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mardi 8 janvier 2008

Le temps des rebellions: Constance Markievicz ou quand l'Irlande voyait rouge


En ces temps troublés où on se sent parfois perdu face aux nouvelles orientations du monde, voici une lecture porteuse d’inspiration, d’énergie, de ferveur, d’audace : Constance Markievicz by Anne Haverty (an anglais) ou Constance ou l’Irlande de Anne Pons et Malcy Ozannat.

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Née en 1868 dans une famille anglo-irlandaise protestante, dans le Comté de Sligo (celui des Yeats, voisins et amis), Constance suit les traces de son père, excentrique aventurier qui joue avec sa richesse à se désennuyer aux quatre coins du globe. Rebelle de la premiére heure, ce n’est qu’à l’arriveé de la trentaine qu’elle décide de sacrifier aux conventions du mariage, et épouse un comte polonais. Malgré les résistances familiales, elle tente de vivre de son art. Peintre, auteur de théatre et productrice respectée en son temps, sa carrière artistique nous donne les clés des racines culturelles de la révolution d’indépendance de l’Irlande. On rencontre au fil des pages les Yeats, George Russell (AE), James Joyce, JM Synge, George Moore, Maud Gone, Lady Gregory. On assiste à la naissance des sociétés d’artistes où se façonne l’éveil celtique et la mystique irlandaise en réaction à l’oppresseur anglais, de la main de ces jeunes aristocrates anglo-irlandais qui se veulent proche du peuple et aussi « pur » que lui. La mythologie celtique se construit par un travail poétique sur le romantisme d’un folklore idéalisé par Yeats, auquel répond le réalisme cru du théâtre de JM Synge, que Yeats produit. Le combat pour l’indépendance passe par une union identitaire, pour lequel l’aristocatie protestante entend rejoindre le peuple catholique en une identification à un même temps de paix et de prospérité : l’Irlande celtique que l’invasion anglaise a défait.
Cela permet à ces poètes d’œuvrer à l’édification de la Nation idéale sans toucher à la vulgarité de la politique, des discours et des rassemblements.

C’est pourtant ce qui semble seul à Constance pouvoir apaiser sa douleur face à l’injustice. Sa deuxiéme vie commence lorsque la résistance culturelle ne lui suffit plus. Dotée d’une santé et d’une énergie hors du commun, elle a soif d’action, au service de ceux qui vivent opprimés et impuissants. Elle s’éveille soudainement à la politique, se donne entière à la révolution, et devient pour l’Histoire la Comtesse Rouge. Sa demeure bourgeoise devient Commune, sa fille est délaissée, son mari rentre en Pologne pour combattre l’envahisseur russe, leurs idéaux sont opposés. Entre soupes populaires et création de mouvements féminins, elle arrache sa place à leurs côtés aux hommes qui vont écrire l’Histoire : Griffith, Hobson, Clarke, Mc Neill, Pearse, Kettle, Connolly, Casement, Larkin, Plukett... Figure emblématique du soulèvement de 1916, auquel elle participe arme à la main au sein de l’équipe de commandement, elle est jetée en prison à plusieurs reprises. Sa condition de femme la sauve des exécutions punitives après la révolte, comme Eamon De Valera n’est pas exécuté parce qu’il est né aux Etats-Unis.
Tous deux poursuivent alors l’oeuvre du combat pour l’indépendance et la République. Constance devient la première femme élue au Parlement Britannique, puis ministre du Travail du gouvernement révolutionnaire irlandais. A cette époque, seule l’URSS a vu accéder une femme à une fonction gouvernementale, mais elle a été nommée, pas élue au suffrage universel.

Constance incarne enfin la branche radicale, farouchement opposée au compromis avec les anglais (Home Rule ou Partition et allégiance à la Couronne britannique en échange de l’autonomie), appuyée sur un nationalisme protecteur contre l’oppresseur (le premier Sinn Feinn, qui méprise ses origines aristocrates), un socialisme intransigeant qui veut la fin des opprimés.
Autant de valeurs que De Valera stoppe dans leur course, triomphant de la guerre civile qui décime les rangs républicains (Michael Collins). Avec le soutien de l’Eglise catholique, à laquelle Constance s’est pourtant convertie en prison, l’Irlande libre (Free State) impose un ordre d’inspiration chrétienne, nouvelle force de son identité, qui deviendra au cours du Xxéme siècle un conservatisme strict ne tolérant guère de liberté, surtout artistique ou de moeurs, et certainement pas celle des femmes reléguées aux bans de la société.

Constance Markievicz reste la « Madame » que les plus pauvres continuent à aimer et respecter pour l’aide qu’elle ne cesse de leur apporter. Renouant avec sa fille et son mari, elle vieillit dans le dénuement et meurt en 1927. Elle est à jamais une figure majeure de l'Histoire irlandaise et, quoique méconnue, de l'Histoire des femmes et de leur "libération".
La force et les excès de son engagement rappellent que le socialisme a œuvré à transformer durablement les sociétés, et prend racine dans l’idéalisme et l’utopie, l’anarchisme et le communisme, le courage et la tenacité, qui chacun à leur mesure peuvent encore nous inspirer aujourd’hui, alors que tout nous pousse à changer, pour le meilleur, à nouveau.



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See also :
Constance Markievicz (nee Gore-Booth) and the Easter Rising (Sligo Heritage)

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lundi 17 septembre 2007

De l'Irlande et de la France, aujourd'hui comme avant

En 1988, Francois Mitterand visite l'Irlande, de pays ami a pays ami, qui ne se sont jamais dans l'Histoire, ainsi qu'il le souligne, affrontes, toujours estimes et entraides.

Le 26 Fevrier, il s'adresse a Seanad Eireann, le Parlement Irlandais. Extraits.


Par ma voix c'est un hommage que la France veut rendre aujourd'hui a l'Irlande dans sa pérennité et il est normal que j'en adresse le message aux représentants de ce peuple.
Hommage, ai-je dit, a l'Irlande, une des nations les plus anciennes d'Europe et j'ai pu au cours de ces deux breves journées que j'ai passées a sillonner votre pays, en découvrir d'admirables vestiges.
Hommage a une civilisation qui n'a cessé de se maintenir, malgré les tribulations de l'Histoire, au premier rang de la création européenne et qui s'enorgueilht de lui avoir donné de grands esprits quand ce ne serait sur le plan littéraire, que ceux qui vont de Swift a Joyce ou a Beckett mais qui s'est illustrée dans tous les domaines de la pensée, dans tous les domaines de l'art, de la science et de l'action.
Hommage a un peuple, le vôtre que l'on sait partout sur la terre, valeureux, fier, épris jusqu'au sacrifice de liberté et d'indépendance; et l'histoire ne l'a pas épargné.


Mon intention n'est pas d'évoquer toutes les belles pages du passé, vous les connaissez comme moi. II appartiendra aux historiens, aux écrivains, aux journalistes de magnifier ces moments la. Néanmoins, quelle édifiante lecon nous administre votre Histoire et quelle singulier appel a la modestie pour nous Européens du continent, si fiers de nos expériences et de nos valeurs.
Pendant des siecles a la situation qui s'est perpétuée sur votre terre, sur votre sol ne s'est opposúe, il faut le dire, que l'indifférence. Et quand tant des vôtres ont été dépossédés de leurs biens, dépouillés de leur identité, rejetés dans l'errance, le secours, le recours sont venus de vous-mêmes. Ou sentir mieux qu'ici, l'esprit de résistance, le caractere sacré des droits de l'homme, la force du patriotisme. Ou percevoir avec plus de grandeur et de peine la douleur de l'émigrant contraint de quitter sa patrie. Je n'entends pas m'immiscer dans vos affaires, je vous confierai seulement cet espoir que vos efforts portent leurs fruits, qu'ils vous apportent l'avenir pacifique et serein auquel vous avez droit. C'est vous qui choisirez l'itinéraire bien entendu mais je vous souhaite cette réussite et cette paix dans vos relations internationales comme dans votre vie politique intérieure.


L'Europe d'abord. Ce n'est pas devant votre Assemblée que je me hasarderai a plaider une cause que vous avez vous-mêmes si bien su défendre depuis quinze ans. Vous avez pu mesurer ce que signifie la mise en commun des efforts, au prix bien entendu de concessions et même de sacrifices.
Mais a ceux qui insistent sur le prix a payer pour l'Europe, je dis: Que peserait chacun de nos pays face aux puissances installées, a celles qui émergent, aux alliances qui se nouent, aux forces économiqués incontrôlées? Que ferions-nous seuls dans le monde d'aujourd'hui ou vous voyez bien se dessiner les forces et les lignes de puissance?


(...) et comment ne pas vous dire, avant de conclure, le plaisir que j'ai eu a parcourir, pendant deux jours, votre pays? Il est beau et il est riche d'enseignement. C'est important de découvrir l'empreinte des civilisations qui s'y sont succédées depuis les temps néolithiques, cette terre vraiment chargée d'histoire et de culture mais aussi riche de jeunesse, j'ai pu le constater, et [1918] j'ai cru pressentir, d'une certaine facon, dans mes déplacements, que cette jeunesse était tres désireuse de s'affirmer et donc de travailler, aussi de réussir. C'est la que se trouve la vitalité d'un pays, faut-il répéter cette évidence? Il m'arrive souvent pourtant de le dire a mon propre pays.
Bien souvent, au cours de l'histoire, les routes de l'Irlande et de la France se sont croisées. Ce n'est pas un hasard si, comme nous le disions tout a l'heure, la plupart des grands Irlandais, combattants de la liberté, hommes d'action, femmes d'action, penseurs, écrivains et créateurs sont, un jour ou l'autre, et c'est notre joie et notre honneur, a nous Francais, venus vivre en France, parfois même pour s'y établir, bien que, en Irlande, quand on le peut, on y revienne.

Comment vous dire maintenant, Mesdames et Messieurs, les sentiments que j'éprouve? Je me contenterai donc de vous remercier, d'abord de votre hospitalité, (...) et je vous souhaite un long avenir de paix, de prospérité, de bonheur, a l'Irlande, au peuple irlandais, Mesdames et Messieurs, vive l'amitié entre l'Irlande et la France!


Qu'on apprecie ou pas Tonton, le message reste le meme.

Seanad Éireann - Volume 118 - 26 February, 1988

ADDRESS OF PRESIDENT MITTERRAND

Archives historiques - Diospoireachatai Parlaiminte - Parliamentary debates

dimanche 16 septembre 2007

Suite Francaise, un roman d'Histoire et d'actualite

Les romans sont tous historiques, disait Marguerite Yourcenar, parce qu'ils sont ecrits au passe.

Celui-ci devenait historique mot apres mot, au fil de l'ecriture, a mesure que l'encre sechait.

Irene Nemirovski etait un ecrivain a succes et respectee pour son talent lorsqu'elle a entame la redaction de sa Suite Francaise. C'est une oeuvre complete qu'elle souhaitait, en mille pages ou plus, cinq parties, cinq atmospheres, pour decrire les phases de la Seconde Guerre Mondiale, alors qu'elle se deroulait. Elle souhaitait l'utiliser comme un revelateur du coeur de la societe francaise. Puisque la France la rejette, mais qu'elle l'aime passionement, elle decide d'en faire un portrait sans complaisance et sans cruaute: honnete et juste.

Nee en Russie, sa famille liee au Tsar fuit la revolution communiste. Refugiee en France, elle epouse un autre russe refugie comme elle, et Juif, comme elle. Elle n'a jamais obtenu la nationalite francaise malgre sa notoriete. C'est que les temps sont a l'aryanisation, et les Juifs sont pries de se tenir a leur place. Pressentant tres tot les malheurs qui vont s'abattre, elle se fait baptiser catholique, afin que ses deux filles naissent catholiques, et francaises.

C'est le contexte d'ecriture de Suite Francaise que reside son plus grand interet, car il est la cle d'une oeuvre puissante realisee dans l'urgence du chaos et de l'incertitude de l'avenir. Le premier volet decrit presque en direct l'exode de juin 1940, de ses yeux, sur la route depuis Paris, elle est temoin; puis de nouveaux personnages entrent en scene pour un second volet et le recit tranquille du quotidien d'un bourg de Bourgogne, ses habitants, les heroismes et les faiblesses, l'esprit et les petits gestes de collaboration ou de resistance, presque par hasard, face a un occupant a visage humain, sans haine et sans juger, ni les uns, ni les autres.

Puis plus rien. Les plans de travail qui nous sont parvenus ebauchent plusieurs hypotheses: les personnages du premier et du second volet se rencontrent et les destins s'entremelent, jusqu'au denouement romanesque, mais Nemirovski elle-meme ne savait pas comment, car elle attendait pour l'imaginer de voir au jour le jour quel tour allait prendre la guerre.

Pour soulever un poids si lourd,
Sisyphe, il faudrait ton courage.
Je ne manque pas de coeur a l'ouvrage
Mais le but est long, et le temps est court.

Irene Nemirovski savait qu'elle ne verrait pas l'issue de la guerre, elle savait qu'elle serait arretee, deportee, et assassinee, ainsi que le prouvent de facon terrifiante ses notes de travail. Elle savait qu'elle n'aurait pas le temps de terminer cette oeuvre qu'elle voulait un temoignage magistral sur des evenements tragiques, a lire aujourd'hui comme tel.

On tremble a la lecture en pensant que ces mots, cette prose simple, ces dialogues spontanes et justes, ce nectar de litterature aurait pu etre perdus dans les mois suivant l'arrestation et la deportation de Nemirovski. En essayant de ramener sa femme a la maison, le mari d'Irene s'est fait arreter egalement, puis assassiner dans un camps. Leurs deux filles ont alors ete poursuivies par les Nazis et cachees par leur nounou dans des couvents et des ecoles. Dans leur fuite ne cessant qu'a la Liberation, elles emportaient avec elles ce qu'elles pensaient etre le journal de leur mere, mais qui, il y a seulement quelques annees, s'est revele a la lecture etre un roman bouleversant, intimiste et implacable sur les trahisons et les solidarites de francais hagards face a la deroute, puis la defaite, puis l'humiliation, leur orgeuil personnel et national serieusement entame mais pas aneanti, par une plume lucide et brillante: un chef d'oeuvre inoubliable ecrit en hate dans la perspective de la mort, dans une ecriture a peine dechiffrable par economie d'encre et de papier devenus rares.

A lire, relire et transmette, a l'heure ou certains se declarant avec fierte ne pas etre des intellectuels, bafouent l'heritage historique de la periode et le transforment en moquerie politique dans un melange des genres racambolesque (Sarko, Mocquet et le Rugby !!), humiliant pour la France, et consternant de betise et de ce que ses auteurs sont trop ignorants pour nous proteger, nous, de leur ridicule a eux.

vendredi 7 septembre 2007

Viking Waterford: Millenium Plaza



Construite pour celebrer l'arrivee de l'An 2000, concue pour etre agreable par tous les temps (c'est-a-dire qu'il y a un abri contre la pluie :), la Millenium Plaza est en forme de bateau, en hommage a tous ceux entrant dans Waterford, et ceux qui n'y sont jamais revenus (encore aujourd'hui)... On y trouve aussi des boucliers en bois portant les "armoiries" des 12 tribus/familles gaeliques fondatrices (5000 av. J.-C.).

Avec son pont en bois (ou il est si agreable de se poser pour lire et rever devant la riviere), voilures et mat esquisses, elle evoque plus particulierement un navire Viking, a l'endroit meme ou ils ont du poser leurs premieres coques, les premiers conquerents d'abord pilleurs de passage au 7eme siecle, puis marchands saisonniers au 8eme siecle, enfin agriculteurs installes, assimilies et christianises a partir du 9eme siecle,.

Hors livres d'histoire, on dit communement que ce sont les irlandaises qui ont, avec force oeillades et autorite, et ainsi qu'elles le font toujours, pousse les redoutables marins, pragmatiques et diplomates, a la sedentarisation, au mariage et a la chretiente :). Car sans cela, niet ! Mais c'est une image d'Epinal dessinee au 20eme siecle par des contraintes morales qui n'existaient probablement pas autour du 10eme, quoique en matiere chretienne les irlandais-es ont toujours su se montrer precoces et zeles...

En installant leurs familles au sein d'une enceinte de bois avec miradors d'ou ils surveillaient la riviere, les Vikings ont construit le premier centre urbain d'Irlande, juste avant que des "compatriotes" fassent de meme a Dublin.
Le nom "Waterford" pourrait venir d'une anglicisation du scandinave "Vadrer Fjord" = le port calme ou abrites.

La place fait face a la Tour de Reginald (Reginal's Tower) qui a ete la premiere tour fortifiee d'Irlande, et porte le nom du chef Viking qui en a probablement pose les premieres planches vers le 10eme siecle, avant que les Anglo-Normands ne les remplacent par la structure de pierre qu'on voit aujourd'hui, a leur arrivee au 12eme siecle, mettant fin au developpement gaelo-scandinave de la politique et l'economie de l'ile.

jeudi 30 août 2007

Bjork, banshee Viking ?

Oui je sais, Bjork ce n'est pas tres irlandais, mais le Cafe n'est pas restrictif, et je me reserve le droit de vous barber, chez moi, des choses qui me tiennent ta coeur ;).

Le concert de la fee islandaise le 23 aout 2007 aux Arenes de Nimes restera dans les annales. Pour la nullite d'une premiere partie en complet decalage qui nous a surpris entre rire et consternation, pour la bouillante et fraternelle ambiance qui regnait dans une fosse et des travees archi combles, pour la prestation d'une bete de scene magique et envoutante, dechainee une fois passe le cap ou elle observait un peu timidement l'intensite des reactions d'un public pourtant tout acquis et pame*.

De l'Irlande a l'Islande, il n'y a pourtant qu'un flot. On dit que ce sont des moines irlandais en quete de lieu de quietude ou refugier leur isolement d'hermites qui ont decouvert l'ile, a la faveur d'une tempete et d'un egarement, aux alentours du 10eme siecle. Il n'a pas fallu longtemps a une troupe de Vikings assoiffes de terres nouvelles pour quitter leur Irlande d'adoption et les suivre une fois la nouvelle connue, les repoussant vers le Groenland, puis de meme jusqu'au nord du continent americain, dont la decouverte reviendrait donc a des... irlandais, avant meme que le premier drakar n'y accoste suivant leur route. Une theorie plausible et qui se confirme peu a peu grace aux recherches d'historiens specialistes de la Scandinavie medievale. L'auriez-vous cru?

Je vous conseille a ce sujet l'excellent A Brief History of the Vikings by Jonathan Clements (2005), la derniere etude sur les Vikings la plus documentee, la plus a jour et la plus fascinante concernant les trouvailles historiques sur le role des Vikings dans la construction de la Nation irlandaise et le role insoupconne des irlandais dans la decouverte des terres australes et du Nouveau Monde !

C'est cette Scandinavie medievale, l'Europe du Nord des temps a tort consideres comme obscurs, qu'evoquait le decor, tout en drapeaux, de licornes et d'ecussons (Volta Tour oblige), de la scene sur laquelle une Bjork accoutree comme une Banshee irlandaise lancait sa voix intrigante, tantot velour tantot cri dechirant, qui nous a tous, un par un, sublimes, telle une fee fantastique nous emportant dans son pays loin d'ici, a la faveur d'un venin delicat sirote avec delectation.

Images, maestro !



Entree du Wonderbrass band (les dames islandaises habillees comme des teletubbies) et Intro - Earth Intruders. Le son n'est pas top mais pour compenser vous pouvez m'entendre beugler ma joie :), celle de ma sister et de l'ami qui filmait. C'est pas Beau la vie?




Un cours extrait de Bachelorette.



Deux ou trois pas de danse sur Hunter.

Et enfin, quelque secondes d'une Ola interminable destinee a tromper l'attente, desormais celebre dans les milieux bjorkiens. Ola a laquelle j'ai moi-meme participe; c'est vous dire si c'etait bonenfant, et si nous etions envoutes....




Merci a SolitaryAngel54, mon Jardinier Goth prefere, pour ces images inoubliables :).


* de "pamer", desolee, j'ai pas d'accent.

lundi 2 juillet 2007

Etre de gauche, aujourd'hui comme il y a 20 ans.

Lu chez Pierre Assouline, dans La Republique des Livres: De gauche selon Deleuze.

Un poujadisme latent a bien tente de donner un coup d'epee fatal au clivage gauche-droite tant decrie, si mal connu, lors de la derniere campagne presidentielle. Mais etre de gauche, et etre de droite, cela signifie bien quelque chose.
Ces quelques lignes simples semblent utiles egalement a l'heure ou parmi les tenants de la "refondation socialiste" il y en a bien qui, sans reperes ideologiques precis, s'egarent un peu dans tous les sens.
Retour sur les fondamentaux. Un Maitre parle.


« C’est d’abord une affaire de perception.

Ne pas être de gauche, c’est quoi ?

C’est un peu comme une « adresse postale ». Partir de soi, la rue où l’on est, la ville, le pays, les autres pays, de plus en plus loin. On commence par soi et dans la mesure où on est privilégié et où on est dans un pays riche, on se dit « Comment faire pour que la situation dure ? ». On sent bien qu’il y a des dangers et que cela ne va pas durer. Oulala la Chine …comment faire pour que l’Europe dure encore, etcetera.

Etre de gauche, c’est l’inverse.

C’est percevoir d’abord le pourtour des choses. Le monde, le continent, l’Europe, la France, la rue de Bizerte, moi. C’est un phénomène de perception, percevoir d’abord l’horizon. Ce n’est pas par générosité, ni par morale, c’est une question d’adresse postale. Tu vois à l’horizon, tu sais simplement que cela ne pourra pas durer, ces milliards de gens qui crèvent de faim et cette injustice absolue. On considère que ce sont là les problèmes à régler. Et ce n’est pas se dire simplement : il faut diminuer la natalité. C’est trouver des arrangements, les agencements mondiaux. Etre de gauche, c’est souvent que les problèmes du tiers monde, sont plus proche de nous que les problèmes de notre quartier. C’est vraiment une question de perception. Pas de belle âme. C’est ça d’abord être de gauche pour moi».

Ecouter l'extrait de L'abecedaire de Gilles Deleuze

Chez Tonio vous trouverez la bande son de ce Manifeste des Gauchos (les derniers I AM et Manu Chao).

mardi 8 mai 2007

Irlande du Nord, un jour nouveau s'est leve

Ambiance surrealiste aujourd'hui sur la route tandis que l'Irish et moi-meme nous balladions dans la campagne verdoyante, en retour lent vers la maison apres une soiree bien arrosee dans l'Ouest (lundi ferie pour celebrer le 1er Mai comme il se doit).


La radio diffusait en direct des moments de l'assemblee qui avait lieu a Stormont en Irlande du Nord, et on ecoutait en temps reel l'intronisation des ministres du nouveau gouvernement, puis un extrait du discours de Tony Blair, puis de celui de Bertie Ahern.


Surrealiste d'entendre Ian Paisley et Gerry Adams parler en alternance pour proposer, chacun son tour, la personne de leur camp choisi pour tel ou tel Ministere. Vu la solennite, la serenite et la facilite des echanges, on avait du mal a se souvenir qu'il y a seulement 3 mois les deux hommes etaient ennemis mortels qui refusaient de se croiser dans les couloirs ou de s'asseoir a la meme table pour signer un accord de paix, ou en negocier un. Mais l'Histoire s'est bien ecrite ce matin, lorsque tous les ministres ont prononce leurs voeux d'allegiance a l'Accord de Paix, the Good Friday Agreement, 9 ans apres la signature qui prevoyait leur entree imminente en fonction...

Tony Blair a ensuite des mots oubliables pour rendre hommage a Bertie Ahern, le premier ministre de la Republique d'Irlande, qui, il est vrai, n'a pas menage ses efforts et merite le respect pour son role dans le processus de paix. S'il ne devait etre loue que pour une action (et il n'y en a bien qu'une seule), c'est bien celle-la.
"Aucun Premier Ministre n'a partage avec moi autant de tasses de the", pour discuter des details de negociations patientes et acharnees qui ont fini par porter les fruits de la collaboration apaisee, a souligne Blair louant le Taoiseach, qui lui repondait quelques instants plus tard:
"Je ne le remercie pas seulement pour les tasses de the, ou pour tous ces chateaux dans lesquels j'ai eu la chance de sejourner pour y travailler au processus de paix, mais pour son role" etc...

Donc, comme on s'y attendrait avec ses deux-la, point de discours historique emouvant.
Seul ont pronconce quelques paroles remarquables, Ian Paisley, dans un discours bien different du preche unioniste - royaliste habituellement servi, et Ted Kennedy, oncle de John et largement implique dans le processus de paix au nom de ses lointaines origines irlandaises et de la diaspora aux USA, present a la ceremonie, qui s'est dit honore de participer a une ceremonie historique:

"A new day has dawned for the people of Northern Ireland," Kennedy said in a statement. "Northern Ireland has shown the world that peace is possible, even in the face of tragic history, and it offers hope for peaceful reconciliation in other troubled areas of the world."

"Un jour nouveau s'est leve pour le peuple d'Irlande du Nord, qui a montre au monde que la paix etait possible, meme face a une histoire tragique, et offre l'espoir pour d'autres reconciliations pacifiques dans d'autres regions troublees du monde".

Pour comprendre
The Good Friday Agreement - Northern Ireland Office
Official text of the agreement reached in the multi-party negotiations (CAIN)
L'Accord du Vendredi Saint, sur l'Express.fr et Diploweb
Irlande du Nord: un accord historique, une mise en oeuvre problematique par M-C Considere Charon, Fondation Robert Schuman

A lire aussi Irlande du Nord: Ian Paisley devient chef d'un gouvernement de coalition avec le Sinn Fein sur Le Monde .fr

Voir: Irlande du Nord, la paix mais pas pour tout le monde

dimanche 6 mai 2007

Victoire de la laicite, le combat pour la liberte: Turquie, France, Europe

  • La Turquie, la France, et l'Europe

NS s'est clairement oppose a l'entree de la Turquie dans l'UE lors du debat le 3/05, niant avec embarras que ses considerations soient religieuses mais soyons clairs aussi: l'oposition a la Turquie est celle a un pays de confession musulmane dans la judeo-chretienne Europe, et la peur de voir la Nation Turque acceder au meme niveau de responsabilite politique et de puissance economique que les grand spays de l'UE. NS a brandi la menace des ennemis europeens de l'Europe politique, dont la Turquie (ou tout autre pays) ne pourrait faire partie car en Asie Mineure... considerations traditionnelles des tenants du grand marche economique qui ont fait de l'Europe politique le pretexte a la fixation de frontieres douanieres precises, minimisant aux yeux des citoyens les fondements politiques, economiques et sociaux de l'Europe, appeles a rayonner ainsi que le prevoyaient les Peres de l'Europe.

Segolene Royal a eu raison de souligner que la question du caractere europeen de la Turquie, de par son Histoire et sa geographie, doit etre posee et reflechie, qu'un processus de negociation d'association strategique ou d'adhesion est en route depuis plusieurs decennies, qu'il doit etre respecte, car, loin d'etre pres de son issu, il est aussi l'un des principaux facteurs de la democratisation du pays, et un garant de la laicite grace a la necessaire adoption de l'Acquis Communautaire ainsi que l'illustre les evenements de cette semaine.

C'est ce que j'appelle un peu crument la carotte pour faire avancer les anes. On nous dit d'Abdullah Gul qu'il est un a la fois un ex-islamiste et le principal artisan de l'ouverture des negociations d'adhesion a l'Europe de son pays. Hors NS a retorque a SR, la phrase la plus stupide et la plus irreflechie qui soit (l'un de ses nombreux moments d'urgence argumentaire dans le debat): "Proposez l'Europe aux habitants de la Cappadoce et vous donnez naissance a un mouvement islamiste". Concept recupere a la va-vite lors d'une revision de fiches des RG, visiblement.
Car il est un concept bien plus prevalant dans le processus de construction europeenne: le temps et la pedagogie, pour assurer que les besoins et opinions des populations concernes soient bien pris en compte, debattus et dotes d'une reponse adequate. C'est le role d'un Referendum, tels que ceux que l'Irlande organise chaque fois qu'une modification de la Constitution est necessaire, lors de l'adoption de nouveaux Traites Communautaires par exemple.
Si temps et pedagogie ont manque au dernier elargissement parce qu'on estimait en haut lieu que l'adhesion des pays ex-sovietiques allait de soi, Histoire brulante oblige, il n'a en aucun cas jamais ete question de proceder de la sorte avec la Turquie.

S'il est bien une chose qui peut empecher la Turquie ou tout pays de verser dans le fanatisme religieux et l'obscurantisme politique, c'est bien l'Union Europeenne, avec son lot de principes de justice sociale et d'egalite des citoyens garantis par un cadre de pratiques juridiques, politiques et economiques, certes imparfaits mais rudement efficaces car contraignants.
Le combat des citoyens turcs pour le respect du principe de laicite qui prevaut en Turquie doit etre honore, soutenu et encourage, les negociations d'adhesion, qui perdureront quoique NS en dise ou fasse semblant de les ignorer, sont le meilleur moyen de les aider dans leur combat pour leur liberte politique et religieuse.
Nous y avons droit, ils y ont droit aussi, mais ils ne l'obtiendront pas seuls.


  • Abdullah Gül se retire de la course à la présidence turque
    REUTERS 06.05.07 14h13
L'ex-islamiste Abdullah Gül, chef de la diplomatie turque et candidat controversé à la présidence, a renoncé dimanche à briguer la magistrature suprême après l'échec du deuxième tour de scrutin au Parlement.
(...)
Gül, l'un des artisans de la candidature d'Ankara à l'Union européenne, était le seul candidat à la présidence de son pays, majoritairement musulman mais doté depuis Atatürk d'une Constitution laïque.
La Turquie a été ces dernières semaines le théâtre d'importantes manifestations laïques, dont les participants exigeaient le retrait de la candidature de Gül. L'état-major de l'armée, garante de la laïcité kémaliste, a tenu en outre à rappeler qu'il était l'ultime défenseur du principe de séparation de la religion et de l'Etat. En un demi-siècle, l'armée a destitué quatre gouvernements civils.
L'AKP (Parti de la justice et du développement) n'a pas réussi à s'assurer de la présence d'au moins 367 députés, sur un total de 550, nécessaire pour que Gül soit élu, car la majeure partie des formations de l'opposition ont boycotté la séance.
(...)
Pour sortir le pays de l'impasse, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, membre de l'AKP, a obtenu que les législatives soient avancées au 22 juillet. Le parti au pouvoir est donné gagnant, même si sa popularité s'est quelque peu érodée ces dernières années.
Si le Parlement approuve l'amendement sur l'élection présidentielle, le prochain chef de l'Etat pourrait être élu au suffrage universel dans le courant de l'année. Une telle élection directe investirait le président d'une plus grande autorité.
"Le seul pôle de stabilité, le seul concept en lesquels nous avons confiance, ce sont les citoyens de notre pays", a déclaré Egemen Bagis, député de l'AKP et proche collaborateur d'Erdogan. "Ce sera à la Nation turque de décider par qui elle veut être gouvernée", a-t-il dit à Reuters.


Pour comprendre:
Toute l'Europe .fr: Les principales étapes du processus d'élargissement
EUROPA: Acquis Communautaire, Élargissement, Négociations d'adhésion, Partenariat pour l'adhésion, Stratégie de préadhésion


Voir aussi: Encombrante Turquie, Edito du Monde 4/05/07

samedi 5 mai 2007

Desir de Modernite

"Venez voter, ce choix vous concerne, car votre vie quotidienne en dépend".



Pour ceux qui ne sont pas encore convaincus que Segolene Royal incarne l'espoir de mutation et de modernisation du PS, et par extension la mutation et la modernisation de la vie politique francaise, a laquelle contribuera egalement l'action de Bayrou en faveur d'un nouveau parti:

«Ségolène Royal incarne la sortie du mitterrandisme»
Marcel Gauchet, philosophe et historien des idées, explique la percée de la candidate PS par sa capacité à saisir la crise d'autorité qui travaille la société française.

Plus exactement, je dirais qu'elle incarne la décomposition du mitterrandisme. On s'attendait à ce que la sortie du mitterrandisme se fasse par la doctrine. Or, une telle rénovation intellectuelle était en fait assez improbable.
Le «droit d'inventaire» de Jospin a vite tourné court. Comme tout parti, le PS a eu peur d'ouvrir la boîte de Pandore des révisions idéologiques, dont on ne sait jamais jusqu'où elles peuvent conduire, et a préféré s'en tenir à une doctrine qui a montré sa capacité à gagner des élections. Il est toujours très difficile de s'arracher à une recette qui a fonctionné. C'est par une voie de contournement que l'affaire s'est faite. Elle s'est jouée sur le terrain de l'image et du symbole, et par l'incarnation dans une personne singulière.
Ségolène Royal se situe ailleurs, elle ne cherche pas à réviser l'héritage mitterrandien, elle représente une autre manière de faire. A l'attente de voir la page tournée, elle répond par ce qu'elle est. Le phénomène montre à quel point l'esprit du système présidentiel est entré dans les têtes. Autour de sa personne est en train de se produire un processus de catalyse politique qui, quelle que soit l'issue du scrutin présidentiel, sera difficile à arrêter.


Article publie dans Liberation le 18/11/2006 alors qu'on se demandait si elle tiendrait la distance.

mardi 1 mai 2007

Femmes et politique en France, et ailleurs

Ségolène Royal, les femmes et la politique, par Anne Chemin
LE MONDE 30.04.07 14h01 • Mis à jour le 30.04.07 17h23

Pour la première fois dans l'histoire de France, une femme est aujourd'hui en situation de conquérir démocratiquement le symbole même du pouvoir politique qu'est l'Elysée. Si Ségolène Royal est élue le 6 mai, elle deviendra, par la grâce du suffrage universel, celle qui présidera le conseil des ministres, la chef des armées, l'inspiratrice de la politique internationale et la garante de l'indépendance de la magistrature, toutes fonctions longtemps réservées aux hommes. "Femmes de France, prenons la dernière Bastille !", proclament plusieurs organisations de femmes qui appellent à un rassemblement festif en faveur de Ségolène Royal, mardi 1er mai, à la Bastille.

En France, les femmes ont acquis le droit de vote très tardivement : il a fallu attendre l'ordonnance signée à Alger, le 21 avril 1944, par le général de Gaulle, pour qu'elles "soient électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes".
Ce geste en faveur de l'égalité arrivait beaucoup plus tard que dans la plupart des démocraties.

En France, les relations entre les femmes et la politique ont longtemps été marquées par des rendez-vous manqués.
Pendant l'entre-deux-guerres, alors que tous ses voisins se convertissaient peu à peu au droit de vote des femmes, la France avait préféré tergiverser : de 1919 à 1935, cinq textes de loi avaient été examinés par la Chambre des députés mais tous avaient été mis en échec par le Sénat. En 1936, lors du Front populaire, le gouvernement de Léon Blum avait fait un geste en accueillant, pour la première fois, trois femmes, mais le droit de vote avait une nouvelle fois été repoussé : Irène Joliot-Curie, Suzanne Lacore et Cécile Brunschvicg étaient devenues sous-secrétaires d'Etat à la recherche scientifique, à la santé publique et à l'éducation nationale, mais elles n'avaient pas gagné pour autant le droit de participer aux élections...
En France, la parité est donc loin de couler de source.

Malgré ces réticences, et dans tous les pays du monde, les femmes s'imposent peu à peu sur la scène politique : en 2007, la part des femmes dans les Parlements (17 %) a atteint un record historique. Si Mme Royal est élue présidente de la République, elle rejoindra, le 6 mai, le club - encore très fermé - des sept femmes chefs d'Etat de la planète : Michelle Bachelet (Chili), Tarja Halonen (Finlande), Michaëlle Jean (gouverneure générale du Canada), Mary Mc Aleese (Irlande), Vaira Vike-Freiberga (Lettonie), Ellen Johnson Sirleaf (Liberia) et Gloria Arroyo (Philippines). Le club des femmes chefs de gouvernement, auquel appartient Angela Merkel, ne compte aussi que sept membres.

La France, les femmes et le pouvoir.
1. l’invention de la loi salique (Ve-XVIe siècles), paru en 2006
2. Le verrouillage du système (XVIIe-XXIe siècles), a paraitre en 2007
Eliane Viennot, historienne.

dimanche 4 mars 2007

Gerard Noiriel sur l'utilisation de l'Histoire par Sarkozy et Jacques Le Goff sur son soutien a Segolene Royal

  • Les usages de l'histoire dans le discours public de Nicolas Sarkozy, par Gérard Noiriel (EHESS)

Dans le discours qu'il a tenu à Poitiers le 26 janvier dernier, le candidat de l'UMP à l'élection présidentielle s'est présenté comme l'héritier de Jean Jaurès et de Léon Blum. Cette « captation d'héritage » est une bonne illustration des formes que prennent les usages publics de l'histoire dans la France d'aujourd'hui. Le problème n'est pas tant que les politiques puissent « récupérer » les héros du passé pour tenter de grandir leur stature de présidentiable. Ce phénomène n'est pas nouveau. Il est même constitutif de la mémoire politique. Dans ce type de compétition, en effet, les candidats ne peuvent espérer l'emporter que s'ils glanent des voix au-delà de leur propre camp, ce qui les incite à parler au nom de la nation toute entière en cherchant des références historiques consensuelles.

Jaurès plutôt que de Gaulle

Ce qui est inédit (à ma connaissance) , c'est le fait que le leader de la droite ait pu se présenter publiquement comme l'héritier des chefs historiques de la gauche. Pour comprendre la fonction de ces références, il faut lire de près le discours de Poitiers. Ce qui frappe, c'est d'abord la faible place accordée à la Révolution française. Alors que jusqu'à une période récente, tout homme politique cherchant à présenter sa candidature comme un moment historique pour la Nation se situait dans le prolongement de cet événement fondateur, celui-ci n'est mentionné ici qu'une seule fois et encore, est-ce par le biais d'une citation de Napoléon Ier évoquant « l'achèvement de la Révolution ». Ensuite, ce qui étonne dans les références/révérences du discours de Poitiers, c'est la marginalisation du général de Gaulle, qui était pourtant la figure centrale des récits mémoriels de la droite dont l'UMP est l'héritière. Certes, le général est présent dans la galerie des glorieux ancêtres dont se réclame le candidat, mais il n'est cité que 3 fois, alors que Jean Jaurès est cité 7 fois !
Je ferai l'hypothèse que ce nouveau système de références historiques illustre les contraintes auxquelles les professionnels de la politique sont confrontés aujourd'hui, dans un monde où la « démocratie de partis » a cédé la place à la « démocratie du public » (pour reprendre les formulations du philosophe Bernard Manin). Soumis à la loi des sondages et des médias, le candidat à la présidentielle ne cherche plus à se situer dans le prolongement d'une tradition politique précise. Il n'a plus besoin de conforter la mémoire et l'identité collectives de son propre camp, en rappelant les luttes héroïques menées autrefois par les « camarades » ou les « compagnons », ce qui était auparavant indispensable pour mobiliser ses troupes en vue du combat politique à venir. Ce qui compte, désormais, c'est de peaufiner une image, en fonction des directives données par les conseillers en communication qui font partie du « staff » de campagne.
Mais ces conseillers, mauvais sociologues, ont commis une erreur dans la phase de « pré-campagne », en incitant leur chef à durcir son discours sécuritaire avec des mots comme « racaille », que l'ensemble des jeunes des classes populaires ont ressenti comme une insulte. Le candidat de la droite doit donc « recentrer » son profil (« j'ai changé ») et faire dans le « social » en se présentant comme l'héritier de la gauche.

Remarques sur la logique symbolique de panthéonisation des hommes politiques

Pour approfondir l'analyse sur l'usage de l'histoire de France dans ce discours, je dirais qu'il illustre la logique symbolique de la « panthéonisation ». Le candidat consacre les grands personnages qui ont pour fonction de le consacrer.
C'est, là aussi, un type d'usage public de l'histoire classique chez les professionnels de la politique. Comme l'a montré Maurice Agulhon dans ses travaux sur la symbolique républicaine, en France la logique mémorielle s'est toujours heurtée à une difficulté particulière, car les politiciens n'ont jamais pu se réclamer de « pères fondateurs » unanimement reconnus, comme George Washington ou Thomas Jefferson aux Etats-Unis.
En conséquence, lorsque la grande figure de référence que mobilisait l'un ou l'autre camp s'efface ou lorsque, pour des raisons de rivalités internes à son propre camp, le candidat ne peut plus se l'approprier aisément, comme c'est le cas ici avec le général de Gaulle, il n'y a plus de personnages historiques disponibles pour incarner le consensus national.
C'est la raison pour laquelle le candidat de l'UMP est contraint aujourd'hui d'intégrer dans son cercle des héros nationaux disparus, des figures venues de droite comme de gauche.
Le récit mémoriel a pour fonction de gommer leur appartenance partisane, pour persuader le public que leur qualité première tenait justement au fait qu'ils avaient su dépasser les limites de leur parti. C'est le principal critère qui permet au candidat de l'UMP de rassembler dans son Panthéon personnel des hommes politiques aussi différents que Napoléon, Jaurès, Clemenceau, de Gaulle, et même Mitterrand. La même logique est à l'oeuvre à propos des intellectuels et des écrivains puisque Charles Péguy, Marc Bloch (relu et corrigé par Pierre Nora) et Jean d'Ormesson sont évoqués comme références consensuelles.
Ce discours mémoriel a donc pour première fonction de convaincre le grand public que le candidat de l'UMP est le digne héritier de ces héros nationaux. Mais il a aussi pour but de fabriquer un consensus occultant les rapports de pouvoir et les luttes sociales. Le discours de Poitiers est une sorte de Disneyland de l'histoire dans lequel il n'y a que des gentils, des hommes bons. La « captation d'héritage » est aussi un détournement destiné à occulter le fait que les leaders du mouvement ouvrier, comme Jaurès et Blum, ont été avant tout des militants, au coeur des combats politiques de leur temps. Le candidat de l'UMP n'hésite pas à faire référence au Front Populaire : « J'ai cité Léon Blum parce que je me sens l'héritier de l'enfant qui en 1936 grâce aux congés payés jette sur la mer son premier regard émerveillé et entend prononcer pour la première fois le mot « vacances ».
Ce qui est suggéré dans cette citation, c'est que le leader de la SFIO et le chef du gouvernement du Front Populaire aurait « donné » deux semaines de congés payés aux ouvriers parce que c'était un homme bon et humain, qui voulait que les travailleurs voient la mer. Le fait historique qui est totalement oublié ici, c'est que les congés pays ont été un acquis du formidable mouvement de grèves de mai-juin 1936. C'est le résultat de la lutte des classes et d'une mobilisation sans précédent des ouvriers contre le patronat. Mais évidemment ce fait historique là, le candidat des milieux d'affaire est obligé de le passer sous silence puisque, dans le même discours, il dénonce explicitement « ceux qui attisent encore la lutte des classes ». Il faut reconnaître que les assistants qui ont écrit le discours du candidat ne manquent pas d'imagination. Dans leur récit, Georges Clemenceau, le ministre de l'Intérieur qui a envoyé la troupe contre les grévistes en 1907-1908, cohabite pacifiquement avec son plus farouche adversaire politique, Jean Jaurès, le directeur de l'Humanité, qui dénonçait le « premier flic de France » et le « briseur de grèves ».

L'anti-repentance et ses contradictions

Je voudrais m'arrêter un peu plus longuement sur un autre usage de l'histoire qu'illustre le discours de Poitiers. Il concerne le thème de l'anti-repentance. Le candidat à la présidentielle écrit en effet : « Je veux dire à tous les Français que nous sommes les héritiers d'une seule et même histoire dont nous avons toutes les raisons d'être fiers. Si on aime la France, on doit assumer son histoire et celle de tous les Français qui ont fait de la France une grande nation ». Ce propos doit être relié à celui qu'il avait tenu peu de temps auparavant (14 janvier 2007) : "Au bout du chemin de la repentance et de la détestation de soi, il y a, ne nous trompons pas, le communautarisme et la loi des tribus".
Nous voyons là s'esquisser un thème de campagne que le candidat de la droite cherche à utiliser pour discréditer le camp d'en face, en affirmant : « Ce que je sais, c'est que la gauche qui proclame que l'Ancien régime ce n'est pas la France, que les Croisades ce n'est pas la France, que la chrétienté ce n'est pas la France, que la droite ce n'est pas la France. Cette gauche là je l'ai accusée, je l'accuse de nouveau de communautarisme historique ».
Ce passage est particulièrement intéressant à décrypter si l'on veut comprendre comment les politiciens utilisent aujourd'hui l'histoire dans leur propagande et les contradictions auxquelles ils se heurtent (ou risquent de se heurter). Tout d'abord, on constate que l'anti-repentance est l'une des principales grilles de lecture qu'utilise le candidat pour « repenser » l'histoire de France. Par exemple, dans le passage où sont évoquées les persécutions dont ont été victimes Léon Blum et Georges Mandel, il n'y a pas un seul mot pour souligner les responsabilité s du régime de Vichy et de la milice. Les seuls coupables explicitement désignés, ce sont les agents de la Gestapo ! Finis les discours sur les mauvais Français et sur la responsabilité de l'Etat français. On a le sentiment d'en revenir à une histoire pré-paxtonienne (et aussi pré-chiraquienne) de Vichy.
C'est aussi la logique de l'anti-repentance qui conduit le candidat non pas à ignorer la colonisation, mais bel et bien à l'assumer. Le discours de Poitiers revient, d'une manière indirecte, à l'affirmation du « bilan positif » de la colonisation (même si le mot n'est jamais employé), en affirmant que nous devons être fiers des croisades et en plaçant le maréchal Lyautey au coeur d'un Panthéon dans lequel ne figurent aucun Français issu de l'immigration ou des peuples colonisés.
Une autre lacune montre clairement où mène le discours anti-repentance. C'est l'absence totale des figures féminines dans la galerie des héros dont se réclame le candidat de l'UMP. Nous avons ici une illustration limpide des analyses de Michèle Riot-Sarcey sur l'absence des femmes dans la mémoire des hommes politiques de ce pays. Au-delà de l'effet anti-repentance, on peut penser que, dans le contexte de la présidentielle 2007, le candidat UMP a jugé stratégiquement préférable de souligner les attributs virils de Marianne.

Un nouveau concept : le « communautarisme historique »

Dans le passage consacré à l'anti-repentance, on constate aussi que le candidat UMP a forgé un nouveau « concept », inconnu jusqu'ici des historiens, celui de « communautarisme historique ». Je doute qu'il laisse sa marque dans l'histoire de la pensée, mais ce n'était pas le but visé par son auteur. Il s'agissait de marquer l'opinion, en utilisant des formules choc. Il faut se souvenir, en effet, que dans un monde dominé par les sondages, ce ne sont pas les arguments rationnels qui comptent, mais les formules permettant de conforter le sens commun en jouant sur des réflexes et des associations d'idées. La mise en équivalence entre gauche et communautarisme se fait ici grâce à toute une série d'amalgames dont la fonction principale est d'imposer l'idée que la gauche représente l'anti-France. Ce type de rhétorique n'est pas vraiment nouveau, lui non plus. A partir du moment où l'un des deux camps du champ politique se présente comme le représentant de la France toute entière, par définition le camp adverse doit être assimilé à l'anti-France.
Dans le langage polémique actuel, les ennemis de la République et de la France, ce sont les « communautaristes ». Ce terme ne désigne plus rien de précis et fonctionne comme une insulte ou un stigmate très efficace pour discréditer des concurrents. Le simple fait de rappeler que la politique est toujours un enjeu de luttes, qu'elle est fondée sur des rapports de force ; le simple fait de rattacher un programme politique à la tradition de pensée dont il est issu, peut donc désormais être vu comme un délit de « communautarisme historique ».
En utilisant ce type d'anathème pour discréditer ses adversaires politiques, le candidat de l'UMP persiste dans la même rhétorique que celle qu'il avait déjà mobilisée lors des violences de novembre 2005. Parler de « communautarisme historique » pour disqualifier ceux qui défendent la posture de la repentance, c'est la même chose que dénoncer la « racaille » dans les conflits sociaux. C'est utiliser des références propres à un domaine, pour les plaquer sur un autre. Dans les deux cas, il s'agit de criminaliser des points de vue concurrents pour mieux les discréditer.
Le candidat fait beaucoup d'efforts pour persuader les citoyens qu'il a changé depuis novembre 2005. Mais sa manière d'argumenter montre le contraire. Au-delà de la personne elle-même, ces constantes s'expliquent par les contraintes qui pèsent aujourd'hui sur l'action politique. Pour mobiliser son électorat, le candidat de la droite doit utiliser un vocabulaire et des références que j'appelle national-sécuritaire s. Dans le discours de Poitiers, on voit parfaitement le lien entre la dénonciation de la repentance et la stigmatisation de l'immigration. Comme j'ai tenté de le montrer dans un livre à paraître 1 , depuis les débuts de la IIIe République, le discours de la droite républicaine sur l'immigration reproduit toujours la même argumentation. On la retrouve intégralement dans le discours de Poitiers. Le candidat de l'UMP commence par rappeler son attachement aux « droits de l'homme ». Ensuite, la « chasse aux clandestins » est présentée comme une mesure destinée à défendre les immigrés eux-mêmes contre « les marchands de sommeil et des passeurs sans scrupule qui n'hésitent pas à mettre en danger la vie des pauvres malheureux dont ils exploitent la détresse ». Enfin, nous arrivons au coeur du propos, qui énumère la longue litanie des stéréotypes du moment sur les immigrants, visant à dénoncer ceux « qui ne respectent pas nos valeurs » ; « ceux qui veulent soumettre leur femme, ceux qui veulent pratiquer la polygamie, l'excision ou le mariage forcé, ceux qui veulent imposer à leurs soeurs la loi des grands frères, ceux qui ne veulent pas que leur femme s'habille comme elle le souhaite ».
Ce discours national-sécuritaire a pour fonction de mobiliser l'électorat clairement positionné à droite, mais il ne permet pas d'imposer l'image du rassembleur « qui a changé ». C'est la raison pour laquelle, il fallait procéder à une sorte de provocation mémorielle, en se référant à Jaurès et à Blum, pour alimenter la chronique politique sur le thème du « changement ».

Note :
1. Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXe-XXe siècle), Paris, Fayard, mars 2007.

  • Jacques Le Goff soutien Segolene Royal

Medieviste, auteur entre bien d'autres classiques de Les Intellectuels au Moyen Age, L'Homme Medieval, A la recherche du Moyen-Age, Histoire et Memoire, et co-directeur avec Rene Remond d'une Histoire de la France religieuse.
Egalement europeen convaincu, pour lui l'UE est le produit naturel de l'Histoire de notre continent, en gestation depuis l'Antiquite. L'Europe actuelle doit beaucoup a celle medievale et l'Union doit s'appuyer sur son heritage antique et medieval pour le continuer et le parfaire.

"L'Europe n'est pas vieille, elle est ancienne"
" Le choix n'est pas entre la tradition et la modernité, ecrit Jacques Le Goff. Il est dans le bon usage des traditions, dans le recours aux héritages, comme force d'inspiration, comme point d'appui pour maintenir et renouveler une autre tradition européenne, celle de la créativité. "
La vieille Europe et la nôtre, Seuil (1994)

Dossier Le Goff sur France Culture, entretiens et emissions dont un dialogue avec Jean-Pierre Vernant dans l'emission A voix nue.
Bio sur Herodote.net

Madame la présidente
Article paru dans l'édition du 24.02.07 - Le Monde

Ségolène Royal n'est pas parfaite, Dieu merci, mais elle est la meilleure

Je suis un universitaire à la retraite qui ne connaît aucun candidat. Homme de gauche, j'ai milité à la base de 1958 à 1962, au Parti socialiste unifié (PSU), pour rendre à la gauche sa dignité perdue pendant la guerre d'Algérie.
Nicolas Sarkozy, qui me fait peur depuis longtemps malgré ses qualités, m'a inquiété un peu plus après son voyage à Washington. Les éléphants du Parti socialiste se sont auto-exclus : Lionel Jospin par sa déclaration d'abandon de la vie politique en 2002, sur laquelle il ne peut revenir ; Laurent Fabius a commis la grosse erreur de soutenir le non au référendum européen sans tenir compte des ouvertures que ce texte imparfait contenait.
L'hostilité envers Ségolène Royal de pseudo-intellectuels, un quarteron de soi-disant intellectuels qui laissent entendre aux Français qu'ils ont une pensée politique, a fait déborder le vase. Ségolène Royal, ancienne collaboratrice de François Mitterrand, a trouvé un nouveau type de rapport avec ses électeurs. La démocratie participative, qui, maintenue loin du populisme, est un progrès démocratique, ne se laisse pas affaiblir par les utopies de l'ultragauche.
Ceux qui ont travaillé avec elle me l'ont décrite autoritaire, tant mieux. Il faut, au sommet de l'Etat, de l'autorité qui ne soit pas l'autoritarisme qu'affiche Nicolas Sarkozy. On dit que la France veut être gouvernée au centre. Je ne le crois pas. Le sympathique épisode François Bayrou transformera au second tour un partage de ses voix je crois majoritairement en faveur de Ségolène Royal.
On la dit inexpérimentée : qu'on regarde sa carrière. On la voit peu connue en Europe et dans le monde. Elle a entamé, ailleurs qu'à Washington, une tournée de présentation, qu'elle étendra si elle est élue. Tant mieux si elle a encore à apprendre. J'ai aimé qu'elle aille en Chine, grande puissance potentielle, apprécier les réussites et les dangers d'un tournant encore peu démocratique.
De tous les candidats elle est, me semble-t-il, celle qui s'intéresse le plus à l'enseignement, qui doit rester, modernisé, la base de la démocratie républicaine. Les enseignants, qui font la fine bouche devant elle, finiront par la rejoindre et la soutenir, échaudés par les erreurs récentes du pouvoir.
Elle n'est pas parfaite, Dieu merci, et certains de ses concurrents ont des mérites. Je la crois la meilleure, nettement. Dans le domaine qui échappe le plus, surtout en ce temps de mondialisation, aux puissants gouvernants, l'économie, je la crois, avec les conseillers qui viendront à elle, la plus capable de défendre les intérêts des Français, et en particulier du monde du travail, qu'elle aime invoquer.
Enfin, c'est une femme. Ce serait bien qu'un des grands pays européens ait à sa tête une femme qui ne soit pas de droite, comme Margaret Thatcher ou Angela Merkel, et que la France prenne place parmi les pays qui ont été dirigés par une femme, comme l'Inde d'Indira Gandhi, ou le sont, comme le Chili aujourd'hui.
Nicolas Sarkozy, qui fait feu de tout bois et ne craint pas de citer Jean Jaurès et Léon Blum, se trouve maintenant des accents gaullistes. Il parle à la France, Ségolène Royal parle aux Français, c'est-à-dire à la France véritable. Il faut qu'une majorité de Français l'élise pour pouvoir lui dire soit, familièrement, « Je vous salue Ségolène », soit, respectueusement, « Je vous salue, je vous suis et vous soutiens, Mme Royal ».

samedi 24 février 2007

Living Irish History: Ireland v England at Croke Park

17h00 - Sequence emotion

On en parle depuis des mois: le 24 fevrier 2007 est un jour historique. Le jour ou les anglais viennent souiller le sol sacre des jeux gaeliques dont on les croyait a jamais bannis, pour les uns, le jour ou l'on enterre les vieilles querelles et les rancoeurs du passe pour tenter une belle victoire devant une belle equipe et dans un beau stade, pour les autres, la majorite des irlandais, et tous les anglais, dont certains revent quand meme d'une belle humiliation des irlandais, apres tout meprises, sur leur sol.

Les commentaires sont alles bon train et les polemiques etaient dures. Il y avait ceux qui voulaient tout effacer et repartir sur les bases republicaines facon Irlande du 21eme siecle, et les irreductibles pour qui le sang de victimes innocentes ne seche pas et les blessures de guerres des opprimes sont ouvertes a jamais.
Une plaisanterie circulait, repondant au souhait de la Presidente Mary McAleese de voir l'Irlande accueillir les Anglais de facon exemplaire: Faudra-t-il leur fournir des mitraillettes?

On a beaucoup discute, du present et du passe, en details, jusqu'aux paroles memes des hymnes nationaux, du God Save the Queen que chacun interprete, selon le degre de cynisme prete aux anglais, comme une provocation plus ou moins arrogante, rappelant que l'Irlande n'est pas tout a fait liberee du joug de la souveraine britannique et, surtout, qu'ils ne regrettent rien des actions qu'ils ont du mener ou du sang qu'ils ont du verser pour asseoir leur suprematie imperiale, qu'on voulait interdire de jouer.

Les anglais et leurs jeux sont bannis de Croke Park depuis le premier Bloody Sunday. Je vous propose une video de la BBC donnant le contexte du premier match non-gaelique a Croke Park avant l'Irlande-France d'il y a deux semaines.

Bloody Sunday, why the English were banned from Croke Park
Dublin were scheduled to play Tipperary on November 21st, 1920. On the night before the match the leader of the Irish revolutionary forces Michael Collins had ordered the assassination of the "Cairo Gang'', 14 British intelligence officers sent to infiltrate his organisation under the guise of commercial travellers. In revenge, one of the British auxiliaries involved in the operation recalled that they tossed a coin over whether they would go on a killing spree in Croke Park or loot O'Connell Street instead.
The crowd thought at first they were firing blanks but then machine gunfire was fired in increasing volume. The crowd stampeded towards the Railway wall, furthest from the gunfire.
Les soldats anglais, Black and Tans, ont investi le terrain peu apres le debut du match, tirant sur la foule a l'aveuglette en represaille a l'assassinat ordonne par Michael Collins de soldats infiltres dans ses troupes revolutionnaires. Deux joueurs et trois enfants sont parmi les victimes. C'est a la suite de ce massacre organise que les autorites de l'Irlande liberee ont ordonner que plus rien d'anglais ne foulerait le sol de ce stade.

No English games at Croke Park
BBC explains, build-up to the Ireland-France game 11/02/07:



17h32 - C'est historique.

Dans un silence parfait, puis acclames, les 7000 supporters anglais et leur equipe entonnent.... God Save the Queen a Croke Park!! Petit moment de tension... vont-ils siffler, insulter? Non. Rien. Puis les deux hymnes irlandais, celui de l'Irlande, et celui de l'equipe, Ireland's call, hymne unitaire pour les irandais du Nord qui ne se reconnaissant pas dans Amhrán na bhFiann/The Soldier's song, l'hymne de l'Easter Rising. 83000 spectateurs et leurs equipes communient dans la plus pure entente, au moins la moitie pleurent, les autres ont la gorge serree. Et je ne vous parle pas des foules massees dans les Pubs, les maisons... petite pensee pour le Nord, Mayo ou Donegal ou quelques insultes garnies ont bien du fuser!
On n'en attend pas autant du match... c'est quand meme les anglais, perfides et cyniques au jeu. Mais le plus delicat et le plus parfait est deja passe. Place au Sport. Ne reste qu'une victoire irlandaise pour completer!

17h40 - Kick off.
18h06 - Ireland 6 - 3 England. Il pleut a verse, l'herbe est vert fluo, les irlandais sont a l'aise dans leur element.
18h14 - Ronan O'Gara, decidement tres mignon et tres talentueux :), marque un nouvel essai. Ireland 16 - 3 England. Les irlandais nagent dans le bonheur, les anglais sont trop corrects et faibles pour etre vrai... ah, ca y est, ils s'enervent!
18h25 - Ireland 23 - 3 England. Ils se gavent! Je pense a mon Irish inscrit dans tous les concours, lotteries et clubs de supporters possibles depuis deux ans pour s'assurer un billet pour ce jour historique, sans succes, et son tonton qui lui a offert un billet hier soir a la derniere minute, venu tout expres de Londres pour le match. Pluie glacee et chaudes larmes.
18h42 - Second Half. Easy Peasy pour O'Gara. Ireland 26 - 3 England.
18h56 - Ireland 26 - 10 England. Le public se lache un peu, ils n'ont pas pu retenir des booh sur l'essai transforme.
19h08 - Ireland 36 - 13 England. WOW.
19h26 - Ireland 43 - 13 England. It's a beautiful day!! It was a magnificent day. Rugby, the "enemy's game" has never been so popular, the great welcome the English received, the perfect behaviour of team and crowd all along the game, are the justification for the battle to answer the irish people's call for a historical move. "Why did we have any doubts?" asks rugby analyst George Hook, about how mature and clever these people have become...
19h27 - L'Irish appelle, j'entends rien, que l'atmosphere survolte d'un pays qui croit vivre un reve.

Une page de l'Histoire irlandaise vient de se tourner.

19h30 - Time to learn and understand

Ireland's Call became an official rugby anthem in April 1995, written to bring together every corner of Ireland. The song is regarded by nationalists as the national anthem of the whole of Ireland, but Unionists reject this use.

Around 30 people gathered to protest about the presence of the English rugby team.
The President of Republican Sinn Féin, Ruairí Ó Brádaigh and two other members have delivered a letter of protest to GAA headquarters.
In the letter, the party claims that the hosting of today's game and the playing of the English national anthem is one of a series of events designed to normalise British rule in Ireland.

All around the venue building sites have been cleared or secured as part of security measures. The large security presence is meant to deter and counter any violent protests.
Earlier this week President Mary McAleese said she hopes the English team receives a welcome to beat all welcomes when they run out.

A protest by dissident republicans over the playing of God Save The Queen at this afternoon's Six Nations clash between Ireland and England at Croke Park has passed off without major incident.

For anyone waking up this morning with a lingering niggle about admitting remnants of empire to the home of the Gael, there is an antidote. Get out and talk to them. (This may not be as easy as it seems. They got only 7,000 tickets, poor sods, and their lovely, white England jerseys are so prone to staining that they tend to keep them for good wear, so the fans are not that easy to spot. Or else, they're afraid of us), writes Kathy Sheridan

  • GAA - the Gaelic Athletic Association for the Preservation and Cultivation of National Pastimes.
The Birth of Cumann Luthcleas Gael The Early Years: 1884 - 1922 Bloody Sunday The War of Independence Growth of GAA Civil War Impact on GAA History of Croke Park


Les anglais, eux, par amour du sport et d'ennemis a battre, fermement decides a laisser dormir les fantomes dans les placards du passe, avaient decide de dedramatiser la situation...


England fans from Compass Press printers in Richmond, Surrey,
dressed as superheroes and characters from TV shows,
enjoying the craic in Temple Bar
before today's Ireland v England Six Nations rugby match at Croke Park.


Voir aussi:

Irlande-France, le premier match non-gaelique a Croke Park

Living Irish History: "We're a better country now"

samedi 3 février 2007

Instruction, reflexion, quelques liens actu

Lien info pour un point rapide mais clair et interessant car sur le vif du Forum Social Mondial " Vu de Nairobi " par Clementine Autain sur son blog .


Cote chose politique je vous propose de faire un tour sur le forum du Monde, pour voir un autre visage de la campagne presidentielle. Pour y participer il faut etre abonne mais lire les "conversations" peut aussi etre instructif. Question d'Open your mind. Ca ne vole pas toujours haut mais parfois on arrive a discuter serieusement et decouvrir l'argumentaire de gens qui font d'autres choix que nous, et nous aident ainsi a reflechir.
Les fils de discussion que j'ai suivi dernierement:

Les jeunes au boulot !! France, etranger et Coup de genie ! pour commenter l'issue du debat sur la jeunesse a Grenoble le 2/02/07 avec Segolene Royal et ses propositions.

Chers Snipers de l'UMP ou mon agacement face aux methodes de campagne et la mollesse des reactions lorsqu'on les denonce. Comme quoi, faut pas se laisser impressionner... c'est beaucoup de vent.

Le Pouvoir aux femmes ? essaie de faire echo a un chat sur la question, Est-on pret a donner le pouvoir aux femmes ?, accessible si vous etes abonnes.

Non, je ne suis pas en campagne d'abonnement pour Le Monde, promis ! j'essaierai d'en faire un compte rendu de ce chat interessant.


Liberte, Egalite, Fraternite: que signifie aujourd'hui la devise republicaine ?
"La conquête d'une liberté : la presse au XIXè siècle" revue par l'emission Concordance des Temps de Jean-Noel Jeanneney.
A l'occasion de la reflexion mene par France Culture et Telerama via emissions, articles, chats et forums.

jeudi 30 novembre 2006

Histoire de comprendre la naissance de Libération, pas comme les autres.

Concordance des Temps avec Laurent Martin spécialiste des médias. L'excellente émission Histoire du samedi 25 novembre 2006, à écouter sur France Culture pour comprendre les racines maoïste du journal, porteur jusqu'à nos jours des progrès et contradictions de Mai 68, et les difficultés de ces derniers temps.