jeudi 7 décembre 2006

L'immigration sélective: real jobs for Africa !

EU suggests job centres in Africa
30.11.2006 - 17:34 CET By Honor Mahony- EUOBSERVER / BRUSSELS
In a bid to regulate the stream of African migrants trying to reach Europe's southern shores, the European Commission is proposing: teams to root out human traffickers, a network of job centres in Africa and 'work mobility' packages.

The article suggests these job centre would select migrants with the best chances to find a job in Europe according to their skills and needs in each countries, and a special financial institution would take care of controlling the money the workers would send back home so it costs less to the countries. I think it is a great and generous idea. My only concern: is this really the best solution to help Africa develop ? Is this serving African workers, controlling some lucky ones so they can migrate safely, or is this helping Europe, choosing among the desperate candidate to immigration (who would try anything anyway even if rejected) only those considered useful ? I am not convinced such a scheme would actually give the best opportunity to african people: work and live on the land where they were born, develop it, in fair cooperation with Europe, and be happy there, where they want to stay, and not a place where they have to go to feed from a distance their family. It is a good move towards a more humane immigration, but we also need to work on stronger cooperation for fairer development.

La Commission européenne émet une idée intéressante: une agence pour l'emploi euro-africaine afin de réguler le flot des migrants qui cherchent à rejoindre l'Europe, souvent au péril de leur vie, et aider les candidats à l'immigration à une insertion professionnelle réussie, selon leurs qualifications et les besoins des Etats. L'article de EUObserver évoque aussi une institution bancaire qui contrôlerait le rapatriement des salaires afin que cela coûte moins à l'Europe. Je trouve que c'est une merveilleuse idée. Et pourtant j'ai un doute: qui cela aide-t-il le plus, l'Afrique ou l'Europe ? Bien sûr, comme le souligne l'article, cela couperait l'herbe sous le pied des passeurs et autres trafiquants. Mais est-ce aider les travailleurs africains, parmi les plus chanceux qui pourraient être choisis, que les aider à quitter une terre sur laquelle ils sont nés, où la plupart souhaitent rester, pour y travailler au développement de leur pays, auprès de leur famille ? Est-ce aider l'Afrique ou l'Europe que faciliter le départ de gens énergiques et qualifiés vers un endroit où seul le désoeuvrement les pousse, afin d'assurer à distance la survie des leurs ? Ne vaudrait-il pas mieux concentrer nos efforts, enfin, sur une coopération équilibrée et un développement réellement équitable, car ceux qui n'auront pas été choisis se résigneront-ils et les prix des passeurs n'augmenteront-ils pas avec les risques encourus ? Il me semble que l'Etat Français a déjà oeuvré pour une telle action, dans un passé encore récent, et que le résultat n'est pas forcément matière à fierté... En bref, je n'aime pas beaucoup la discrimination, même positive, et l'immigration organisée me semble juste une forme civilisée d'exploitation. Qu'en pensez-vous ?

5 commentaires:

maeve a dit…

La question de l'immigration n'est pas simple, c'est le moins que l'on puisse dire... Je ne sais pas si c'est là la solution, mais il est tout à fait clair que la France (pour parler d'elle) ne peut plus laisser venir tout le monde sans tenter de réguler le flux... Certains pays, comme le Canada (mais aussi l'Irlande je crois) ont des "quotas" par an... Et personne n'a crié au scandale pourtant ! Pour aider l'Afrique, peut-être que les pays développés pourraient déjà annuler leurs dettes, ce serait déjà un progrès!Après reste le problème du niveau de corruption des pays africains que les richesses sont dans les mains de quelques-uns au détriment de la majorité...

Jacques a dit…

Merci à Sandrine de nous convier à la réflexion sur cette question de "l'immigration choisie".

Personnellement je préfère "l'immigration désirée" (et que personne n'y voit un rapport avec "Désirs d'avenir" même si c'est bien la question pour la plupart des "partants", ils désirent un avenir, pour eux et pour leur famille), désirée de part et d'autre et désirée par les intéressés, des deux côtés. Et je commenterais ainsi ce qu'elle nous rapporte.

Si des agences euro-africaines pour l'emploi ont pour objet de "réguler le flot des migrants"... j'y suis hostile. "Le Ciel est mon père, la Terre est ma mère, le Monde est ma patrie, tous les hommes sont mes parents" disait John Toland il y a trois siècles. Je m'inscris totalement dans cette philosophie. Quand il n'y aura enfin plus de frontières, il n'y aura plus de migrants. Chacun sera chez lui où qu'il se trouve et où que et de qui il soit né. Utopie. Oui. C'est encore une utopie aujourd'hui. Mais mon "internationale socialiste", c'est aussi cela. Que personne ne soit victime de l'endroit où il est né.

Une institution bancaire "qui contrôlerait le rapatriement des salaires afin que cela coûte moins à l'Europe" ? Franchement, je ne comprends pas cette phrase. Quels sont ces rapatriements de salaires qui coûtent à l'Europe ? Je comprendrais mieux la question si l'on parlait d'un système de transfert de fonds qui coûterait moins aux migrants envoyant quelques fonds dans leur pays d'origine. De bons systèmes privés existent aujourd'hui. Ils sont encore coûteux. Mais pas pour l'Europe, pour les intéressés...

Je comprendrais également mieux si l'Europe proposait un système bancaire doté de solides garanties de gestion permettant aux grosses fortunes des PVD - et il y en a - de s'investir dans leurs pays d'origine et non en Europe ou aux E-U d'Amérique.

"Mais est-ce aider les travailleurs africains, parmi les plus chanceux qui pourraient être choisis, que les aider à quitter une terre sur laquelle ils sont nés, où la plupart souhaitent rester, pour y travailler au développement de leur pays, auprès de leur famille ? Est-ce aider l'Afrique ou l'Europe que faciliter le départ de gens énergiques et qualifiés vers un endroit où seul le désoeuvrement les pousse, afin d'assurer à distance la survie des leurs ?"

Sur cette phrase :
1) ce n'est pas le désoeuvrement qui pousse la quasi-totalité des migrants à quitter la "terre sur laquelle ils sont nés" et où, tout au moins provisoirement, ils ne souhaitent vraiment pas rester. Ce sont les conflits, un certain "désir d'avenir", l'absence de travail et/ou de rémunération satisfaisante (combien gagne un travailleur africain sur une plantation de café ou de cacao ? combien gagne un enseignant, un médecin, un ouvrier ?) avec en permanence le spectacle quotidien de prédateurs, "manges-mil" et autres "piques-boeuf" qui pillent sans vergogne, détournent, volent, violent, s'approprient terres et biens, etc. ;
2) il n'est pas exact de dire que "la plupart souhaitent rester" sur cette terre où ils sont nés ; ils sont bien sûr désolés de la quitter ; mais ils veulent donner un sens à leur vie ; tout comme de nombreux Italiens, Polonais, Portugais, Algériens, Turcs... l'ont fait en rejoignant l'Europe au siècle dernier.
3) les "gens énergiques et qualifiés" en question ont le tort de ne pas être "du bon côté du manche" ou demeurent impuissants dans un Etat... sans Etat, sans Justice, sans Ecole, sans Santé, sans... Alors, être sans... papiers, par rapport à ces autres "sans", cela n'est vraiment rien ;
4) ce serait les aider que de leur donner une chance dans un monde qui ne leur en offre aucune.

Ne vaudrait-il pas mieux concentrer nos efforts, enfin, sur une coopération équilibrée et un développement réellement équitable, car ceux qui n'auront pas été choisis se résigneront-ils et les prix des passeurs n'augmenteront- ils pas avec les risques encourus ?

Sur cette dernière :
1) oui, bien sûr. Nous ne pouvons tous qu'être pour une co-opération équilibrée et un développement réellement équitable ;
2) cela ne suffira certainement pas à développer les Etats concernés. Déjà, dans plusieurs pays en question, les fonds des migrants sont plus importants que ceux de l'aide publique au développement.
3) enfin, orientés par les donneurs migrants eux-mêmes aussi bien que par les receveurs restés au pays - leurs parents -, ils ont souvent un impact beaucoup mieux orienté en matière de développement équitable ;
4) sans compter que les mieux formés des migrants - souvent anciens étudiants - ne disposeraient d'aucun moyen de valoriser leurs compétences dans leur pays d'accueil ; quelqu'un comme l'ami Diarra du Mali qui travaille à la NASA - et ils y en a bien d'autres -, fait certainement beaucoup plus que bien de ses collègues cadres exerçant au pays ;
5) toute prohibition génère ses commerces parallèles dont les coûts s'accroissent avec les risques. C'est parfaitement exact. Raison de plus pour aller vers l'abolition des frontières.

Sandrine a dit…

Maeve, ça fait mal de parler comme ça mais quelque part, tu as raison, la France ne peut plus se permettre d'être un pays d'accueil. Parce que son sytème part en sucette. Pour moi la faute n'en revient pas aux immigrés mais bien à ceux qui gèrent les arrivants et leur intégration. La centralisation massive du système n'aide pas. Décentralisation, une partie de la solution.

L'Irlande n'a pas de quotas mais ouvre les vannes ou les ferme selon ses "besoins", une démarche purement pragmatique qui pose le problème de ceux qui restent sur le carreau, et de ce qui est fait au delà pour les migrants potentiels qui ont mauvaise vie là où ils sont. Récemment la République a annoncé qu'elle avait choisi de ne pas accueillir de migrants de Bulgarie et Roumanie lorsque ces pays entreront dans l'UE. L'Irlande est un petit pays et on se pose à raison des questions sur sa capacité d'absorption, d'intégration.

Pour ce qui est des pays africains, la dette est une solution court-termiste, je trouve que cela donnerait un mauvais signal économique à certains régimes qui croiraient pouvoir se dégager de leurs obligations en abandonnant leurs citoyens. Récemment le président du Malawi disait sur RTE en Irlande que Madonna avait eu raison d'adopter ce petit garçon car le seul espoir de survie pour les enfants d'un pays qui ne sait pas enrayer une épidémie de Sida effroyable c'est de le quitter. Je refuse ce genre de discours de la part d'un pays où des centaines d'organisations se démènent chaque jour sur le terrain, pour la santé, l'économie, etc. Reste qu'annuler la dette peut soulager certaines économies, mais ce serait très momentanné.
Les gouvernements "occidentaux" et en partie européens ont leur lourde part de responsabilité dans la corruption des quelques dirigeants privilégiés. Il ne s'agit pas d'action en faveur de la libération pour un peuple des griffes de son dictateur, mais bien d'une question d'attitude européenne ou "occidentale" à l'égard des nations africaines, qu'on n'aide pas à exister en tant que telles, dont on organise le départ des cerveaux au nom de la générosité ou de l'immigration choisie (par qui?) ou sélective qui ne règle même pas le "problème" que ne devrait pas être l'immigration d'une perspective purement française, européenne, occidentale.

Encore une fois, pour moi, c'est avant tout en Europe et dans l' "Occident" dit "civilisé" que les choses doivent changer. Il y a une réelle volonté en Afrique de rendre à ce continent son prestige passé, et la maîtrise intelligente des richesses que les européens continuent à voler (pétrole, minéraux, bois, café, cacao, fruits, populations, énergie, optimisme, espoir). Question de regard avant tout ? En Irlande, le refus de migrants bulgares et roumains est avant tout lié à l'image qu'en ont les irlandais: leur principal contact avec des roumains n'est pas avec ces travailleurs appliqués qui laissent leurs familles pour l'autre bout de l'Europe (Italie) où ils et elles seront ouvriers ou aides ménagères, mais les roms qui mendient dans les rues en guenilles ! ou ceux parmi les gens du voyage (travellers) irlandais qui préfèrent vivre dans une caravane à deux pas d'une maison que l'Etat leur a concédé. Bref une minorité historiquement défavorisée par les évolutions économiques de la société, et ceux qui les ont maîtrisées, dont les comportements sont motivés de façon très particulière, mais mal connus.

Voir sur l'Afrique l'excellent article soumis par Danielle en contribution, proposé en lien le 12/12/06.

Maeve a dit…

Reste aussi le problème du taux de chômage, en France, pour parler d'elle. Comment peut-on intégrer les migrants si l'on n'est pas capable de leur donner du boulot, et cela au-delà du problème dit de "discrimination à l'embauche"... Une grosse partie du problème est là : s'il y avait vraiment du boulot, il n'y aurait aucun souci... C'est d'ailleurs la première préoccupation des Français, le travail, devant l'immigration...

Sandrine a dit…

Tu as raison Maeve. On ne peut pas raisonnablement espérer pouvoir se permettre d'être généreux sans concession tant qu'il n'y aura pas du boulot pour tout le monde, à commencer par ceux qui sont là, peu importe qu'ils soient d'ici ou là. Tout simplement parce qu'à l'heure actuelle les migrants ne sont pas à l'abri ni en France ni en Europe de la misère ou l'exploitation et c'est d'autant plus injuste. Certains savent en tirer parti pour du profit malgré tout... et l'immigration sélective vise à institutionnaliser cela. La solution est ailleurs, pour eux comme pour nous.