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samedi 17 mars 2007

Un peu de culture dans cette campagne de brutes

Katell en passant ici l'autre jour le remarquait tres justement: la culture manque cruellement dans la campagne! Il y a beau avoir priorite aux economies et l'urgence sociale, il ne faut pas oublier que la France est riche d'un extraordinaire heritage culturel et potentiel de creation, que le prochain gouvernement nous doit de soutenir et aider a se developper, malgre tout, car la Culture est source d'epanouissement citoyen, et egalement, ne le negligeons pas, d'emploi.
Voici les pistes de ce que propose Segolene Royal parce que je partage l'avis de Jeanne Moreau sur la question:
"Mme Royal, je n'ai rien a vous demander, parce que je sais que pour vous, la Culture, ca compte."
  • La rencontre des Mille
"La rencontre des mille" se tenait lundi 12/03 au gymnase Japy réunissait autour de Ségolène Royal des personnalités culturelles et scientifiques. Parmi eux, Gérard Miller, Edwy Plenel, Marriane James, Pierre Bergé, Rachida Khalil, Benjamin Stora, Charles Berling et Jeanne Moreau livrent leurs impressions sur la campagne.
Voir la vidéo
Voir l'intervention de Jeanne Moreau
Voir le discours de Ségolène Royal
Lire des verbatims du discours de Ségolène Royal



  • Repenser la politique culturelle de la France:

Honorer le vaste chantier d'adaptation a l'ere numerique sans tuer le plaisir des pages ou des lieux intimistes au benefice des Supermarches de la Culture de Consommation!

Interview de Ségolène Royal dans les Inrockuptibles : "Je veux remettre de la pensée et de la volonté dans la politique culturelle de notre pays."
La candidate revient sur les origines de la politique culturelle actuelle : "En 1981, tout était à faire. Les politiques mises en place par la gauche ont permis l'éclosion d'une vie culturelle foisonnante. Depuis 25 ans de grands bouleversements ont profondément transformé le paysage culturel." Lire la suite


  • Le pacte présidentiel et la culture
Jack Lang a ses defauts (beaucoup!), mais n'oublions pas que nous lui devons la democratisation de la culture dans ce pays, l'accroissement du budget culturel en son temps et l'idee au plus haut de l'Etat que la Culture compte tout simplement. Sans les socialistes, pas de Fete de la Musique dont le concept essaime actuellement en Europe, pas de loi sur le prix unique du livre qu'en lectrice compulsive et ecriveuse par amateurisme je ne peux m'empecher de saluer pour le benefice qu'en retire la creation litteraire et l'acces a la lecture. Retenons aussi la promotion du mecenat au secours du cinema francais contre la sur-production des americains, qui finalement ont reussi a imposer a Chirac une sur-representation massive de leurs "oeuvres" sur les ecrans francais, comme si seul leur "art" hollywoodien comptait, dans des negociations commerciales scandaleuses qui nous ont humilie.
C'est cet heritage, qu'on nous rappelle et nous envie encore aujourd'hui a l'etranger, que le Pacte se propose de reprendre et continuer.
Rares sont les pays dont l'Etat s'engage politiquement et financierement pour le developpement et la promotion de la Culture en general, de la creation au sens large. Cela existe en Irlande ou les efforts son louables mais encore timides compares au potentiel existant, cela n'existe plus en Italie qui a coupe ses vivres a la creation taxee d'etre "rouge", merci Berlusconi, qui avec a peine plus de temps de gouvernement legait au domaine prive l'extraordinaire heritage artistique du pays, dont les musees et sites historiques preservent la plus grande concentration d'oeuvres au monde, ainsi qu'entend le faire la droite qui considere les oeuvres d'art comme un "investissement" et souhaite donc ceder au prive le droit d'acheter - vendre tout element de creation passe et contemporain au sein d'un marche ou l'art est une marchandise quelconque, dont seule la generosite de mecenes entreprenants peut garantir la preservation et la continuite parce qu'evidemment, la France est un pays pauvre qui n'a pas d'argent pour honorer le formidable heritage artistique et culturel qui est le sien ! Certes, on est dans une logique d'economies... et d'urgence sociale... mais ca ne justifie pas toutes les derives.
Lire les propositions du pacte en matière de culture



  • Carre Culture sur Desirs d'Avenir

Decouvrez le Carre Culture: Propositions, Positions, Soutiens, Ce qu'ont dit de Segolene Royal des gens comme Michelle Bachelet (Presidente du Chili), Yvette Roudy, Yamina Benguigui, Christiane Taubira, Catherine Breillat, Aure Atika, Christine Orban, Edmonde Charles-Roux, Laurence Ferrari (j'aurais pas cru! comme quoi...), Ariane Ascaride, Fadela Amara, Isabelle Adjani, etc etc ...

J'aime cette citation de Catherine Clément: "Comme ça, à brûle-pourpoint, elle m'évoque une mouette planant à l'équilibre contre des nuages noirs et profitant de la violence du vent pour résister. Regardez-la voler, rien ne l'arrête. Brusquement, elle se transforme en flèche à la lisière des eaux. Elle ne se démonte pas. Elle pêche et gagne."

En prime aujourd'hui, du Victor Hugo pour faire la visite en poesie: Le poete s'en va dans les champs.

Ils en ont un de Carre Culture les autres candidats?



  • L'Appel des 150: "Avant qu'il ne soit trop tard"

Le Nouvel Observateur publie, jeudi 1er mars, un texte signé par plus de 150 intellectuels qui appellent à voter pour Ségolène Royal, "contre une droite d’arrogance", pour "une gauche d’espérance".
Pour signer l'appel des 150: pourunegauchedesperance@gmail.com (vous serez tenus informés des suites de la pétition et de l'actualité de la campagne de ségolène Royal)


Voir aussi:
8 Mars, Journee Internationale des Femmes: le combat continue - Auteures pour Segolene
Gerard Noiriel sur l'utilisation de l'Histoire par NS et Jacques Le Goff - Historiens avec Segolene Royal, a l'instar de Benjamin Stora et tant d'autres (voir l'Appel des 150)
La Republique des Livres de M. Sarkozy de Nagy-Boc...
Lecture Vulture: Gao Xingjian, William Wall et mon...

vendredi 12 janvier 2007

Son: Camille O'Sullivan La Fille du Cirque

En novembre 2006, sur une scène de Dublin, j'ai fait une découverte: Camille O'Sullivan.

Architecte de formation, Camille a vite abandonné l'idée d'une carrière dans les plans et la construction, casque de sécurité obligatoire, pour la vie d'artiste, et elle a bien fait ! Camille est une voix, juste et puissante, un corps, sensuel et sexy, une présence, un humour, une personalité bref une artiste complète et bluffante qui vous tient sans vous lâcher de la première à la dernière seconde, jouant autant qu'elle chante, voire joue quand elle ne chante pas. Quite the performer.

La Fille du Cirque, son premier spectacle, en CD et DVD, est un bijou. A Dublin pour son concert de retour au bercail après une tournée mondiale, la belle nous a régalé des reprises de Brel, Tom Waits, Bowie, etc.. de son show + un a capella pour ses parents présents: Marieke de Brel, en flamand s'il-vous-plaît, interminable et étonnant.

Seul bémol: fille d'un irlandais et d'une française, Camille a oublié de pratiquer son français et les couplets de Brel dans notre langue sont un peu (très!) décevants niveau accent, sans vouloir faire la difficile, non, c'est juré. Mais In the Port of Amsterdam fait toujours son effet... rien à redire !

Pour les reprises de Brel en anglais, Jack L. a fait sa jolie bulle il y a quelques temps déjà. Depuis il est devenu ce crooner vieillot qui m'insupporte et a fait injustice au Fairytale of New York des Pogues en duo avec Camille ce jour-là, autre extra bonus surprise, mais que voulez-vous, personne n'est parfait.

So what I was saying basically is that Camille O'Sullivan, (french mother, irish father), is quite the performer ! She sings and plays on stage and I loved when I saw her for the first time in Dublin in november 2006. She's sensual, sexy, and her voice is perfect. I loved her show, La Fille du Cirque, that you can find in CD and DVD, and her versions of some of Jacques Brel's best songs, Tom Waits and an obscure Bowie song...
In Dublin she also sang Marieke in Flemish! for her parents who were there (her come back gig after a long tour abroad) and a Fairytale of New York (The Pogues), disappointing because Jack L. was just not the right voice for a duet on this song.

www.camilleosullivan.com

Lire: L'Histoire de l'Amour, Nicole Krauss

Il y a un livre qui me hante, depuis que je l'ai lu, en décembre dernier, c'est L'Histoire de l'Amour / The History of Love de Nicole Krauss. Il me faut en parler, et vous en recommander la lecture. Roman original s'il en est, de la solitude et de l'amour, de la vie et de la mort, de la jeunesse et la vieillesse, des grands drames de l'Histoire et des plus petits, ceux de nos vies, qui parfois, souvent, en découlent, naturellement, comme d'une source tantôt fraîche ou amère. Drôle à triste, sage ou profond, l'écriture légère et précise raconte plus que des personnages et leur histoire: des personnes, leurs vies, leurs livres, écrits ou lus. A lire.

jeudi 11 janvier 2007

Lire: Contours du Jour qui vient, Léonora Miano

Contours du jour qui vient, Léonora Miano, Plon 2006, et ce qui s'ensuivit.

Je ne laisse jamais l'air du temps dicter mes choix de lecture, mais en passant près de la couverture blanche du Lauréat 2006 du Goncourt des Lycéens, je n'ai pas pu résister. C'est le titre qui m'a happée, et dès la première page, la prose m'a envoûtée. Je ne vous fais pas le coup du sortilège à la marabout d'Afrique, non, simplement du talent de l'auteur, conteuse magnifique au style vif et coloré, précis et efficace. Parfait.
Au fil des chapitres, les douleurs d'une certaine Afrique, proie du chaos, à travers le drame d'une "enfant-sorcier". Ces enfants sont ceux qu'abandonnent à la rue, chassent des familles désemparées devant les malheurs qui les accablent (maladie, pauvreté) et qui accusent leur progéniture d'en être l'origine, sous l'influence de directeurs de conscience collective bien avisés, nouvelles âmes charitables des temps d'apocalypse d'un après-guerre fratricide, parricide, infanticide.
Pas réjouissant me dites-vous ? C'est pourtant une superbe fenêtre sur un continent inconnu, qui nous permet de mieux comprendre des gens dont on ne sait finalement rien, un monde ancien à la dérive, un nouveau qu'on refuse de voir construit. Et une fresque littéraire pleine de force et de beauté, qui se termine par la lueur d'espoir qui parcourt, malgré tout, le roman.

Ainsi, les bons livres ont ce pouvoir magique, par lequel on reconnaît les grands auteurs, les immortels, qu'ils donnent envie d'en lire d'autres. Ainsi parlait Pierre Assouline, à propos du Doctor Zhivago de Boris Pasternak, si je ne m'amuse.

Ayant terminé à regret les pages envoûtées de Miano, prise du besoin de plus d'Afrique, et dans l'attente de recevoir L'intérieur de la nuit, premier volet de son ôde à son pays, j'ai jeté mon dévolu, résolue, sur Madame Bâ d'Eric Orsenna, acheté à l'inspiration à l'aéroport un jour de voyage, qui dormait sur une étagère depuis. Prête à dévorer les pages, retrouver l'Afrique contée version originale et colorée, à travers des personnages impliqués dans l'aventure tragique qui consiste à "faire l'Europe", ainsi que l'écrit Miano... chaque phrase m'a fait l'effet d'une douche froide. Pâle copie anticipée que cette version colorisée !
J'aurais pourtant dû m'en douter... estampillé Académie Française, j'aurais dû savoir que tout ça ne valait rien. De même que cette impudence d'un "écrivain" français à vouloir se mettre avec prétendu talent à parler par la bouche d'une vieille dame africaine... Le style est gauche, les images convenues. Faussement naïf et résolument paternaliste comme il se doit, à trop la vouloir gentille, sage et éclairée, il ne peut s'empêcher de toute sa hauteur d'Immortel de rendre son héroïne stupide et ridicule.
Fini pour moi, l'Académie. Honte nationale dont les vieux pantins déshonorent les Lettres Françaises bien plus qu'un élève de sixième à qui on a mal appris à lire. Je ne passerai pas la page 92. Je parcourrai peut-être les 410 pages restantes, par défaut de curiosité, par sadisme. Ensuite je cède volontiers le livre à qui en veut: des intéressés ? Rares pourtant sont les écrivains-sorciers chassés de ma bibliothèque...

M. Orsenna ayant massacré mon envie d'Afrique, je me suis lancée avec Zazie dans le métro, dont je ressens déjà les mutliples bienfaits. Prise du goût de Paris après-guerre je poursuivrai certainement par Lutetia de Pierre Assouline, resté, aussi, longtemps sur mon étagère.... un signe ?

dimanche 26 novembre 2006

Bond is back! Et l'Afrique...

I think he's the best James Bond EVER since legendary Sean Connery. I won't say THE best, I wouldn't dare, too much respect. Although... Daniel Craig has it ALL: sexy, mussles, sexy, sexy blue eyes, brain of course, sexy. Did I mention sexy ? He's less classy and more physical, the film is more violent too but to an acceptable extent, let's say. I didn't see those 145mn fly by, the film is just great, higly recommended. His name is Bond. James Bond. He's back. For good. Go see it !!

And because Africa, where it all starts, is not only about corrupted greedy vilains:

Association Cultures, Humanisme et Citoyenneté

CINÉMA FRANCO-MALIEN BAMAKO, film d'Abderrahmane Sissako

Film français, malien Genre : Drame Durée : 1h 58min Année de production : 2006 Distribué par Les Films du Losange Date de sortie : 18 Octobre 2006 Avec Aïssa Maïga, Tiécoura Traoré, Hélène Diarra Réalisé par Abderrahmane SISSAKO

Où en est l'Afrique, cinquante ans après " Fidei Donum " ? Est-il vrai que la situation économique continue de s'y dégrader, depuis le célèbre, mais peu entendu, " L'Afrique noire est mal partie " de René Dumont en 1962 ? Voici un film, réalisé par un cinéaste africain déjà reconnu, qui essaie de répondre à ces questions. C'est le seul film africain sorti en France durant cette année, de même que l'an dernier on n'avait pu voir que le très beau " Mooladè ", du vieux cinéaste sénégalais Ousmane Sembéné. La difficulté de tourner un film en Afrique aujourd'hui donne d'autant plus de prix à ces œuvres, mais ce n'est pas la seule raison de s'y attacher : " Bamako " est un film de grande qualité, qui donne la parole à l'Afrique.
Tout le film se déroule dans une cour, dans un quartier populaire de Bamako, capitale du Mali, la cour où le réalisateur a grandi, entouré de ses nombreux frères, sœurs, cousins et cousines. Aujourd'hui encore y vivent une vingtaine de personnes, au milieu de la cour se trouvent un robinet et un puits. Mais dans cette cour se réunit, le temps du film, une autre " cour ", une cour de justice, un tribunal chargé, au nom de l'Afrique, de faire le procès des institutions internationales, Banque Mondiale, Fonds Monétaire International, multinationales diverses, qui contribuent au malheur de l'Afrique.
La grande force du film est d'avoir situé ce procès fictif au beau milieu de la vie quotidienne qui continue : le tribunal est installé sur des chaises et une rambarde branlante, ce qui en souligne la dimension symbolique. Et pendant ce temps, tout autour, les enfants courent, les femmes viennent chercher l'eau au robinet, d'autres font la lessive en plein air, l'atelier de teinture continue dans un autre angle. Mélé, une belle jeune femme, se prépare pour aller chanter dans un bar, plus loin, un enfant est soigné par sa mère, un homme est gravement malade, un photographe suit et commente les événements. Le gardien près de la porte de la cour prend son rôle très au sérieux, tandis que des jeunes désoeuvrés écoutent distraitement le haut-parleur qui retransmet les débats. Tout à coup un mariage surgit et interrompt un instant les délibérations, dans une atmosphère de fête. C'est toute la vie africaine aujourd'hui qui est suggérée, avec ses rythmes traditionnels, mais aussi les difficultés du moment présent (tous ces jeunes inoccupés, les licenciements provoquées par les privatisations) et le désir d'un ailleurs : on entendra la jeune femme dire : " Je pars pour Dakar " et on verra en flash-back un groupe tentant la traversée du désert en direction de l'Europe.
Pendant que la vie continue, le procès, lui, recherche les causes de cette misère qui s'abat sur l'Afrique. Il les voit surtout dans la puissance des pays riches qui imposent leur loi aux pays pauvres, dans les lois financières internationales qui étranglent les petits pays sous le poids de la dette.. Parce qu'il soulève toutes ces questions de fond, le film a obtenu le soutien de Attac, du CCFD, du Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers-Monde et de plusieurs autres associations. Mais le film n'est nullement à sens unique. On y parle aussi d' " une administration malade, corrompue, pourrie ". L'auteur note qu'" une grande partie de l'élite africaine est complice de l'Occident : chacun veille égoïstement sur ses propres intérêts ". Le but poursuivi n'est pas de défendre une thèse, mais de donner à voir et à penser. C'est la seconde grande qualité de ce film, constamment distancé et poétique, qui sait conjuguer avec brio le comique et le tragique. C'est après avoir attribué à Lao Tseu la formule : " Tout ce qui est excessif est insignifiant " qu'on entend le plaidoyer pompeux et grandiloquent d'un avocat européen (interprété par William Bourdon) attaquant la Banque mondiale. On nous présente aussi le très beau témoignage de la romancière Aminata Traoré, ancienne ministre de la culture au Mali, qui va jusqu'à affirmer que " l'Afrique n'est pas victime de sa pauvreté, mais de ses richesses ", et qui appelle l'Afrique à se ressaisir. L'auteur a laissé une grande liberté à ses interprètes, il passe sans cesse de la vie vécue à la parole élaborée, il invite chaque spectateur à réfléchir et à se forger sa propre opinion. Il se situe ainsi, non en donneur de leçon, mais en artiste.
Jacques Lefur e-mail : jacques.lefur@wanadoo.fr