaux mots. Qu'il faut faire vivre, Monsieur le Minitre.

Hervé Kempf
  • Une societe peut-elle croitre indefiniment?

L'Irlande, ce "modele" que je suis venue un jour etudier de toute la force de mes neurones jadis admiratives, connait elle-meme la difficulte de se renouveler continuellement pour faire face aux imperatifs d'une croissance soutenue en permanence. Le plein-emploi, meme en situation de pression constante sur les travailleurs et d'operation seduction permanente envers les investisseurs, ce n'est pas si evident que ca. La recette de l'equilibre, comme celle du souffle au fromage, est subtile, et l'alchimie delicate a realiser.

L'Irlande est actuellement parmi les economies les plus globalisees du monde, avec le Bresil, la Chine, l'Inde, et d'autres pays emergents leaders dans la course a la croissance effrenee, ce qui signifie qu'elle depend massivement de l'intervention exterieure pour nourrir une force de travail abordable, l'nvestissement et les debouches, bien au dela de l'Union Europeenne, dont elle ne sait se contenter.

Face a des pays redoutablement competitifs, la competitivite de la nation irlandaise qui a desormais emerge sur le plan economique, elle, a desormais du poids dans l'aile. En 2006, 25 000 emplois ont ete perdus, au prix souvent de fermetures d'entreprises (industrie et services confondus) et delocalisations sauvages jetant les ouvriers sur le trottoir du jour au lendemain avec un maigre Pack chomage non negociable entre les mains. En 2007, pour rester competitive et maintenir sa croissance et son train de vie, l'Irlande doit creer 40 000 emplois. Cela necessiterait des investissements publics en terme de recherche et innovation qui ne sont pas actuellement prevus, tout comme en France: on essaie de continuer selon une recette qui desormais a vieilli alors que d'autres inventent leur propre modele. La croissance prevue en Irlande pour 2007 tournait autour de 5%; objectif revu a la baisse: 4%. On prevoit des pertes d'emploi dans le secteur de la construction, qui va ralentir, inevitablement.

Car jusqu'ou la croissance, les besoins infinis en Recherche et en Innovation doivent-ils aller? Les ressources et besoins d'une nation et du monde, qui creent les debouches en economie, sont par definition limites. Le constat en Irlande est simple: c'est une ile, jusqu'ou espere-t-on aller? Que ce soit en terme de population, de developpement structurel (immobilier notamment), ou d'economie, l'etat actuel des choses necessite une reflexion profonde.

Cette semaine, 3 degraissages successifs ont ete annonces: Eircom (compagnie de telecommunication semi-privee) supprime 800 emplois; Dell (ordinateurs) supprime 450 emplois; Galtee (viande) supprime 60 a 80 emplois dans une seule et meme localite. L'Irlande est un petit pays, ces emplois non renouveles sont une perte inquietante et l'annonce faite en une seule semaine un impact psychologique non negligeable.

Le modele economique irlandais? Il n'existe pas, pas plus qu'aucun autre. Il est temps de nous resoudre a penser l'organisation de nos societes en d'autres termes que de pure croissance, une simple fuite en avant qui nous empoisonne et nous asphyxie.

lundi 28 mai 2007

Le "modele Bertie"... hi hi hi...

Typique beatitude dans Le Monde aujourd'hui, et a mon avis ce n'est pas termine. Comme par hasard les articles sur l'Irlande, plus ou moins bien informes, se sont succedes depuis le 29 avril sur le theme des elections et l'attitude des irlandais face au formidable succes economique de leur pays. Bien sur, l'Etat reel du pays vous est connu a vous qui suivez les nouvelles et analyses savamment mises a disposition sur ce blog :).

Je rappelle pour ceux qui n'auraient pas suivi, ou ceux qui viennent d'arriver, et qui sont bienvenus: Irlande: le succès à quel prix ? - Irish success at a cost , Le Liberalisme et ses limites , L'Irlande et moi - Ireland and I , General Elections 2007: politique irlandaise .

Pour ceux qui n'en peuvent plus de mes radotages, desolee, mais on serait trop heureux dans notre bon vieil Hexagone de nous vendre le "modele Bertie" pre-emballe, pre-empaquete, embarqez c'est pese, comme si de rien n'etait, comme si l'argent pas pris aux entreprises (taxation 10%) n'etait pas pris aux menages sur leurs salaires et consommation (au total pres de 60%) pour compenser, comme si tout le monde vivait heureux la fleur au stylo degaine sans souci pour signer cheques et recus, depensant sans compter pour son bien-etre et son plaisir, dans la joie d'une societe hyper liberalisee qui ne ferait ni mecontents, ni oublies, comme si l'argent public profitait au bien de tous, comme si l'Irlande n'etait pas un pays digne du Quart-Monde qui n'a pas meme de voies ferrees pour servir la moitie de sa population... vous parlez d'un progres !

Ne soyez pas des beotiens, entendez et diffusez la bonne parole: NON, l'Irlande de Bertie, que reve d'etre la Sarkosie, c'est pas le Paradis !!

Le "modele Bertie": corruption, affairisme, clientelisme, cynisme, paternalisme, individualisme, egocentrisme et cours de comedie pour bien se vendre a la tele.
"Sage et equitable"... mais y-a-t-il encore des cerveaux au Monde ou seulement des malades atteints de sarkozite aigue??? Heureusement vous savez, vous, que tout cela est bien plus complique... D'ailleurs sans le Nord, il y a longtemps que Bertie serait du passe!

Edito du Monde
Le modèle "Bertie"
LE MONDE 28.05.07 14h16 • Mis à jour le 28.05.07 14h16

On ne change pas le capitaine d'une équipe qui gagne. C'est le choix politique, à la fois sage et équitable, qu'ont fait les Irlandais. En accordant une nette victoire électorale au parti Fianna Fail, ils ont offert à son chef, le premier ministre sortant, Bertie Ahern, la chance, sans précédent dans l'histoire nationale, d'accomplir un troisième mandat de cinq ans. Ils ont renouvelé leur confiance à l'homme qui incarne l'île d'Emeraude, devenue en quinze ans le plus riche pays d'Europe, par habitant, après le Luxembourg.

Ce succès, acquis au terme d'une campagne législative très personnalisée, le Fianna Fail le doit, pour beaucoup, aux qualités de celui que tout le monde en Irlande appelle "Bertie". Homme chaleureux et direct, habile stratège et négociateur inlassable, en quête permanente d'un consensus, ce "vrai Dublinois", encore jeune - il est entré en politique, tout gamin, comme colleur d'affiches -, a su déployer pour le mieux ses talents à Dublin et ailleurs. Coresponsable du processus de paix en Ulster depuis 1998, il a formé avec Tony Blair, sur ce dossier, un tandem uni, enfin récompensé il y a quelques semaines par l'installation à Belfast d'un gouvernement partagé entre les ennemis jurés d'hier, catholiques du Sinn Fein et protestants du DUP. Sa bonne entente, depuis lors, avec le vieux pasteur protestant Ian Paisley étonne jusqu'aux plus blasés. Les électeurs ont voulu remercier le premier ministre de sa ténacité au Nord tout en boudant le Sinn Fein, qui rêve de participer au pouvoir à la fois à Dublin et à Belfast.

Mais c'est surtout un satisfecit économique que les Irlandais ont décerné à leur premier ministre. Voilà plus d'une décennie que le "Tigre celtique" galope avec vélocité en étonnant l'Europe. M. Ahern a maintenu ou approfondi les choix stratégiques qui ont apporté à l'Irlande une croissance vigoureuse et le plein-emploi : l'ouverture aux capitaux étrangers, notamment américains, une fiscalité irrésistiblement attrayante pour les investisseurs, l'excellence de l'enseignement secondaire, l'effort budgétaire en faveur de la recherche et, plus récemment, l'accueil sans réserve des immigrants venus d'Europe centrale. L'Irlande est aujourd'hui une terre de haute technologie qui se dote d'une "économie de la connaissance" à forte valeur ajoutée.

Ancien ministre du travail et interlocuteur familier des syndicats, M. Ahern a garanti, au fil des ans, l'essor économique de l'île en instaurant un partenariat social qui fait l'originalité du modèle irlandais par rapport notamment à la Grande-Bretagne, où l'Etat intervient le moins possible dans les relations sociales. La majorité des Irlandais ont plus que trouvé leur compte dans cet équilibre subtil entre prospérité et justice. M. Ahern est à leurs yeux le mieux placé pour le préserver.

Article paru dans l'édition du 29.05.07.

jeudi 24 mai 2007

Poll Day: tous aux urnes !

Election 2007 News, analysis, features, interaction and the latest Gift Grub on The Irish Times


Le theme principal de ces elections: l'argent! Nous sommes dans un pays ou il en circule enormement, entre les mains des entreprises, des pouvoirs publics, des travailleurs (tous corps de metiers confondus), hormis une petite tranche de laisses pour comptes dont on a du mal a defendre la difficulte a suivre la cadence infernale sans se faire traiter d'arriere souhaitant le retour a la Famine et l'emigration ou pire, de "rabat-joie" !

La force electorale de la droite en place actuellement ne sont pas les plus de soixante ans, mais bien egalement des baby boomers: les 25 - 40 ans, qui profitent de la manne economique, premiere generation a ne pas devoir emigrer, et constituent un electorat dynamique et nombreux partage entre desir d'alternance politique et envie d'assurer le statu quo economique pour continuer a s'en mettre plein les poches. La principale alternative est l'autre parti de droite, Fine Gael, qui ne se differencie du parti en place, Fianna Fail, que par sa "moralite" affichee. Le Labour propose aux electeurs de leur donner les moyens de former une coalition gouvernementale avec le Fine Gael. L'alliance parait contre-nature, j'ai eu du mal a m'y faire, mais c'est le fruit d'un pragmatisme inspire, le meme qu'experimente Sarkozy en ce moment. A l'heure actuelle les differences entre les 3 grands partis sont plus de methode que sur l'ideologie. Tout le monde en veut pour son argent, chacun propose une facon differente d'en profiter.

Sur la droite en Irlande: Droites d'Europe a l'unisson

  • Systeme electoral

166 membres du Parlement (Dail) seront elus selon un systeme qui permet aux electeurs de les classifier selon leurs preferences. De 3 a 5 sieges selon les circonscriptions (counties), les electeurs choisissent qui est leur N.1, puis N.2, etc.
Le vote N.1 est celui comptabilise en premier. Si un candidat atteint le seuil des voix requises pour etre elu, le surplus de ses voix est reporte sur les candidats suivants indiques par ses electeurs. S'il a un surplus de 500 voix, on reprend les 500 premiers bulletins (deja comptabilises) afin de reporter 500 voix sur les autres candidats, et ainsi de suite jusqu'a ce que tous les sieges soient pourvus.
Le systeme est a priori le plus democratique qui soit, le seul probleme c'est que des bulletins peuvent facilement ne servir a rien car jamais comptabilises. Un vote electronique pourrait contribuer a ce que le resultat du scrutin soit absolument proportionnel au choix des electeurs.

Une certaine majorite est requise pour qu'un gouvernement soit forme par un parti. Il lui faut ensuite l'approbation du Parlement. Ainsi pour s'assurer le soutien d'une majorite stable d'elus il est quasi automatique que le parti vainqueur s'allie au second pour former une coalition gouvernementale, a condition qu'ils puissent s'entendre.


  • Irish Labour et gauche irlandaise

Le scenario ideal envisage est une coalition arc-en-ciel Greens / Verts - Labour / Travaillistes - Fine Gael. Il est probable que le Labour arrive second et ait a decider s'il veut ou non former un gouvernement avec le Fianna Fail s'il est reconduit.

La gauche irlandaise est representee par:
- Les Verts, une force montante, c'est la premiere fois qu'ils ont un discours coherent aux yeux du pays, DSK dirait qu'ils ont choisi la voie du socialisme du reel. Ils restent tout de meme largement a cote de la plaque pour beaucoup, leur programme social est identique a celui du PS, leur programme environnemental ambitieux, parfois trop extremiste pour etre apprecie (opposition systematique a toute "modernite" a Waterford).
- Sinn Fein qui connait un regain de popularite apres la paix definitivement concluse en Irlande du Nord en Mars et la collaboration des ennemis mortels d'hier - defauts: tres fortement teinte de marxisme, le Sinn Feinn trop centre sur le Nord et le conflit n'a guere evolue sur les questions de societe, et n'a aucune credibilite economique malgre ses efforts rassurants pour la suite. Le Sinn Feinn a fait une percee aux dernieres elections il y a 5 ans. Gerry Adams est elu dans le Nord mais il est le visage de la campagne en Republique.
- Socialistes: 2 elus, ultra-minoritaires et confidentiels
- Parti des Travailleurs: quelques elus dans les rares zones industrielles comme Waterford, tres lutte des classes
- il y a un certain nombre d'"Independants" mais beaucoup sont d'anciens Fianna Fail qui attendent que le ras le bol tourne en leur faveur.

- Le Irish Labour a tout a gagne dans ces elections. Il y a une forte demande d'alternance, et de services publics. A droite le Fianna Fail (=RPR), parti d'Europe ayant passe le plus de temps au pouvoir, mene le pays depuis 10 ans, et le Fine Gael (=UDF). Dans un systeme ou le gouvernement se fait par coalition de deux partis, Fine Gael et Labour proposent aux electeurs de leur donner une majorite pour exclure le Fianna Fail. Le leader du Labour, Pat Rabitte, est un homme extremement charismatique, populaire, grand orateur, son discours est apprecie au dela des sympathisants Labour. Le leader du Fine Gael, Enda Kenny, est plus faible, il manque d'energie, son discours est plus confus, moins concret. Il fait perdre un peu de credibilite gouvernementale a son parti, on predit que les electeurs de droite lui preferent celui qui mene la barque depuis longtemps. C'est pourquoi le Labour sera tres vraisemblablement en position de gouverner avec le Fianna Fail qui sera certainement reconduit, malgre le mecontentement general, sur le theme "continuons le travail accompli jusqu'ici", une non-rupture assumee. Le Labour a annonce avoir refuse une coalition avec le Fianna Fail, mais devra se raviser si les sondages qui donnent le Premier Ministre largement gagnant, alors qu'il etait perdu il y a quelques jours (un peu extreme et opportun a mon gout) se confirment. Une precedente experience les avait exclu totalement du pouvoir pour laisser place a la coalition ultra-liberale qui conduit l'Irlande depuis 10 ans. Le Labour dans un pur esprit irlandais de pragmatisme pourrait revenir sur sa parole. Son theme de campagne "Mais etes-vous heureux?" Sous ententu: ok, nous avons tous du boulot, nous bossons comme des malades 10h par jour, nous avons une maison immense, 2 voitures, un compte en banque plein a craquer, mais en profitons-nous?? Et surtout, dans quel etat est le pays, ne merite-t-il pas mieux?


  • Contexte economique (et social)

Un bon article sur le contexte des elections qui se jouent jeudi en Irlande, typique du discours de ceux qui ne regardant pas plus loin que le flamboyant succes economique vantent les merites de la politique liberale et opportuniste de l'une des droites les plus corrompues et populistes de l'UE:

Pour gagner, Bertie Ahern vante une Irlande "fabuleusement forte"
LE MONDE 21.05.07 13h24 • Mis à jour le 21.05.07 13h24 DUBLIN ENVOYÉ SPÉCIAL

Ce jour-là, Bertie Ahern, 55 ans, mène campagne dans son fief. Le taoiseach - premier ministre irlandais - dévoile le programme sportif de son parti, le Fianna Fail. L'événement a lieu au dernier étage de la Maison de la danse, un complexe culturel flambant neuf, dressé, à Dublin, au coeur de sa circonscription. L'ambiance est bon enfant, à l'image de l'hôte de passage qui serre les mains des quelque deux cents invités. "Et maintenant, parcourons ensemble les prochaines étapes !", proclame le slogan du principal parti au pouvoir.

Les Irlandais répondront-ils favorablement à cette invite au moment d'élire, jeudi 24 mai, les 166 députés du Dail, la Chambre basse du Parlement ? Accorderont-ils un troisième mandat au premier ministre sortant ? Impossible à prédire, tant la coalition sortante de centre droit entre le Fianna Fail et les démocrates progressistes, et celle, de centre gauche, entre le Fine Gaël et le Labour, qui veut la remplacer, sont au coude-à-coude dans les sondages. Chacune est créditée de 37 % à 40 %. L'électorat est divisé par moitié, mais le Fianna Fail devrait rester, de loin, le premier parti.

L'Irlande applique un mode de scrutin à un tour, complexe et original, la représentation proportionnelle avec transfert des surplus de voix. Ce système, très démocratique, exclut pratiquement qu'une seule formation puisse obtenir la majorité absolue des sièges, même si le Fianna Fail l'avait frôlée lors du dernier scrutin, en 2002, en écrasant le Fine Gaël. Il facilite les coalitions et favorise les quatre petits partis, promus "faiseurs de roi" par le précieux appoint qu'ils accordent aux deux grands.

Les démocrates progressistes, ultralibéraux avoués, sont en chute libre. Leur prestation gouvernementale a déçu, notamment dans le domaine de la santé, premier souci des Irlandais. La coalition sortante s'en trouve affaiblie. Laminé en 2002, le Fine Gaël, que dirige Enda Kelly, un ancien enseignant de 56 ans, devrait retrouver son influence d'antan. S'il l'emporte, il gouvernera avec le Labour de Pat Rabbitte dans une coalition "arc-en-ciel".

Arrivé au pouvoir le 8 mai en Irlande du Nord, aux côtés des protestants de Ian Paisley, le Sinn Fein de Gerry Adams rêve de gérer des ministères au Sud et recentre son discours populiste. Mais les deux coalitions excluent a priori de l'intégrer. La grande inconnue : les Verts. Rompant avec leurs archaïsmes d'hier, ils ont fait une campagne active, ont le vent en poupe et peuvent basculer dans un camp comme dans l'autre.

Les portraits de MM. Ahern et Kelly, qui ornent les réverbères de Dublin, et le long débat télévisé qui les a opposés le 17 mai, donnent à leur bataille un air présidentiel. Cette personnalisation de la campagne tient à l'absence de clivage idéologique entre les deux blocs. Depuis dix ans, la vie politique se focalise sur l'homme qui la domine, "Bertie", comme chacun l'appelle ici. Au cours des derniers mois, il a été l'objet d'une sombre controverse, pour avoir reçu de l'argent d'amis hommes d'affaires lorsqu'il était ministre des finances en 1993 et 1994. Il s'est excusé, en assurant avoir remboursé tous ses emprunts. Sa popularité ne semble pas en avoir pâti.

Les Irlandais continuent de faire confiance à cet homme du peuple, proche des gens et enclin au consensus. Mais ils se méfient de son parti, qu'ils jugent trop tenté par un clientélisme traditionnel. Les électeurs se souviendront-ils, devant les urnes, des deux moments de gloire nationale que vient de vivre "Bertie" ? A Belfast, où la formation du gouvernement partagé récompensait ses efforts de "coparrain" de la paix scellée sous l'égide de Tony Blair. A Londres, le 15 mai, où il fut le premier chef d'un gouvernement irlandais à s'adresser aux députés et aux Lords britanniques rassemblés pour la circonstance.

"Bertie" a centré sa campagne sur un thème-clé : défendre la prospérité de l'Irlande, pays "fabuleusement fort", face aux risques de la mondialisation. Ces dangers sont réels. La forte hausse des salaires et un certain retard en matière d'infrastructures ont commencé d'éroder la compétitivité de l'île. Le rythme des délocalisations s'accélère. L'inflation, nourrie par le coût de l'énergie, reste supérieure d'un point à la moyenne européenne.

Les recettes du "miracle" irlandais continuent néanmoins de fonctionner : l'environnement favorable aux entreprises, l'accueil des investisseurs étrangers attirés par la faible fiscalité, la solidité de l'agriculture, la qualité du partenariat social, l'excellence de l'enseignement, l'accent mis sur la recherche. D'où le plein emploi et une croissance double de celle de l'UE. L'Irlande est le deuxième pays le plus riche d'Europe per capita. Mais, au bout du compte, "Bertie" pourrait, malgré son bilan très honorable, être surtout victime d'une aspiration naturelle et typiquement irlandaise : le désir d'alternance.

Jean-Pierre Langellier
Article paru dans l'édition du 22.05.07.


COMMENTAIRE

Precision: le rival du Premier Ministre se nomme Enda Kenny et non pas Kelly. Visiblement l'envoye special du Monde n'est pas reste assez lontemps sur place pour lire correctement les affiches de campagne.

Quelques bemols sur le "bilan honorable" du Premier Ministre actuel.

Le principal enjeu de ces elections sont les services publics et la repartition de la richesse creee per capita: le gouvernement construit des routes mais pas de lignes de chemin de fer, tram et metro a Dublin mais ne se preoccupe pas de reorganiser le maillage de transport public du territoire. L'enseignement est "excellent" car il fabrique des machines a servir les entreprises. Il faut reconnaitre que cela sert formidablement l'economie, mais on aimerait que les Humanites ne soient pas une rarete elitiste dans le cursus de rares etudiants. Waterford, 5eme des 5 grandes villes du pays, reclame en vain que son IUT devienne l'Universite de tout le Sud Est. La situation ici est un peu comme si les etudiants de la region PACA n'avait pas d'autres universites que celles de Toulouse ou Lyon a disposition.
Les ecoles primaires et secondaires echappent miraculeusement a la manne economique: dans nombre d'etablissements des collectes sont organisees entre parents pour reparer les infrastructures et l'equipement.
L'Irlande sur de nombreux aspects, et de l'aveu meme des irlandais, reste un pays du Tiers-Monde. On ne dit plus Tiers-Monde, c'est vrai, mais dans certains secteurs, l'Irlande n'est certes pas en voie de developpement.

La crise la plus durable est celle nee des revendications des infirmieres: il y a 24 ans, un accord a ete conclu, stipulant que des que les finances publiques le permettraient, les salaires seraient revalorisees. En attendant, comme a tout le pays, il leur etait demande un effort particulier pour relever la Nation de l'Etat quasi-miserable dans laquelle elle se trouvait. Pari gagne, les efforts payent aujourd'hui. Les infirmieres, apres 15 ans de croissance a plein regime, reclament que soit tenue la parole donnee (par ce meme parti au pouvoir alors): 10% d'augmentation de salaire, une semaine de 35h. Impossible, repond la Ministre de la Sante, car si on accede a une telle demande, les policiers se presenteront avec des pretentions similaires, puis les chauffeurs de bus, etc... et le pays court a sa perte.

L'argument "de poids" contre une coalition entre le Fine Gael qui veut le "changement" et le Labour: fuite des investiseurs devant une gauche archaique, ralentissement economique, taxes elevees.
Effectivement l'entreprise est privilegiee au niveau fiscal, au nom de l'effort economique. Et puisque tout le monde doit participer, l'Irlande est l'un des pays les plus taxes d'Europe. Entre impots sur le revenu (a la source) et TVA, nous approchons les 60%. A en croire le gouvernement, l'entreprise le vaut bien.
Ainsi la question principale pour les citoyens et electeurs, c'est celle du retour sur investissement, sous forme de services publics de Sante, Transport, Education, protection de l'Environnement. Le gouvernement irlandais a annonce un excedent de 2 milliards d'euros dans son budget 2007. A part un saupoudrage genereux sur les petites retraites et les minima sociaux (pour gagner le vote des "pauvres ignorants"), tout est reste dans les Caisses au pretexte qu'il faut etre prudent et maintenir les efforts pour continuer a sauver l'economie.

La meme logique domine "la qualite du partenariat social" que vante le journaliste. Le mouvement syndical irlandais s'est saborde dans les annees 80 pour ne pas subir le sort de celui britannique, lamine et jete a terre par la Dame de Fer. Sous la forme d'un contrat tripartite exemplaire, entreprise / Etat / syndicats, le dialogue social se resume a l'acceptation par les syndicats de ce qui est propose par les acteurs economiques, comme une feuille de route febrilement suivie pour asurer la survie du pays. L'Etat veille au grain: l'interet prive, c'est l'avenir de la Nation. Une timide grogne s'est fait jour depuis deux ou trois ans mais elle s'agite dans le vide du mepris le plus total de la part du gouvernement, et de la partie de la population encore influencee par la discipline catholique.


Tres informe et tres juste:

L'immigration des travailleurs polonais, un pari gagnant pour l'économie irlandaise
LE MONDE 23.05.07 12h58 • Mis à jour le 23.05.07 14h08 DUBLIN ENVOYÉ SPÉCIAL

Heureux comme un Polonais en Irlande ! C'est un slogan qui ne choquerait pas Marcin, 26 ans, serveur dans un grand hôtel de Dublin. Arrivé de Cracovie il y a deux mois, embauché sur-le-champ, il trouve la ville à son goût. Sa fiancée, qui l'accompagne, travaille dans un casino. Malgré la vie chère, le couple épargne chaque mois, en vue, le jour venu, du retour au pays, mariage compris. Grâce à leur futur pécule, Marcin espère alors ouvrir un bar ou un restaurant.

Ce jeune homme fait partie des quelque 30 % d'immigrants polonais qui n'envisagent pas de s'éterniser en Irlande. Un sur deux, en revanche, souhaite rester dans l'île quelques années, voire s'y enraciner. L'Irlande, qui vote jeudi 24 avril pour le renouvellement de son parlement, est le seul pays, avec la Suède et le Royaume-Uni, à avoir ouvert librement son marché du travail aux ressortissants des dix nouveaux pays membres de l'UE dès l'élargissement de 2004. Depuis, 330 000 Polonais sont venus travailler ici, attirés par le plein-emploi. Il en reste officiellement autour de 100 000, dûment enregistrés. En réalité, ils sont nettement plus.

Selon les chiffres de la FAS, le service gouvernemental de l'emploi, la main-d'oeuvre étrangère représente 11 % de la population active, dont près de 5 % sont Polonais. D'après une enquête éclair, conduite en 2006 en une seule journée dans l'ensemble des agences de la FAS, les demandeurs d'emploi représentaient 94 nationalités différentes.

Sur cette terre d'émigration séculaire, où le phénomène contraire était inconnu jusqu'au renversement de tendance des années 1990, fruit d'un essor économique aussi étincelant que soudain, les Polonais, "migrants modèles", blancs et catholiques, sont les bienvenus et s'intègrent parfaitement. Ils n'étaient pas visés par l'unique manifestation d'inquiétude survenue depuis 2004 à propos des travailleurs de l'Est. En décembre 2005, les syndicats, le gouvernement et l'opinion s'étaient mobilisés face au projet de remplacer les employés d'Irish Ferries par des équipages lettons sous-payés. La grève se transforma en une protestation contre le sort réservé aux malheureux marins baltes.

Un immigrant polonais sur deux est un travailleur manuel, notamment dans l'agriculture, l'industrie alimentaire et la construction. Beaucoup ont trouvé un emploi dans les services : hôtellerie, restauration ou commerce de détail. Certains, déjà très bien formés dans leur pays d'origine, sont ingénieurs, architectes ou informaticiens. La plupart gagnent entre 1 000 et 2 000 euros net par mois, soit entre cinq et dix fois plus que chez eux.

La maîtrise de l'anglais est un atout essentiel, qui permet aux Polonais, à travail égal, de gagner presque autant que les Irlandais. "Nous mettons l'accent sur l'apprentissage ou la mise à niveau linguistique", souligne Roger Fox, l'un des directeurs de la FAS. En attendant, le pays d'accueil s'efforce aussi de s'adapter. Les ministères, les banques, voire la police, donnent des cours de polonais à leurs employés ou embauchent des agents bilingues.

L'immigration polonaise a stimulé certains secteurs d'activité. La demande immobilière s'est accrue. Les compagnies aériennes à bas coût prospèrent. Ryanair assure, à elle seule, des liaisons avec neuf villes de Pologne. Les importations de produits alimentaires venus de Pologne ont augmenté. Les banques, les assurances et les entreprises de télécommunications ont trouvé de nouveaux clients, et les églises, de nouveaux fidèles. Les médias ont de nouveaux lecteurs. Des sites Internet ont fleuri, ainsi que les journaux édités en polonais.

Dans ce jeu sans perdants, chacun trouve son compte. Les Polonais rapatrient chaque année dans leur pays quelque 70 millions d'euros. Pour l'Irlande, en plein boom, les Polonais sont une chance, le flux des migrants satisfaisant à peu près la demande de main-d'oeuvre. Sans eux, l'économie aurait sans doute perdu plusieurs points de croissance.

Le recours à l'immigration de masse est l'une des réponses du gouvernement à l'érosion récente de la productivité. Puiser dans un vivier de main-d'oeuvre sensiblement moins payée que les salariés irlandais donne de l'air aux entreprises. Reste à savoir combien de temps tout cela durera. La réponse dépend plus du rythme des progrès de l'économie polonaise que du marché du travail irlandais, encore promis à un bel avenir.

Jean-Pierre Langellier
Article paru dans l'édition du 24.05.07.

Aussi: L'economie irlandaise vit de l'immigration, Immigres et politique en Irlande / Immigrants and politics in Ireland

lundi 2 avril 2007

Droites d'Europe a l'unisson: France - Irlande, pour leur meilleur et notre pire

Liberalisme debride et desengagement economique de l'Etat. Bilan d'une recette qu'on voudrait appliquer en France, a grande (UMP) ou petite dose (UDF, quoique... je suis chaque jour moins convaincue de la modestie des intentions comme vous l'aurez peut-etre remarque).

Une reflexion, a toutes fins utiles, basee sur des connaissances et une experience personnelle. J'en ai assez bave dans les deux pays pour avoir un avis tranche sur la question. A vous de juger !

  • La droite irlandaise

Le gouvernement irlandais est une coalition de droite dure ultra-liberale qui verse dans le conservatisme selon les themes, le populisme et les largesses demagogiques en temps d'election comme en ce moment. Prochaines elections en Mai ou Juin, on ne sait pas encore, le Premier Ministre tate le terrain pour choisir le moment le plus opportun! Le budget 2007 est une vaste operation de distribution des fruits de la croissance envers les plus defavorises (relevement des minimas sociaux, mais on est encore loin du compte, la revalorisation a tellement ete attendue que forcement, c'est un evenement, et une habilete electorale) et les entrepreneurs (remises fiscales et faiblesse des charges sociales).

  • L'economie irlandaise

L'economie irlandaise est soutenue par:
- une immigration massive (encouragee, mais certains tirent deja la sonnette d'alarme pour rappeler au pays que beaucoup d'immigres vont rester et qu'il faut retenir les lecons des echecs britanniques et francais, tandis que le gouvernement actuel les voit deja tous repartis dans leur pays une fois la tache accomplie) ,

- un faible cout de la main d'oeuvre (le SMIC est plus eleve qu'en France (voir les commentaires a cet article) mais pas proportionnel au cout de la vie et les immigres acceptent les conditions les plus viles, tirant le standard des irlandais vers le bas) mais cela change, developpement oblige, et les entrepreneurs les moins scrupuleux vont deja voir ailleurs,

- un contrat de travail unique et flou (lorsqu'il y en a un) qu'on peut rompre d'un jour a l'autre sans preavis de part et d'autre (la flexi sans la securite! les employes non qualifies sont employes d'une semaine a l'autre et sans contrat, n'ayant acces a aucune forme de credit bancaire ou la propriete),

- les libertes prises avec le Droit du Travail pour lequel il n'existe pas de controles systematiques comme chez nous (les procedures sont sujettes a plaintes au bureau central de Dublin autant dire que peu parmi les bas salaires peuvent se permettre ou osent le deplacement),

- la faiblesse structurelle des syndicats, qui lorsqu'ils entrent en action sont de toute facon completement ignores par le gouvernement (des opposants a un projet de developpement de la Shell mettant en peril une portion de cote et un village entier pour economiser quelques milliers d'euros ont ete emprisonnes plusieurs mois en 2006 pour obstruction aux travaux, devant le refus du gouvernement de negocier la construction en mer (plutot que sous leurs pieds) du pipeline prevu pour le transport de gaz a haute pression),

- un systeme gouvernemental d'Epargne lance il y a 5 ans afin de soutenir la croissance (SSIA, voir le post explicatif), dont les irlandais recuperent aujourd'hui le capital et les interets (1 euro pour 3 euros d'epargne), et qui agit a l'heure actuelle comme un coussin d'air pour les menages ou les individus, avec des effets sur la croissance, l'immobilier, la consommation, et une ressource non negligeable pour faire face aux aleas de la vie (jusqu'ici finances par l'hypotheque de sa propriete - pour les proprietaires - par exemple): nombreux sont ceux qui ont prevu d'utiliser cet argent pour faire face a des depenses de sante repoussees jusqu'ici, comme ceux qui vont enfin pouvoir se faire faire un dentier tout neuf en Afrique du Sud ou une operation chirurgicale aux USA parce que voyages + soins y seront moins chers, mieux organises et plus efficaces que les soins seuls en Irlande !! (je ne decolere pas contre le "Tourisme de la Sante" prone en catimini par l'UDF via l'ADLE !!)

Ce dernier point me semble fondamental, parce que c'est exactement la raison pour laquelle une telle recette economique pronee par l'UDF ou l'UMP ne peut pas fonctionner en France: les francais n'ont pas et n'auront jamais une telle masse d'argent personnelle a leur disposition pour faire face aux contrecoups de l'economie nationale ou de leurs situations personelles lorsqu'il y en aura, en s'en servant pour acquerir son logement ou grossir un capital d'economies. Ici les irlandais utilisent leur SSIA, capital plus ou moins grand (pour les chanceux qui ont pu economiser mais ils sont en majorite) pour faire face au moindre coup dur. Dans un tel systeme economique, les francais n'auraient qu'un seul recours: l'endettemenent, que les classes populaires et desormais moyennes ne connaissent deja que trop. Sur le court terme, le desengagement economique de l'Etat est une catastrophe et les deja plus "defavorises" au moindre contrecoup economique seront une nouvelle fois les premiers lamines.

  • Strategies de campagne

Le gouvernement a devoile hier son slogan de campagne, qu'on peut traduire par "il est temps de faire le dernier pas", qui rappelle la volonte sarkozyste de porter l'ultra-liberalisme a son apogee, et reprend a un mot pres le slogan de ... Margareth Thatcher pour la reelection du Parti Conservateur en son temps.

Tout les paralleles peuvent etre faits entre le parti dominant le gouvernement irlandais (Fianna Fail = RPR) et l'UMP:
- aneantissement des candidats potentiels en faveur du Premier Ministre,
- clientelisme flagrant,
- recuperation des symboles nationaux de tous bords (en gros L'Irlande, c'est nous),
- politique impitoyable d'expulsion de demandeurs d'asiles lorsque demande rejetee ayant conduit a plusieurs drames scandaleux dont un significatif a touche indirectement les camarades de Dublin,
- meritocratie,
- instrumentalisation de la criminalite au mepris d'un bilan desastreux,
- instrumentalisation de la population pour paraitre "proche du peuple" (les affiches actuelles sont un modele de populaisme!),
- diabolisation de l'opposition: les Verts et Le Labour (associe strategiquement au Fine Gael de centre-droit, un UDF qui a l'honnetete d'assumer ouvertement son liberalisme et de ne pas se pretendre soudainement "social" ou de gauche), les plus en vogue en ce moment, sont critiques pour leur "archaisme", leurs methodes depassees, et depuis des mois le Devedjian national rappelle inlassablement la meme phrase: "l'arrivee de la gauche archaique au pouvoir serait une catastrophe economique", tenant toujours l'electorat par les cordons de la bourse avec promesse que chacun en aura pour l'argent de son dur labeur si le gouvernement reste le meme,
- la derniere rangaine en date c'est la vacuite des discours des adversaires et le Fianna Fail qui pour tout programme presente sa volonte de continuer "le bon travail" qui a ete fait jusqu'ici, dit que les discours des autres ne sont que les annonces demagogiques de gens incompetents et du vent (tiens, ca me rappelle quelque chose...),
- ce week end Fianna Fail a relance une polemique sur le chiffrage des programmes de ses adversaires pour mieux les accuser d'irresponsabilite economique.... notamment en matiere de services publics et d'education.

Il y a des paralleles entre les annonces, les slogans, les methodes, les actes et les non-programmes qui me fait serieusement penser que Fianna Fail et UMP communiquent ou s'observent et se copient. Napoleon le Petit lui-meme a lance des annonces programmatiques qui faisaient etrangement echo a des declarations deja faites quasi mot pour mot en Irlande, et vice versa. Une telle coordination des strategies ne manque pas d'intriguer...

Ceux qui trouvent leurs comptes en Irlande parce qu'ils y font de l'argent ont certainement envie de voir le modele generalise en France et parmi ceux qui veulent se dedouaner d'un vote napoleoniste ou feminin ou "dogmatique" en choisissant l'option revancharde de la Petite France Oubliee VS Les Elites (comprehensible et respectee) ne realisent sans doute pas tout ce que le succes economique de ce joli pays implique et combien ils n'ont pas envie que la France sur ces points lui ressemble. C'est effectivement notre modele politique et social qui est en jeu, que l'Economie a tout Prix ne pourra sauvegarder.

  • Bilan

La lecon a retenir c'est:

- l'inexistence de services publics adequats (ecoles et hopitaux mal equipees, transports aberrants, manque de profs pour permettre l'integration de jeunes eleves primo-arrivants avec peu ou pas d'anglais),

- le constant mepris des revendications des syndicats (40 000 infirmieres en greve des aujourd'hui, tout le pays est affecte, des hopitaux entiers totalement fermes, resultat du refus du gouvernement de negocier la semaine de 35h, une revalorisation salariale de 10% et la reorganisation fantaisiste des hopitaux impliquant par exemple la fermeture de maternites, par souci de "rationalisation" et pour ne pas "dilapider" inutilement l'argent public... suite des premieres manifestations deja mentionnees),

- l'absence de politique sociale publique digne de ce nom (indigence du systeme de retraites / securite sociale / remboursements de sante pris en charge par le prive pour ceux qui peuvent se l'offrir, l'assurance-chomage est soumise a l'examen des ressources du partenaire/conjoint au nom de la lutte contre l'assistanat ce qui implique que selon les ressources globales d'un couple vivant ou non sous le meme toit, partageant ou non le meme budget, une personne peut ne pas avoir acces a son credit de quotisations !!),

- negligences environnementales croissantes face au developpement indutriel et immobilier (systeme de retraitement des eaux et dechets insuffisants, plus d'eau potable actuellement a Galway),

- negligences structurelles: outre le manque de structures de gardes d'enfants en bas ages (les structures privees sont autorisees et les personnels libres de controles sanitaires et de competence reguliers!) , le developpement de nouvelles zones residentielles par des entreprises privees n'est pas toujours accompagne par les structures publiques adequates et coupures d'eau en ete ou d'electricite en hiver sont devenues la norme dans les County ou la population a le plus fortement augmente, n'epargant bien entendu ni les ecoles ni les hopitaux (ex. Meath).


Cette synthese complete une serie d'articles sur l'ultra-liberalisme irlandais et ce qu'il est encore possible de sauver en France si nous ouvrons les yeux a temps aux rubriques "Le liberalisme et ses limites" et "Irlande: le succes a quel prix? .

lundi 26 mars 2007

Manifeste de la sante pour tous

Face aux nouveaux défis liés à l'égalité d'accès et à l'offre de soins, au veillissement de la population, à la recherche, à la prévention et à la médecine scolaire, Ségolène Royal apporte des réponses ambitieuses et cohérentes. Pour soutenir la politique de santé de Ségolène Royal, ou tout simplement les principes sur lesquels est base notre systeme de prevention medicale et de soins pour tous, vous pouvez signer le "Manifeste de la santé pour tous".
Pour les interesses: bilan de 12 ans de droite sur le site Betapolitique: Comptes de la securite sociale, la faillite organisee? ou pourquoi le manifeste.

  • Faillite organisee par certains...
Personnellement je suis persuadee depuis longtemps que oui, la faillite est deliberement organisee par la droite afin de mettre un terme au systeme de solidarite par repartition constamment denonce, au nom de l' "egalite" des traitements, et d'instaurer un systeme de quotisation via des organismes prives au nom de la "liberte" des choix individuels. Liberte de quotiser plus pour etre mieux et plus rembourse, liberte de laisser choir ceux qui n'ont pas acces a des salaires leur permettant de passer le stade de la sante de base.

Il y a 4 ans j'ecrivais un memoire comparatif sur la France et l'Irlande. L'une etait championne de l'Europe, exploitant tout ce qu'elle pouvait des aides au developpement, impatiente du moment ou elle pourrait etre un contributeur net au developpement d'autres pays europeens emergents, signe de son succes; l'autre championne incontestee dans le domaine democratique et social: solidarite entre les personnes, acces gratuit et inconditionnel a des soins de qualite, recherche avancee. Chaque domaine de competences faisant cruellement defaut a l'autre. Ma conclusion etait que chaque pays pouvait apprendre de l'autre, ainsi que l'Union Europeenne incite a le faire, dont le but est de rapprocher les pays pour leur permettre de tendre ensemble a l'excellence.
Aujourd'hui, rien n'a change. A part une chose: la France d'une certaine majorite politique s'inspire clairement du modele que suit l'Irlande; sa politique sociale, deja largement laminee dans ses principes et en pratique (deremboursements), est menacee d'extinction. L'Irlande n'a pas evolue, et la France regresse. Drole d'idee du progres!

En Irlande pas de securite sociale d'Etat, on passe par des organismes prives, britanniques essentiellement. De meme, les pharmacies peuvent etre gerees par quiconque a l'argent pour investir dans une boutique, dans le lieu de sa convenance, au nom de la liberte individuelle d'investissement bien entendu. On peut les associer a des cabinets de medecins, comme les opticiens sont systematiquement pouvus d'un espace ophtalmologie, pour le pratique de la situation, sans regard pour le conflit d'interets...
J'ai vu rouge la semaine derniere lorsque Charlie McGreevy, commissaire europeen a la concurrence, membre de la coalition actuellement au pouvoir en Irlande, a mis en garde la France au nom de la Commission europeenne sur le sujet sensible de la concurrence dans le secteur medical... remettant en cause le systeme des quotas qui assure une pharmacie a tel nombre d'habitants, garantissant notamment leur service dans des zones peu "rentables", ce qui disparait peu a peu en Irlande ou se perd le sens pourtant si precieux ici de la ruralite. La France devra s'y plier, qu'elle le veuille ou non, disait-il. Les sensibilites ne sont epargnees que le temps des elections, avec espoir pour Charlie McGreevy de voir la droite liberale dont il est de les remporter pour donner libre cours aux desseins liberaux de la Commission.
Voila a quoi nous mene le refus inconditionnel de la Constitution europeenne! Une totale marginalisation dans le domaine des affaires courantes, menees par la Commission et la Presidence en place (actuellement celle de Mme Merkel...), sans que le Parlement des elus du peuple europeen opposant leur voix a celle des elus devenus techniciens de l'Europe, ait le pouvoir d'intervention que lui conferait le texte, certes tres imparfait et ignoble sur certains points!
En Irlande le systeme de remboursement des soins est base sur une egalite parfaite de traitement: je quotise selon ce que je gagne. Si je n'ai pas quotise assez parce que je n'ai pas gagne assez, il me faut trouver une autre source de revenus pour payer mes soins, quels qu'ils soient. Aide-toi toi-meme parce que le ciel ne t'aidera pas. Chirurgie, dialyses, chimio-therapie... sauver ma peau me coutera des milliers d'euros? Si je possede ma maison, je la vend. Sinon ma voiture. Si j'ai des economies, il m'en coutera peut-etre ce que j'ai mis de cote pour la scolarisation de mes enfants. Ici c'est monnaie courante.
Est-ce ce modele qu'on veut suivre? Moi qui y suit immergee, qui aime la plupart de ce que ce pays a a offrir par ailleurs, je vous le dis: non, vous etes comme moi, vous n'en voulez pas de ce modele! Parce que vous seriez surpris du seuil a partir duquel on se sent pauvre et impuissant des qu'il s'agit de faire face a un pepin de sante.
  • Un Manifeste pour tous

Financement de l'hôpital public, mise en oeuvre de la carte santé jeune 16/25 ans, gratuité de la contraception des jeunes femmes de moins de 25 ans, réaffirmation du droit à la CMU : SR s'est engagée à mettre en oeuvre des mesures qui restent fidèles aux valeurs de solidarité, pour un ordre social plus juste.

Que vous soyiez médecin, infirmier(e), enseignant ou étudiant, chercheur ou technicien, que vous soyiez élu, gestionnaire, militant syndical, mutualiste ou associatif, journaliste, juriste, ou tout simplement assuré social, patient, parent, bénévole, vous pouvez agir maintenant en signant le "Manifeste de la santé pour tous"

  • La sante pour tous... ceux qui peuvent aller la chercher la ou elle est, pour d'autres

L'Aliance des Democrates et Liberaux d'Europe est un groupe Parlementaire europeen ou emargent les deputes europeen UDF comme J-M Cavada, le General Morillon ou Marielle de Sarnez porte-parole de M. Bayrou. Non, je ne veux pas casser du sucre sur l'UDF dans le cadre des presidentielles! Je veux denoncer l'une de leur revendication qui me fait bondir dans le cadre de l'Union Europeenne, elections ou pas, car en europeenne profondement et de longue date convaincue je ne comprends pas un tel positionement dans ce parti si europeen certes, mais beaucoup trop dans un tel cas.

La Commission europeenne propose, au nom de la concurrence, que les patients ayant besoin de soins puissent aller les chercher la ou ils pensent qu'ils seront les meilleurs. Cela part d'un bon sentiment: que chacun puisse se soigner ou il le souhaite, que chacun puisse faire son marche medical dans la boutique ou il pense trouver le meilleur rapport qualite-prix. Cela pourrait etre acceptable si cela allait de pair avec une securite sociale europeenne comprenant un systeme europeen de quotisations-remoursement. Mais ce dont il s'agit c'est de considerer le secteur des soins medicaux comme un marche sujet a liberalisation. Ainsi ceux qui ont un probleme de sante pour lequel il est reconnu que les soins sont meilleurs dans un pays de l'UE doivent etre libres d'etre soignes dans ce pays, et de voir leurs soins rembourses. Certes. Mais quid de ceux qui ne peuvent pas se deplacer?? La manoeuvre est destinee a assurer une stimulation des services de sante, dans le but d'une qualite amelioree. Vulgaire operation de concurrence, qui hypoteque sur l'avenir: et si ca ne stimule pas? Un malade de perdu, dix de retrouves??

On retrouve les manoeuvres calculatrices des theoristes economistes... et on imagine aisement qu'au nom de la rationalisation-stimulation, les remboursements pourraient a terme etre proportionnellement sujets a l'examen de la pertinence de notre choix de soin, avec l'objectif de pousser a l'excellence sanitaire europeenne.

J'en fais trop? Je ne crois pas... La bande de rationalisateurs de Secu qu'a mis en place l'actuel gouvernement se soucie deja peu de la logique sanitaire et encore moins des ressources economiques des citoyens. La liberalisation est par definition sans limites.

Ce qui est en jeu, et que ces gens ne semblent pas comprendre, et c'est typique des chantres du liberalisme, c'est une sante de qualite pour tous dans tous les pays! Il ne s'agit pas de favoriser la recherche dans un pays leader dans un domaine et donner la possibilite aux gens d'aller y chercher des soins appropries, en esperant que la science medicale essaime comme par enchantement. Il s'agit de donner les moyens a la recherche de tous les pays d'offrir a tous les citoyens de tous les pays des soins appropries et abordables!! Et pas dans cent ans: maintenant.

Les electeurs qui penchent pour Bayrou et l'UDF, presidentielles, legislatives ou europeennes, doivent se souvenir que ce parti reste attache au liberalisme et que l'Europe de "Bayrou l'Europeen" ainsi qu'on nous le presente, est celle de la libre concurrence:

"Le Parlement estime que les services de santé s'amélioreront de manière significative dès lors qu'un marché transfrontalier sera stimulé. A l'initiative des démocrates et des libéraux européens le Parlement européen a convenu du besoin d'une Charte européenne des droits du patient." "L'ADLE considère que le "tourisme de la santé" dans l'Union européenne, par lequel les patients peuvent chercher et obtenir un traitement par delà les frontières, peut contribuer de manière significative à un système plus efficace de santé." sur le site de l'ADLE Si quelqu'un comprend comment le "tourisme de la sante" !! peut nous aider tous a nous soigner mieux, et en particulier les plus demunis, qu'il m'explique !! Avis de tous bords toujours bienvenus.

Bref, laissons le marche s'auto-reguler pour notre bien a tous. Il ne reste plus qu'a privatiser les organismes de recherche afin que la rentabilite pousse a la perfection le sens de la philantropie dont les laboratoires nous gratifient deja!!

Nul doute que Charly McGreevy se contenterait d'un Bayrou president appliquant ses orientations europeennes a la lettre dans notre pays. Je ne parle meme plus de l'autre monsieur qui parlant de soins pense a ceux qu'il voudrait voir appliquer aux enfants potentiellement futurs adultes delinquants... ou peut-etre ceux qu'on devra administrer a des enfants traumatises par les rafles de parents pour verification d'identite a la sortie des ecoles!

Le Traite de Rome a 50 ans: Bon anniversaire quand meme !

Voir: Contre la franchise sur les remboursements de sante

mercredi 21 mars 2007

L'economie irlandaise vit de l'immigration

FÁS Quarterly Labour Market Commentary First Quarter 2007, Published on the 15th March 2007
DESPITE RECENT BAD NEWS ON THE REDUNDANCY FRONT, THE DEMAND FOR WORKERS REMAINS STRONG, WITH 17,000 EXTRA WORKERS FROM OUTSIDE THE EU TAKING UP EMPLOYMENT LAST YEAR.
Labour demand was so strong in 2006 that not even migration from the enlarged EU was sufficient to fill all the new jobs with 17,000 extra workers coming from outside the EU last year. Displacement does not seem to have been an issue given the fall in the unemployment rate for Irish nationals. While the demand for EU10 workers remains strong they have been earning considerably less than their Irish counterparts. However, on a more positive note for EU10 nationals, there are signs that this earnings gap is closing. Those who arrived in 2004 saw their average weekly earnings rise by approximately 12% in 2005 . A new development in immigration trends has been the large inflow of Romanian citizens (over 5,000) in the first two months of 2007. Currently, their EU status allows them to work here as self-employed but not as employees .
Vacancies reached record levels last year with the number of vacancies notified to FÁS rising by 18% to 144,000 in 2006 - the highest in the Agency's history.
By the end of 2006, employment had grown by 85,500 to 2.07 million and the unemployment rate was down to 4.1% the lowest it has been for 5 years, with the numbers unemployed falling to 88,700.
Looking ahead, jobs growth is forecast to moderate this year due to the impact of higher interest rates. We are forecasting employment to increase by 2.8% (57,000) in 2007.
While it is too early to make precise forecasts for 2008, current indicators suggest that the rate of employment growth will continue to moderate next year.
According to FÁS economist Brian McCormick: "Overall, the latest statistics suggest that, despite recent bad news on the redundancy front, the demand for workers remains extremely robust. However, the reliance on the construction sector which accounted for almost a third of the new jobs is a cause of some concern, given that interest rate rises, both recent and anticipated, are likely to subdue housing demand in the short to medium-term."

FAS est l'agence irlandaise pour l'emploi. Dans son etude du marche de l'emploi rendue publique le 15 mars 2007, on apprend que le nombre d'immigrants en Irlande en 2006 n'a pas suffit a repondre aux besoins du marche de l'emplois. L'economie irlandaise repose actuellement beaucoup sur la construction, qui a cree 1/3 des emplois, et l'immobilier, ce qui tire quelques soucis aux autorites competentes (pas le gouvernement) car beaucoup depend de la solidite de ce pilier de la croissance, dont l'evolution va bien devoir freiner. Autres secteurs forts de l'economie: la finance, l'industrie pharmaceutique, les centres d'appel, le tourisme.
L'agence a enregistre un record historique de 18% de hausse d'offres d'emploi. Il y avait moins de 4.1% de chomeurs pour commencer cette annee, niveau le plus bas depuis 5 ans. Le nombre d'actifs devrait augmenter de 2.8% en 2007.
C'est l'immigration massive qui soutient la croissance, pas sa restriction, il est toujours bon de le rappeler: deja 5000 roumains ont profite de leur adhesion a l'UE pour venir travailler en Irlande au cours des deux premiers mois de l'annee, 17 000 "non-communautaires" en 2006, avec 100 000 recenses les polonais sont la nationalite la plus nombreuse et de loin. 10% de la population d'Irlande (4 millions d'habitants) est actuellement non-irlandaise.
La croissance s'accompagne desormais de son lot de drames economiques: des degraissages-assainissements-delocalisations de grands groupes ont touche des communautes entieres avec des debauchages de masse. Le miracle economique a fait son temps: l'Irlande est chere, la main d'oeuvre irlandaise tres qualifiee est mieux payee, celle des 10 nouveaux pays membres de l'UE aussi, bien que l'ecart reste trop important, et les entreprises etrangeres, americaines surtout, qui ont fait les beaux jours du Tigre Celtique, quittent le navire, tels des rats, vers des contrees moins couteuses, ou le mot esclavage est interdit mais le concept applique. La croissance a ses limites, et c'est celle de la volonte des politiques de faire valoir les droits des travailleurs aupres des entrepreneurs qui apportent et reprennent leur capital comme on montre puis reprend, par taquinerie, un os a un chien.
Je reflechis beaucoup, beaucoup a la logique de croissance et au tout-productivite en ce moment. Ne serait-qu'en voyant ce que cela coute en energies humaines et qualite de vie.
Ma conclusion reste la meme sur l'immigration: un pays a besoin de sang neuf pour survivre. C'est comme ca. C'est naturel. Ca ne doit pas etre remis en question, ni sujet a suspiscions, ni debats douteux en guise d'excuses pour les echecs de la nation a savoir la gerer.
La croissance doit etre maitrisee, il est hors de question de croitre sans se soucier de ce qu'on va laisser a la generation suivante: travailler plus pourquoi pas mais surtout travailler mieux a des taches qui creent de la richesse, certes, mais aussi mettent en forme le monde dans lequel nous evoluons. Originellement c'est ce a quoi sert le travail, pas a faire de l'argent a reinvestir pour faire plus d'argent en faisant croire a ceux qui le produisent a la force de leur bras ou leurs cervelles que leur raison de vivre est faire de l'argent.
Notre raison de travailler c'est rendre notre environnement vivable et confortable, ca et seulement ca. C'est pourquoi nous nous preoccupons de progres, ecologie, co-developpement, education, ... et que tout cela doit etre supervise par une volonte politique qui tend a une certaine orientation, car seuls le courage et le volontarisme permettent d'aller de l'avant, a consommer sans moderation, en alternance des sensibilites.


Voir la serie Le Liberalisme et ses limites et Irlande: le succès à quel prix ? - Irish success at a cost

Voir aussi

Desir d'immigration juste pour tous, pas de discrimination controlee

jeudi 1 mars 2007

Super Sego 1 - Vengeurs Masques 1. Et Sarko? toujours 0.

(vous serez tenus informés des suites de la pétition et de l'actualité de la campagne de ségolène Royal)

«Ségolène parle de mon pays comme d'une famille»
Zoom J - 54 Marie-Hélène, secrétaire au chômage, trois enfants, votera Royal : «Ségolène parle de mon pays comme d'une famille»
Par Charlotte ROTMAN
QUOTIDIEN : mardi 27 février 2007

C'est une famille lambda. Dominique, le père, a préparé des spaghettis à la bolognaise. Le fils aîné est en vacances. A table, les deux plus jeunes, 14 et 10 ans, se lèchent les babines. Les parents parlent politique. Marie-Hélène y croit toujours. Dominique n'a plus d'illusions. Elle a voté non au référendum sur le traité européen, il a voté oui. Ils aiment débattre. Nous sommes à Guyancourt, un quartier de la ville nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines, dans le foyer d'une classe moyenne. Pas vraiment celle que Jean-François Copé, ministre délégué au Budget, définissait à 4 000 euros net par mois. «Quand j'ai entendu ça, je me suis dit qu'on était le quart monde !» se souvient Marie-Hélène Lienne, qui se présente comme quelqu'un de «représentatif» : «une ménagère qui change de supermarché quand c'est trop cher» et qui s'inquiète de ne pouvoir financer les études de ses enfants.
Marie-Hélène, secrétaire sans travail, et Dominique, ingénieur informatique à 2 500 euros net par mois, ont le sentiment que l'on parle peu des gens comme eux dans la campagne.
Fille de militaire, de parents de droite, Marie-Hélène est séduite par Ségolène Royal. «J'aime bien son vocabulaire. On voit que c'est sa manière de parler de tous les jours. Et puis j'en ai marre qu'on parle de mon pays comme d'une entreprise, elle en parle comme d'une famille.» Son mari s'amuse de son enthousiasme. Elle en rajoute : «Même ses boulettes, comme "bravitude''; on en sort tous les jours des trucs comme ça.»
Dominique est le fils d'un ancien ouvrier de la régie Renault qui a baigné dans le communisme. Il se «méfie» des partis. «Justement, c'est ça qui est bien avec Ségolène : elle n'a pas les clichés du parti , plaide sa femme. Les politiques ont des codes entre eux. Ségolène, elle, essaie de nous inclure dans cet univers.» «Je n'ai pas confiance en eux, ils se travestissent pour toucher les gens», répond Dominique. Marie-Hélène, furieuse : «Alors il n'y a personne ?» Dominique : «Je n'ai jamais dit qu'il y avait quelqu'un.»
Cet électeur traditionnel du PS s'apprête à voter Bayrou. «C'est moins un loup que les autres, dit-il devant le regard consterné de Marie-Hélène. Il a porté des convictions pas à la mode.» Dominique aime l'idée d'un rassemblement «des bonnes choses de droite et de gauche...» «Et comme ça, on n'avance pas», coupe Marie-Hélène.
Les enfants se sont levés de table. Ils n'en ont pas perdu une miette, mais n'ont dit mot. Marie-Hélène admet qu'elle a «des attentes». Son mari n'en a plus. «Toi, tu pédales et tu vas droit dans le mur», dit-elle. «Ce n'est pas eux qui vont changer ma vie, constate-t-il. Ségolène non plus ne pourra rien faire. Elle va mettre des rustines.»
En 2002, Marie-Hélène avait voté Besancenot ; Dominique, Jospin. Il y aura encore de longues soirées spaghettis avant le premier tour.
© Libération
Voir aussi: En "commentaires": SMIC et classes moyennes

Si vous voulez mon avis Dominique c'est un desabuse et un mou... hors c'est pas comme ca qu'on avance dans la vie. Bref!




Je sais, y'a pas que la politique dans la vie, mais quand meme... des fois, c'est rigolo. Apres les mises en garde de Sarkozy contre la demagogie des candidats (MDR!! voir L'Europe...), Bayrou renforce ses troupes de vengeurs masques. Anonymes. C'est toujours anonymes les vengeurs masques, c'est pour ca qu'ils sont masques. Mais treve, foin de blague, les Spartacus ont debarque, et des partisans du bearnais nous disent que voila, du coup, c'est fouttu, c'est Francois qu'a gagne, parce que le PS se delite.

Mais c'est qui ces Spartacus?? Apparemment, il parait, enfin on lit dans la presse, on s'autorise a penser dans les milieux autorises, comme disait l'ami Coluche (qui nous manque!!), que 30 Haut Fonctionnaires Socialistes ont annonce qu'ils vont voter pour Francois Bayrou. Fouttus vous dis-je!

Mais qui sont-ils ?? Des "hauts fonctionnaires" qui ont honte de leurs opinions au point de ne pas dire leur nom. Lesquels? Sais pas. Libe a des noms il parait mais faut pas les dire.
Mais qui, pourquoi, quel interet? Eh oui, vous reponds-je, quel interet? Qu'est-ce que tout ca signifie si on ne sait meme pas de qui il s'agit pour pouvoir juger de la signification de leur geste? Des gens soi-disant du PS qui garderaient leur nom intact au cas ou la Royal gagnante voudrait epurer au lendemain du scrutin? ou, en vue des legislatives, pour garder la faveur d'electeurs avec lesquels visiblement ils ne sont plus en phase s'ils doivent les flouer pour qu'il les prennent encore pour des socialistes?

C'est donc sur des gens prets a retourner leur veste a la moindre tempete sous un nom comique et d'emprunt que Bayrou peut compter. Des anonymes prets a torpiller une campagne estampillee PS en faveur de l'UDF peut-etre, auquel cas le tout-propre tout-gentil du bon Francois s'entache des manieres de la sale politique...

Je vous jure, il y en a qui font les elections comme on joue a la dinette ou a la marchande, avec de faux espoirs et de faux soutiens. Et on met en doute la credibilite de SR.... a ce point-la c'est de la concurrence deloyale, je proteste !! Si tout le monde devient cruche on ne s'en sort plus, respectons les pre-carres, a bas la flouitude !
Apres les soutiens show bizz de Sarkozy, les vengeurs masques de Bayrou. Allons, un peu de serieux !! Vraiment cette campagne 2007 est a marquer dans les Annales.... cocace au bas mot.
Ou bien c'est une blague des Guignols de l'Info ? Supermenteurs 2, le Retour.

Bref, tout cela pour une histoire de financement des programmes. C'est a qui chiffrera le plus precisement ou, plus mieux, fera le plus d'economies, a l'instar du FN qui fait plus mieux que tout le monde, economise des milliards, equilibre tous les budgets et augmente toutes les depenses "indispensables" en prenant l'argent a l'Immigration (autant dire au Grand Satan): fermeture des frontieres, supprimer les prestations sociales aux etrangers et leur demander un supplement de quotisation pour celles telles les indemnites chomages. Une floppee de droits fondamentaux a pietinier ou renegocier. Pas facile de faire un bon programme.
Francois Bayrou nous dit 17 milliards d'euros. Formidable. Et avec ca on relance la recherche, l'innovation, on soutient le developpement durable, l'energie propre, on anticipe l'apres-petrole, on rend leurs moyens a l'ecole, aux associations et a la police de proximite, a la formation professionnelle, a la creation d'entreprise ? Si c'est non ca ne m'interesse pas. Et la reforme des universites? On la donne en cadeau aux entreprises pour qu'elles en fassent ce qui leur convient?
Je ne dis pas qu'un petit budget de gouvernement est forcement mauvais. Certes la dette est considerable, le deficit alarmant, nous vivons aux depends de la generation qui vient, quelle que soit la notre, mais n'est-ce pas le cas de toutes les generations? Je pense que les programmes, budgets et agendas des uns et des autres sont de la poudre aux yeux, rien ne sera tenu en l'etat. Meme Sarkozy a du revoir a la baisse son enthousiasme habituel, ses fideles n'y tenant plus d'avancer du chiffrage et des promesses n'engageant que ceux qui les recevraient. Il y en a au PS qui prennent tout a coup cette question si au serieux qu'elle motiverait des departs tonitruants et defections spectaculaires, comme s'il ne suffisait pas de dire qu'ils n'aiment pas s'en voir compter par cette femme qui veut faire le chef.
Ce qui compte c'est la grande orientation politique que cette election va nous permettre de prendre, changer de cap ou le maintenir avec mains libres pour plus de radicalite, c'est tout! Les reformes indispensables a mener meritent que le deficit supporte encore quelques sacrifices. Pour relancer la machine, il faut du fuel, de l'investissement. Assainir ne signifie pas couper les vivres!

Nous ne sommes pas en etat de guerre pour se laisser avoir par le gouvernement d'union nationale que nous propose Bayrou. La mesaventure Prodi prouve combien un tel gouvernement est fragile: il n'a fallu que deux deputes communistes enerves pour renverser le bon Professeur. Il en faudrait moins ici.
En Avril c'est droite ou gauche. Oui, le clivage est d'actualite! La Republique n'est pas une PME et un projet de societe engageant l'avenir ne saurait etre neutre de tous principes. Il y a la methode forte, et la methode douce: la methode liberale, moralisante et repressive, qui fonctionne a l'effort contraint et au merite individuel, et la methode socialiste, pedagogique et preventive, de solidarite financiere et justice sociale, qui plus est participative avec un degre d'ecoute jamais ose.

Au final il ne s'agit pas de casser le bon sieur Bayrou, que je respecte par ailleurs, mais de rappeler le fond de sa demarche: purement electoraliste. En s'attaquant au clivage fondamental pour la clarte du monde politique, Bayrou fait simplement le pari de grapiller des soutiens a droite et a gauche, pour se faire la place au soleil de l'Elysee qu'il convoite depuis si longtemps. Bayrou est en politique depuis plusieurs decennies, il n'est pas l'agneau innocent et consensuel qu'il pretend et sa rennaissance pragmatique n'en est pas une: les deputes UDF sont elus avec des voix de droite, parce que l'UDF est un parti de Droite, liberal, qui fait du social par strategie d'ouverture a gauche, soutient l'UMP en votant toute ses lois a l'Assemblee et donnant des ministres au gouvernement, mais reve de faire cavalier seul, pret a casser des reperes politiques deja suffisamment fragilises, en feignant le renouvellement republicain, pour ne pas etre definitivement marginalise ou dissou dans l'UMP en cas de victoire Sarkozy (qui saura faire payer cher a l'UDF cet ecart de conduite).
Il s'agit de ne pas se laisser leurrer par quelqu'un qui n'est pas nouveau au jeu des elections pour l'Elysee et pas moins calculateur que ceux qu'ils denoncent. S'il n'est ni pire ni meilleur, il convient de se souvenir au moment du vote que pour disposer d'une majorite a l'Assemblee et gouverner, c'est l'UMP qui fournirait le gros de ses forces, c'est mathematique.
Ou bien des vengeurs masques qui manifestent au grand jour la fragilite des convictions de circonstance, prets a retourner leur cape a tout moment.

Sur l'illusion centriste: Bayrou n'est pas Casimir.

Contre le desengagement economique de l'Etat: Le liberalisme et ses limites.

"Une pincee de social dans un ocean de liberalisme"
"Je considère – et cela n'est ni le cas du candidat de l'UMP ni du candidat de l'UDF – que la relance économique dépend de la capacité que nous aurons à sécuriser les salariés dans leur travail", a déclaré Mme Royal.
Mme Royal juge "dangereuse" la "coalition" voulue par M. Bayrou
LEMONDE.FR 26.02.07


Le choix du 6 mai est entre "un Etat impotent" et "un Etat fort"
Ségolène Royal a affirmé jeudi à Mont-de-Marsan que les Français auraient à choisir le 6 mai entre “un Etat impotent”, incarné selon elle par la droite, et “un Etat fort qui assume ses responsabilités”. Lire la dépêche


Et surtout....


Vaincre Sarkozy, maintenant, penser au second tour et ne pas se tromper d'ennemi.
On peut certainement critiquer Ségolène Royal, rejeter telle ou telle de ses propositions, juger qu'à ce jour son projet est trop imprécis. De fait, qu'il s'agisse du nucléaire iranien, du mur israélien ou de la justice chinoise, chacun(e) d'entre nous est en désaccord avec une ou plusieurs des positions qu'elle a dernièrement prises. Par ailleurs, on peut aussi lui faire crédit de sa détermination, et du caractère innovant de sa démarche. Mais une chose est sûre : aujourd'hui comme hier, la gauche et la droite ne peuvent pas être renvoyées dos à dos, surtout quand la droite est représentée par l'apprenti César de Neuilly.
Si Ségolène Royal l'emporte, à supposer même que rien dans ses projets ne nous donne satisfaction, les conditions de notre lutte resteront ce qu'elles sont aujourd'hui ; nos associations pourront s'exprimer, défendre leur point de vue, poursuivre leur action, mobiliser l'opinion et faire pression sur le futur gouvernement, comme elles l'ont fait dans le passé. Rien à voir avec la chape de plomb médiatique et policière qui s'abattra si par malheur l'actuel ministre de l'Intérieur triomphait : demandons à nos amis italiens de nous dire ce qu'ont été les années Berlusconi...


Moi je vous le dis: c'etait pas joli!!
Gardons en tete que Sarkozy a fait dedicacer la traduction italienne de son livre par Gianfranco Fini, President de l'Alliance Nationale, parti issu de la mouvance fasciste, national-conservatrice, qui emarge au Parlement Europeen au sein du groupe de l'Union de l'Europe des Nations, et parle de lui comme d'un "grand homme politique" (recemment sur RMC juste apres avoir agrave la bourde segolenienne sur les sous-marins nucleaires, agrave parce qu'il a eu un mois de polemique pour apprendre la bonne reponse mais a cru que la parfaititude ne s'appliquait pas a lui).

Aussi a signaler un article interessant sur Newseuropeans: La France risque-t-elle de voir les résultats de son élection présidentielle manipulée ? Ca va loin mais c'est dans l'esprit.

Ca rejoint celui du Temps: Voir Mainmise sur la presse tricolore, vue d'ailleurs

mardi 27 février 2007

35h, symptomes et sequelles du desengagement economique

The Irish Times:
Irish Nurses' Organisation general secretary Liam Doran addresses nurses protesting outside Cork University Hospital yesterday, at the start of their campaign for better pay and conditions. The INO and the Psychiatric Nurses' Association want a 10 per cent pay rise and a reduction in their working week to 35 hours.


Quelque chose m'a frappe hier matin en ecoutant les nouvelles a la radio.

Plusieurs centaines d'infirmieres a bout de nerf et d'espoir defilaient dans les rues de Dublin ce weekend (une rarete, il faut bien que la situation soit gravissime), ou a Cork hier:

"Nous sommes fatiguees, epuisees, nous voulons une semaine de 35h et la revalorisation des salaires. Les infirmieres quittent la profession en masse..." et les etrangeres qui les remplacent s'effraient vite des rythmes et conditions de travail.

Reponse du gouvernement: il ne faudrait pas que la satisfaction des revendications d'un mouvement de contestation ouvre la porte a des dizaines de mouvements de protestation pour ne pas donner de faux espoirs dans chaque branches professionnelles.
On en restera donc la. Les caisses de l'Etat regorgent d'argent mais ce n'est pas une raison pour distribuer... certains diraient assister...

La semaine derniere, un grand hopital de Dublin a du lancer un appel general au public a ne pas se presenter aux urgences hors accident grave toute une journee car ses services debordes ne pourraient pas faire face, plusieurs dizaines de malades en attente de soin y patientaient deja depuis plusieurs heures. Situation appelee a se generaliser, comme les listes d'attente pour soins lourds ou chirurgie ont fait leur apparition a l'exemple de l'Italie, et peut-etre ici comme la-bas faudra-t-il bientot se presenter le jour J avec ses medicaments et sa literie pour etre admis?
Feignantise du personnel? Incompetence?
Probleme de rationalisation economique?
Manque de personnels et de moyens?
A qui la faute?

A l'occasion de ces presidentielles, alors que "les 35h" subissent les sempiternels tirs nourris, on parle aussi de tailler dans le vif des effectifs de la Fonction Publique par souci d'economies et de rationalisation, remedes de savants fous dont la reforme de la Secu, agonisante comme jamais (merci Docteur), est le plus criant exemple!
Il est interessant de constater que meme dans un pays en pleine sante economique on a toujours besoin de services publics dotes de moyens adequats (ce qui n'est pas le cas aujourd'hui d'ou la colere des personnels hospitaliers, et des patients dont beaucoup envisagent des soins a l'etranger), et devant l'accroissement de l'activite proportionnelle a celle de la population, la logique dans un contexte de plein emploi veut qu'on se partage la tache, le travail, et que le labeur soit justement remunere, non pas recompense d'une retribution minimale pour inciter aux heures extensibles a merci, comme on donne une sucrerie a un chien docile.

Alors, si on envisage une reduction des effectifs de fonctionnaires, dans une France qu'on veut en expansion donc qui a besoin de plus d'efficacite mais certainement pas de regression: ou? comment? Quels secteurs affecter? La Fonction d'Etat? territoriale? la sante? la recherche? l'education? la Culture peut-etre, ce domaine "mineur" ainsi que trop le pensent?
Contredisant totalement sa decision de la supprimer, le Ministre-Candidat de l'Interieur veut retablir la police de proximite, donc lui affecter du personnel.
Alors quels services degraisserait-il s'il etait elu?

Comment et pourquoi reduire la Fonction Publique quand dans un pays tel l'Irlande on se bat pour que les fruits de la croissance servent a la renforcer?
Il fut un temps pas si lointain ici, l'Eglise organisait les services a la personne, la protection sociale et les soins.
Aujourd'hui ses perogatives ont ete transferees a l'Etat qui s'en decharge sur les initiatives privees au nom du liberalisme.
Le systeme se degrade, abandonne il devient indigent, car il manque une entite superieure pour y veiller, ainsi qu'a l'obligation de servir l'interet general, dont le profit se fait logiquement fi.

Un general sans soldats ne peut rien. Un Etat sans agents non plus.
Reforme visant l'excellence et l'efficacite ou abandon et demantelement?
Encore un enjeu dans la longue liste des Presidentielles.

Par ailleurs "les 35h" sont en vigueur en Irlande (lorsqu'elles sont respectees) et semblent plutot lui reussir. Pour l'instant la sante des personnes vaut moins que celle des entreprises defiscalisees, mais cela ne demande qu'a changer en Mai si la coalition Labour - Fine Gael, gauche et centre droit, est elue.

Labour Party: Better Health, programme for elections 2007