jeudi 15 février 2007

Il faut sauver le soldat Yeats !

On trouve de tout dans la Republique des Livres, blog de Pierre Assouline.



Tout d'abord un post interessant: Jeanne d'Arc contre Napoleon le petit sur la mystique electorale.

Mais surtout: Il faut sauver le soldat Yeats ! Petit billet assez edifiant qui nous dit que W.B. Yeats est recupere par les ideologues de la guerre en Iraq...

The second coming etant en passe de devenir le "poeme officiel" de cette... gabeugie! restons polis, pour en faire la chronique d'une apocalypse annoncee, aux accents messianiques de Quel Sauveur pour nous Sauver.

Article a l'appui: What W. B. Yeats’s ‘Second Coming’ Really Says About the Iraq War

Yeats Society Sligo



Il n’est pas innocent que Yeats porte en lui et a travers les generations cette contradiction qui l’a fait oscille entre ferveur distancee pour la revolution irlandaise, plus motive par sa mystique de l’Irlande pure et sublimee qu’un progressisme auquel il etait hostile, et admiration pour le fascisme de Mussolini ou des chemises bleues irlandaises (= chemises noires).
Il s’est meme investi dans le mouvement eugeniste, toujours a la recherche d’une purete “culturelle”, pas seulement artistique, qui n’a certainement pas echappe a beaucoup dans un pays (les USA) ou la culture (et la mystique) irlandaise est tres presente.
Ses propres contradictions, avec lesquelles il defendait l’Irlande telle que l’entendait sa passion, se retrouvent dans celles de ceux qui aujourd’hui s’appuient sur lui pour defendre justice et democratie. Son propre desordre interieur nourrit les egarements de ceux qui ne comprennent la reussite ou l’echec qu’a travers une mystique quelconque.

C’est pourquoi je ne m’etonne pas trop que Yeats soit recupere de la sorte meme si c’est un peu tire par les cheveux. Il n’avait rien d’un democrate, il n’aimait le mouvement de liberation irlandais que pour des raisons tres peu claires (fascination de la violence?) et pourtant il y reste tres etroitement associe, et de facon positive ainsi qu’apparaissait son “engagement” en son temps, c’est sa contradiction. D’ailleurs il a tourne le dos avec les engages de son temps pour des combats plus douteux, peut-etre simplement parce que les premiers ne l’inspiraient plus artistiquement et son soutien n’a jamais ete sincere, mais ambigue. Yeats a toujours su jouer a son avantage sur le registre de l’ambiguite, qui fait son effet encore aujourd’hui.


Quand a l’Irlande qu’il glorifie, “pure et sublimee” parce qu’une Irlande “d’avant” les Anglais, ou les Normands, l’Irlande des Gaels ou des Celtes, detruite par les Vikings, ou la purete originelle reinventee corrompue par l’envahisseur, qui va bien sur de pair avec l’idee fasciste: une Irlande que mystifient des descendants reels ou putatifs d’Irlandais aux USA, qui associent a la douleur de l’arrachement a leur terre subie par leurs aieux, le martyr d’un peuple et le combat contemporain pour la liberte.

La recuperation de Yeats fait partie d’un processus complexe de mystification identitaire de la part de gens qui se cherchent des racines et une terre ideale ou les implanter. Le succes de l’Irlande aupres des tours operators americains a la poursuite de l’authenticite originelle, donc si possible la plus folklorique, n’en est qu’une des illustrations. Celle-ci en est une autre, qui ne prend son sens qu’a la lumiere des relations etroites et complexes entre Irlande et USA du fait de la diaspora, nombreuse et influente.

Something to read on the Irish Diaspora subject: Wherever Green is worn, by Tim Pat Coogan.

Voir aussi: The Playboy of the western world, une piece produite par Yeats, polemique et patrimoine culturel irlandais dont on vient de feter le centenaire.

2 commentaires:

Maeve a dit…

Dis donc, tu m'en bouches un coin ! Je ne savais pas que Yeat avait une tendance fasciste... Oulà, il baisse dans mon estime... Ce n'est dit dans aucun livre qui parle de lui(du moins dans les livres français). Je sais qu'il est pour beaucoup dans la renaissance celtique du 19e siècle et j'ai ramené un de ses livres introuvables en France et non traduit (acheté dans une petite librairie sympa de Limerick pour 8€!) : "The Book of Fairy & Folk Tales of Ireland". Un bon moyen pour connaître les contes de fées et les contes folkoriques irlandais...

Sandrine a dit…

Oui, t'as vu ca? Meme sur internet ou la parole est plutot libre c'est rarement mentionne. L'article Wikipedia en anglais y fait allusion mais sans plus. Recemment j'ai vu un reportage RTE qui faisait le point sur le sujet. Ca commence a etre admis en Irlande. C'est delicat de jeter un oeil realiste sur ce chantre de l'Irlande sans passer pour un traitre a la nation a la solde des anglais! Pour certains tout ce qui glorifie l'Irlande est sacre mais bon... Le renouveau celtique du 19eme siecle et ensuite n'est pas exempt de depassage des bornes republicaines... (a venir un petit sujet sur l'Irlande et Hitler)

Ceci dit ca n'enleve rien au talent du genie mais les poemes prennent une toute autre saveur quand on sait ca. Et, oui... on le considere d'un tout autre oeil!

Le livre est bien? Je crois que je suis plus touchee par Jack B. le peintre-frerot, que j'adooooooore :).