samedi 26 janvier 2008

A vendre : ambassade de France à Dublin



A vendre : ambassade de France à Dublin,
1 000 m2, "propriété unique", 60 millions d'euros


LE MONDE 22.01.08 14h24 • Mis à jour le 22.01.08 14h24 LONDRES CORRESPONDANT

Pendant soixante-dix- huit ans, en plein coeur de Dublin, la France a pu toiser l'ancienne puissance tutélaire britannique. Au plus grand plaisir des Irlandais, la majestueuse résidence de son ambassadeur écrasait celle de son collègue d'Albion : mille mètres carrés au total, dont 400 m2 d'espaces de réception, une entrée monumentale, un grand escalier digne d'un vice-roi et des jardins parmi les plus beaux que compte un pays qui ne manque pourtant pas de verdure.

Ballsbridge, un lieu historique, puisqu'après sa défaite au référendum du 27 avril 1969, le général de Gaulle vint y loger avant de prendre résidence dans la campagne irlandaise.

Installée elle aussi sur Ailesbury Road, mais de l'autre côté, la chancellerie a joué un rôle important dans la lutte pour l'indépendance de l'Eire.

Dans le cadre de la rationalisation de son parc immobilier, le Quai d'Orsay a mis en vente la résidence de Ballsbridge pour soixante millions d'euros. C'est deux fois plus que la maison la plus chère jamais vendue à Dublin. Dans la foulée, le ministère des affaires étrangères entend se séparer aussi de la chancellerie pour vingt millions d'euros.

"APPELER MA FEMME SUR SON PORTABLE"

"Cet immeuble historique est surdimensionné pour l'activité normale d'une ambassade. La résidence est tellement grande que je dois parfois appeler ma femme sur son portable pour pouvoir lui parler. La cession de la chancellerie répond à la nécessité d'installer nos bureaux dans des locaux plus fonctionnels, plus adaptés, plus accessibles au public", déclare l'ambassadeur, Yvon Roe d'Albert, qui a pris ses fonctions il y a trois mois.

Idéalement, le Quai d'Orsay aimerait faire un échange de propriétés. Faute de cela, les deux immeubles seront cédés, ensemble ou séparément. "C'est une propriété unique", insiste l'agent immobilier chargé de la vente.

L'événement a mis en émoi les nouveaux super riches du "dragon celtique" qui n'entendent pas se faire damer le pion par un oligarque russe ou un prince arabe. Malgré un récent ralentissement, le marché immobilier flambe toujours dans le quartier huppé de Dublin-4.
L'image de la France sortira toutefois indemne de ce coup porté à sa grandeur. La résidence britannique est aussi à vendre, pour seulement 8,7 millions d'euros. L'honneur est sauf.

Marc Roche
Article paru dans l'édition du 23.01.08.




On se réjouit évidemment d’une telle nouvelle: un frein aux dépenses indécentes des chancelleries françaises à l’étranger, un hola sur les gaspillages à but de faste des deniers publics, que l’on ne peut pas ne pas approuver.
Une action de l’omni-présidence forcément populaire... populiste ?
Car à y regarder de plus près, ne s’agirait-il pas encore d’une décision irréfléchie à l’emporte pièce, un gesticulage destiné à être visible et remarqué ? Qui irait de pair avec le désengagement de l’Etat du domaine culturel et éducatif à l’étranger, dégraissages et restrictions budgétaires à l’appui, ou la remise en cause des principes de TV5 Monde, qui plus qu’un vain outil de la francophonie est aussi le moyen le plus accessible pour les Français expatriés ou détachés qui le souhaitent de garder contact avec leur pays.
En Sarkosie il faut toujours voir plus loin que ce qu’on veut nous montrer...



Un énorme panneau " A vendre" est planté à côté du drapeau français depuis la semaine dernière à Dublin. S'il est vrai que nos ambassadeurs n'ont pas besoin de vivre dans des palaces on peut se demander si le moment est vraiment opportun de mettre en vente l'ambassade de Dublin, poste pilote d'une liste d'une vingtaine de résidences et autres batiments habritant nos centres culturels qui seront mis en vente.

Pourquoi attendre que l'immobilier en Irlande, comme partout dans le monde, soit en baisse pour se décider à vendre? Les caisses sont-elles si vides pour que l'on vende moins cher que ce que l'on pourrait obtenir? D'autre part, la France devrait assurer la dernière présidence française [de l'UE] (cela dépendra des Irlandais qui peuvent pérenniser le processus lors de leur vote [Référendum sur le Traité Modificatif] en mai prochain). L'activité à l'ambassade sera accrue et l'ambassadeur amené à beaucoup recevoir. Devra-t-il le faire dans la suite de l'hôtel où il sera hébergé?

J'ai écrit une lettre au responsable de l'immobilier au Quai [d'Orsay] pour plus de précisions.

Hélène Conway
Conseillère ADFE – Français du Monde

2 commentaires:

Claude a dit…

La France a toujours été particulièrement riche en bonnes idées qui lui font perdre beaucoup d'argent alors qu'elle espérait en gagner tout en embêtant un maximum de monde.
Pour preuve, le consulat de France à Mayence a été fermé le 31 décembre 1999, il fallait faire vite, nous disait-on. Il fallait faire des économies! Le bâtiment venait d'être entièrement rénové à grands frais.
On a congédié tout le personnels qui venait de subir plusieurs mois de travaux et ce, en pleine année scolaire, ce qui a mis des familles dans l'embarras. Les usagers ont été contraints de se déplacer dans un autre consulat plus éloigné, trop petit, manquant de personnel, et où la République payait un loyer exorbitant. Finalement on a réussi à revendre le bâtiment en 2005, après avoir chauffé des murs vides pendant six ans ! On ne sait pas si la France, qui était propriétaire depuis soixante ans du bâtiment, a fait réellement des économies, ni où ces économies sont passées. On ne sait pas non plus ce que la cour des comptes en a pensé.

Guy a dit…

Décidément c'est la grande braderie consulaire.
Non seulement il n'y a plus d'argent dans les caisses de l'Etat paraît-il ! mais il faut en
trouver pour les voyages éclairs de notre VRP en armements et nucléaire Nicolas 1er aux quatre
coins du globe. Pour en rajouter sur les soldes des bâtiments consulaires, nous venons d'apprendre la fermeture du Consulat de Stuttgart (une très
belle maison de maître) qui couvre l'ensemble du Bade-Wurtemberg, après la fermeture de celui de
Freiburg, dont les bâtiments ont été vendus. Pour nos concitoyens du sud de l'Allemagne, il ne reste
plus que Munich (en sursis), vous voyez les distances à parcourir pour les documents administratifs.
Mais comme rien n'arrête cet Etat en faillite, voici qu'il nous a concocté une solution de rechange : pour les 3500 français résidant le long du Rhin, venir à Strasbourg en Mairie pour les
documents, et ensuite se rendre à la Préfecture pour attendre comme chacun le sait au moins 15 jours pour un passeport, alors que dans les consulats celui-ci était immédiatement établi (l'information nous ne dit pas si les documents seront expédiés par courrier...) .
C'est ce que l'on appelle la rationalisation que vous pouvez trouver dans le rapport Attali.