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mercredi 29 novembre 2006

Deux voies, deux sociétés

Voilà une arme de déstabilisation massive dont je pourrai user et abuser contre mes amis irlandais, toujours prêts, comme tout étranger, à fustiger l'esprit rebelle de nous autres gaulois, incapable que nous serions de nous conformer à la coutume qui veut qu'il faut travailler pour gagner sa vie.

Car les chiffres sont édifiants: seulement 8% des travailleurs français sont syndiqués, dont un petit 5% parmi ceux du secteur privé, ce qui place la France au 30ème rang d'un classement des pays de l'OCDE.

Ca vous étonne ? Les irlandais aussi ! Comment dans ce cas expliquer les cohortes de manifestants dans nos rue républicaines et les grèves à répétition qui mettent à bas notre économie ? Certains vont jusqu'à suggérer sans vergogne que les travailleurs français inspirent difficilement la confiance de patrons irlandais à cause de leurs habitudes et "éthique" de travail, qui sous-entend fainéantise (entendez refus d'être exploité comme un polonais) et esprit de rebellion (entendez connaissance de ses droits et réclamation de son dû pour la force de travail accordée).

La grande différence entre français et irlandais, déplorée, quand même!, par certains irlandais, c'est la conscience politique. Le système syndical irlandais est dispersé et ne permet que des actions disparates et corporatives qu'on examine dubitativement. Mais surtout les irlandais sont disciplinés, ils travaillent dur, ils n'ont pas le temps de manifester et ont peur des représailles, du pouvoir, des frais d'avocat exorbitants. L'exigence catholique n'est pas étrangère à ce phénomène qui perdure bien plus que la religion. L'Histoire aussi: les excès de rebelles qui pour toute gloire ont versé leur sang. En résumé, les irlandais sont un peu mous... par rapport aux français. Nous n'avons que faire du Très Haut pour la plupart d'entre nous et sommes persuadés que l'éveil citoyen et la solidarité collective sont le remède à tous nos maux. Notre éducation républicaine y a bien travaillé, merci Monsieur Ferry. C'est le jacobinisme survolté, l'esprit de la Révolution. Et ça marche. La méthode séduit et les masses se mobilisent, pour un oui, et surtout pour un non. En résumé: on y croit. Nous savons que nous, petites fourmis, unies nous pouvons changer la donne sans attendre le temps des élections. C'est pourquoi nos mouvements syndicaux correspondent à des familles de pensées politiques et diverses idées de la société, plus qu'à des corps de métier et basant leur travail sur le terrain légal.

Les français cultivent cet utopisme qui les fait avancer quand les irlandais, plus prudent, abusent du pragmatisme pour assurer leur succès. En France on croit au combat collectif dans une société solidaire quand en Irlande on se fie à l'action individuelle pour l'intérêt de tous dans une saine société.

La nouvelle voie du syndicalisme français est-elle quelque part à mi-chemin entre les deux ? Je le crois. Pas vous ?

Voir aussi: Renouveler le syndicalisme: contribution à Désirs d'avenir

mardi 21 novembre 2006

Renouveler le syndicalisme: contribution à Désirs d'avenir

21/11/06

Je suis étrangère au syndicalisme parce que je ne me suis moi non plus jamais retrouvée dans aucun syndicat français, et j'ai bien du mal a faire mon choix depuis quelques mois en Irlande où je réside et où j'ai eu envie d'adhérer. J'avoue que ces idées me séduisent.

Ce syndicalisme par petites touches, via des structures de type associatif adaptées à chaque corps de métier est exactement ce qu'on retrouve en Irlande: c'est à la fois rassurant et satisfaisant. Mais ce qui manque ici, ce sont justement de grands mouvements coordinateurs: chaque structure, trop petite, trop spécialisée, est finalement sans pouvoir de peser sur le débat politique et il n'existe aucune véritable cohésion, aucun véritable pouvoir d'action, sans la volonté même des politiques, ou d'inverser la destruction orchestrée par la main de fer de Mme Thatcher; lorsqu'elle a détruit le syndicalisme britannique elle a aussi poussé celui irlandais, échaudé, à aller trop loin dans ses concessions au gouvernement pour assurer la reprise économique. La paix sociale a des airs de léthargie, et les syndiqués sont confinés au silence et à l'éparpillement. Le pacte qui a assuré l'essor du Tigre Celtique serait largement à revoir mais les syndicats n'ont pas les moyens de coordonner une action dans ce sens.
Donc oui à de petites structures proches des gens et leurs corps de métier, et oui à de grandes structures d'envergure nationale qui peuvent les rassembler dans des courants influents au sein de la société, et exercer une véritable pression sur les gouvernants.

L'idée de l'adhésion a un euro par mois est aussi séduisante et parfaitement adaptée à la condition de ceux qui ont le plus besoin de l'appui d'un syndicat.

Sandrine
"Ségolène Royal en 2007" sur //cafewaterford.blogspot.com

En réponse à:
Jérôme Grattirola 21/11/06
J'ai longtemps été syndicaliste étudiant, même président de ma section de l'UNEF-ID, mauis je ne me suis pas retrouvé une fois entré dans le monde du travail dans les syndicats présents. CGT, FO, CFDT...Lequel choisir? En fonction du délégué syndical?? Pas évident. L'on devrait "abolir" la représentativité légitimes des 5 grands et permettre l'émergence de syndicats au même titre que des associations. Il suffirait de s'affilier à l'un des 5, mais en toute autonomie et indépendance. Au moins pour négocier des accors internes. Ensuite, réformer les élections professionnelles. 4 ans c'est trop long dans certains corps de métiers. Et puis il y a le prix. Se syndiquer coute cher... Mettre une cotisation à 1 euro par mois permettrait aux organisations syndicales de s'y retrouver car elles augmenteraient consédérablement le nombre de leurs adhérents.

Thème de Réflexion: Comment donner envie à tous les salariés d'adhérer à un syndicat ?
Le renforcement des syndicats est indispensable pour rééquilibrer les relations entre partenaires sociaux. L’instauration d’un dialogue social de qualité en dépend largement.
Dans notre pays, les partenaires sociaux ne sont pas suffisamment consultés et associés aux grands choix qui préparent l’avenir. Les syndicats sont même parfois tenus à l’écart de décisions qui ont un impact décisif, et en l’espèce négatif, sur la vie des salariés, comme on l’a vu avec le CPE.
Je vous propose d’ordonner ce débat autour des trois questions suivantes :

1. Comment encourager l’adhésion syndicale ?
2. Comment renforcer l’implantation syndicale dans les entreprises ?
3. Quelle place réserver à la négociation entre partenaires sociaux ?
Ségolène Royal

Vous aussi, participez ! sur Désirs d'avenir: www.désirsdavenir.org