dimanche 27 mai 2007

Bertie, homme du peuple et Ministre Teflon


La dernière bataille politique de «Bertie»

Eric Albert, Londres
Jeudi 24 mai 2007
Rubrique: International

C'est un premier ministre d'une cinquantaine d'années, en poste depuis dix ans, qui a mis tout son poids politique pour obtenir le récent accord de paix en Irlande du Nord. Ses résultats économiques sont impressionnants, mais la population locale l'accuse de n'avoir pas su gérer le système de santé. Ne cherchez pas du côté de Downing Street: la description ne correspond pas à Tony Blair, mais à Bertie Ahern, le leader d'Irlande, qui tente aujourd'hui de se faire élire à la tête du pays pour la troisième fois. L'élection est cette fois-ci particulièrement serrée, même si les sondages indiquent que son parti, le Fianna Fail, pourrait l'emporter d'une très courte majorité après une remontée de dernière minute.

Visage poupon et bonhomie naturelle, «Bertie», comme tout le monde l'appelle en Irlande, est un redoutable politicien. Il a longtemps été surnommé le «Taoiseach (premier ministre, en celte) téflon», comme Tony Blair, parce que rien n'accrochait sur lui. Depuis dix ans, il a réussi à mener des coalitions parfois bancales, pour rester maître des affaires du pays.

Bertie Ahern, 55 ans, trouve ses racines chez des parents profondément nationalistes, revendiquant la réunification avec le nord de l'île. C'est ce pedigree impeccable, doublé d'un sens aigu de la négociation, qui lui a permis d'être l'autre artisan de la paix en Irlande du Nord, avec Tony Blair.

Son engagement personnel pour trouver un règlement à la crise a été décisif. En plein milieu des discussions pour l'accord du Vendredi saint en 1998, qui mettront une fin définitive aux violences, la mère de Bertie Ahern décède. Il se rend en urgence aux funérailles, mais est de retour dans les heures qui suivent. Voilà pourquoi il porte une cravate noire lors de la signature historique.

Pourtant, électoralement, c'est avant tout sa maîtrise de l'économie qui lui rapportera des points. En 1987, il devient secrétaire d'Etat au travail, un poste alors mineur. Bertie Ahern va imposer sa qualité de négociateur pour trouver des accords avec les syndicats, à l'époque très puissants. Il devient ensuite ministre de l'Industrie, puis des Finances. Imposant une méthode purement libérale, il réduit le nombre de fonctionnaires de 20% et fixe les impôts sur les entreprises à 10%. Il utilise aussi les aides européennes pour renouveler les infrastructures du pays. Dès lors, les investissements étrangers affluent, en particulier les sociétés américaines, qui y trouvent une plate-forme anglophone et peu chère pour s'attaquer au marché européen.

L'économie irlandaise connaît alors le fameux «miracle» des années1990, quand son PIB double presque en une décennie. Le chômage passe de 16% à moins de 5%. Le «Tigre celtique» était né.

«Bertie» a aussi réussi à imposer l'image d'un personnage simple et proche des gens. Remarquable meneur de campagnes électorales, il n'est jamais aussi à l'aise qu'à serrer des mains et à embrasser les grands-mères. Cette apparente simplicité a réussi à faire passer sa propre vie privée, qui aurait pu choquer dans la très catholique Irlande: divorcé, père de deux enfants, il a vécu pendant longtemps avec une nouvelle compagne dont il est séparé depuis 2003. Mais ses deux pèlerinages à Lourdes, sa fréquentation de la messe tous les dimanches, et les changements de mentalité qui ont accompagné l'enrichissement de l' Irlande lui ont permis d'échapper à l'opprobre public.

Après sa première élection en 1997, «Bertie» a connu une longue lune de miel, menant à une majorité renforcée en 2002. Le pays affichait des résultats économiques à faire pâlir d'envie l'Europe continentale, avec des taux de croissance entre 8 et 11%.

Mais les difficultés se multiplient depuis quelques années. La croissance s'est ralentie, frôlant «seulement» les 4% cette année. De plus, la prospérité a apporté une forte immigration (en partie d'Irlandais expatriés) et la pression commence à se faire sentir: les logements ne sont pas assez nombreux, les routes sont trop petites, et il manque des lits dans les hôpitaux. Un scandale mineur de corruption, concernant des sommes qu'il a reçues d'hommes d'affaires dans les années 1990, a également provoqué des vagues ces derniers mois.

Enfin, malgré son opposition à la guerre en Irak, il a autorisé les avions américains qui volaient en direction du Golfe de se ravitailler en carburant dans un aéroport irlandais, provoquant des manifestations monstres. Le leader «téflon» s'est mis à accrocher. Mais il a aujourd'hui encore suffisamment de prestige pour tenter de remporter une dernière grande bataille politique.

Source: Le Temps .ch

3 commentaires:

Maeve a dit…

J'aime bien la fin de l'article : Bertie est contre la guerre en Irak mais a autorisé les avions en partance pour le golfe à se ravitailler en carburant : cela révèle pourquoi on l'appelle Mr Teflon !!

Sandrine a dit…

Ouais.... c'etait un scandale monstre ici, et c'est toujours d'actualite. Des manifs comme on en a jamais vu. On peut dire que toute l'Irlande mis a part le gouvernement et quelques rares irreductibles dans la population etaient contre. Traditionnellement la Nation est neutre: l'Irlande ne prend pas part, ni de pres ni de loin, aux conflits armes, et surtout pas ceux dans lesquels la Grande-Bretagne a un role majeur, et surtout pas le Fianna Fail. Seul le ravitaillement de survie ou l'assistance a personne en dager sous la forme de soins medicaux est jugee acceptable.

Bon cette fois ils sont passes outre, pour faire plaisir aux investisseurs americains. Et il s'en sort avec ca...

Maeve a dit…

J'ai pu faire l'expérience il y a 2 ans de plus de 300 GI bourrés en tenue du désert à l'aéroport de Shannon... Pas génial, surtout quand tu dois traverser le bar où ils sont affalés pour rejoindre ta porte d'embarquement...

L'an dernier par contre je n'ai rien vu de tel car d'après ce que l'on m'a dit, ils font escale mais ils ne descendent pas ou alors il est interdit de leur servir à boire... ;-) (je ne me rappelle pas exactement mais je crois que c'est un truc de ce style)